La mandature qui s’achève a laissé des traces. Crises de gouvernance à répétition, difficultés de mobilisation et essoufflement des commissions ont rythmé ces deux dernières années. C'est pour redresser la barre que Claude Musavyi avait pris les rênes par intérim en octobre 2025. Un an plus tard, l’heure du bilan a cédé la place à celle de la reconstruction. Plébiscité par les urnes, Musavyi a pris la tête de la liste « Ensemble pour Agir », s'engageant pour un mandat complet de deux ans (2026-2028).
La fin d'une iniquité historique pour les ONG
Parmi les victoires de cette transition, l'une des plus cruciales s'est jouée dans les textes : la fin de la discrimination entre ONG nationales et organisations internationales (OING). Jusqu’alors, les structures strictement nationales étaient privées de droit de vote lors des scrutins et résolutions.
Une anomalie réparée qui réjouit Alain Dupuis, directeur général de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA). « Ce n’est pas parce qu’on est implanté dans un seul pays qu’on n’a pas une contribution essentielle à apporter autour de la table », glisse-t-il, lui qui intègre désormais la nouvelle équipe dirigeante. Dorénavant, le nouveau Comité de suivi compte quatre représentants d’ONG pour huit OING, assurant une pluralité plus authentique des voix de terrain.
La « diplomatie citoyenne » à l'épreuve du terrain.
Dans les salles de commission, le ton est direct et pragmatique. Les participants ont planché sur ce qu’ils qualifient volontiers de « diplomatie citoyenne ». Un concept loin d'être abstrait quand les relations politiques entre certains pays membres le Mali, le Niger ou le Burkina Faso ayant été évoqués se distendent.
Pour la société civile, la consigne est claire : les décisions unilatérales des gouvernements ne doivent pas couper les ponts entre les peuples. Les ONG doivent rester ces « passeurs » d'informations, capables de maintenir des liens et d'alerter sur les réalités du terrain.
Les mutations technologiques ont également mobilisé les esprits. Face aux dérives de l'intelligence artificielle et aux impératifs d'inclusion, plusieurs voix ont plaidé pour que la société civile ne soit plus simple consommatrice de technologies, mais partie prenante de leur conception, veillant aux droits humains et à la sobriété environnementale.
Un partenariat resserré avec les institutions.
La présence remarquée de Nadège Chouat, ambassadrice de France au Bénin et présidente du Groupe des ambassadeurs francophones, ainsi que celle du conseiller spécial de la secrétaire générale de l'OIF Louise Mushikiwabo, Désiré Nyaruhirira, a rappelé l'importance d'un dialogue institutionnel apaisé. Le message de l’OIF résonne comme un viatique : la société civile n'est plus seulement consultée, elle est partenaire. Mais ce statut exige désormais des « résultats tangibles ».
Pour y parvenir, la COING a élargi son carnet d’adresses. Des accords-cadres ont été noués avec l'Université Senghor d’Alexandrie, le Réseau international des Maisons des Francophonies (RIMF) ou encore l'Association des préfets et représentants de l’État de la Francophonie (APREF).
Le temps de la feuille de route.
Porté par un bureau renouvelé comptant six femmes et six hommes répartis sur dix pays , le président Claude Musavyi résume l'ambition de son équipe en quatre verbes : « Écouter, relier, agir, rendre compte ».
À quelques semaines du Sommet de la Francophonie au Cambodge, la COING n'a plus droit à l’erreur. Les participants se sont donné 90 jours pour accoucher d'une feuille de route opérationnelle, assortie d'indicateurs de suivi précis. L'heure n'est plus aux grands discours sur la paix, mais à sa construction quotidienne, brique par brique, dans les territoires.
Ibourahim Abdou Gibril