Au Bénin, comme dans de nombreux pays, la prise en charge du cancer du sein demeure étroitement liée à la précocité du diagnostic. L’identification de la maladie à un stade précoce peut élargir les possibilités de prise en charge et améliorer les perspectives thérapeutiques. Or, plusieurs facteurs peuvent retarder le recours aux soins : méconnaissance de certains signes, difficultés d’accès aux structures sanitaires, coût des examens ou encore disponibilité des équipements spécialisés. C’est dans ce contexte que l’Association African Medical Detection Dogs (AfriMeDD) développe, avec la Faculté des Sciences de la Santé de l’Université d’Abomey-Calavi (FSS-UAC), le Centre national Hospitalier Universitaire Hubert Koutoukou MAGA (CNHU-HKM) et le LEMACEN, une collaboration scientifique autour de la détection olfactive canine du cancer du sein. Le principe étudié repose sur une propriété particulière de l’odorat du chien. Certaines maladies peuvent être associées à des modifications de composés chimiques présents dans l’organisme. Ces modifications pourraient produire des signatures olfactives perceptibles par des chiens dont les capacités de détection sont nettement supérieures à celles de l’être humain. La question scientifique consiste donc à déterminer si ces animaux peuvent effectivement reconnaître de manière fiable certaines signatures associées au cancer du sein et, surtout, si cette capacité peut être objectivement mesurée et reproduite dans des conditions expérimentales rigoureuses.
Derrière une démonstration canine se trouve un important travail de préparation. Les chiens ne sont pas simplement exposés à des prélèvements puis invités à « trouver » les échantillons recherchés. Leur participation nécessite une sélection, un entraînement progressif, des exercices répétés ainsi qu'une évaluation de leurs performances. L'éducation canine constitue ainsi une composante essentielle du projet. Les animaux doivent apprendre à distinguer différentes odeurs et à signaler celles correspondant aux caractéristiques recherchées par les chercheurs. Cette démarche suppose également de prendre en compte le bien-être des chiens, leurs capacités individuelles et leurs conditions d'entraînement. La performance observée doit pouvoir être distinguée d'une simple réaction comportementale et évaluée selon des critères scientifiques précis.
Cette démarche a notamment été présentée au public lors d'une journée portes ouvertes organisée à Cotonou. Selon une publication de l'Ambassade de Belgique, plus de 50 visiteurs ont pu découvrir les différentes dimensions du projet et assister à une démonstration canine. Le parcours proposé s'articulait autour de trois interrogations : pourquoi cette recherche, comment est-elle menée et comment savoir si les résultats obtenus sont scientifiquement fiables ? La première étape permettait de revenir sur les enjeux du diagnostic précoce du cancer du sein et sur les réalités auxquelles sont confrontées les patientes. La deuxième était consacrée au travail d'éducation canine, depuis la sélection des animaux jusqu'aux différentes phases de leur apprentissage. La troisième dimension était consacrée à la recherche scientifique proprement dite. Il s'agissait notamment de comprendre comment sont identifiées les odeurs recherchées, comment est construit un protocole expérimental et comment les performances des chiens peuvent être mesurées. Cette approche est essentielle. Une réaction positive d'un chien lors d'une démonstration ne suffit pas, à elle seule, à établir l'efficacité d'une méthode médicale. Les chercheurs doivent notamment déterminer la précision, la reproductibilité et les limites de la technique avant d'envisager une éventuelle utilisation dans le dépistage.
Le projet bénéficie notamment de l'accompagnement d'Enabel, en collaboration avec la Faculté des Sciences de la Santé de l'Université d'Abomey-Calavi. Son financement associe la Belgique, à travers l'Agence belge de coopération internationale, et la France, par l'intermédiaire du Fonds d'innovation pour le développement. Au-delà de l'originalité de l'approche, cette collaboration pose une question fondamentale : comment développer des innovations scientifiques capables de répondre aux besoins réels des populations ? L'intérêt de la démarche réside précisément dans cette volonté de rapprocher la recherche des réalités sanitaires du terrain. Il ne s'agit pas seulement d'expérimenter une technologie originale, mais de produire des données scientifiques permettant d'en évaluer objectivement la pertinence dans le contexte béninois.
L'odorat canin apparaît ainsi comme une piste de recherche qui mérite d'être étudiée, mais il serait prématuré de présenter les chiens comme un nouvel outil de dépistage du cancer du sein déjà opérationnel. La prochaine étape reste celle de la validation scientifique. Les résultats devront permettre de déterminer si les performances observées sont suffisamment robustes pour envisager une utilisation complémentaire aux méthodes médicales reconnues. Pour les équipes engagées dans cette recherche, l'enjeu est donc double : mieux comprendre les possibilités offertes par l'odorat canin et déterminer, avec des preuves scientifiques, ce que cette capacité peut réellement apporter à la lutte contre le cancer du sein.
La recherche ouvre ainsi au Bénin une voie singulière, à la rencontre de la médecine, de la biologie, de l'éducation canine et de l'innovation. Le nez du chien ne constitue pas encore une solution médicale : il est aujourd'hui un objet de recherche. Et c'est précisément la science qui devra dire jusqu'où cette piste peut conduire.
Grant-Aniel BOLARIAN