UTILISATION DE L'INTELLIGENCE ARTIFICIELLE À L’UNIVERSITÉ: Le piège qui menace l’autonomie des étudiants

UTILISATION DE L'INTELLIGENCE ARTIFICIELLE À L’UNIVERSITÉ:

Le piège qui menace l’autonomie des étudiants

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Des exercices mieux réussis grâce à l’IA, mais des résultats en baisse lorsque l’outil disparaît. Une étude scientifique publiée en 2025 met en évidence les risques d’une utilisation sans garde-fous de l’intelligence artificielle dans l’apprentissage. Au Bénin, où l’Université d’Abomey-Calavi (UAC) s’est dotée d’une stratégie à l’horizon 2030 et d’une charte d’utilisation responsable, le défi consiste à profiter de cette technologie sans sacrifier le raisonnement personnel, l’autonomie intellectuelle et l’acquisition durable des connaissances

L’intelligence artificielle générative prend une place croissante dans les pratiques d’apprentissage. Résumer un cours, expliquer une notion difficile, proposer un plan de dissertation ou aider à résoudre un exercice : les possibilités sont nombreuses pour les étudiants. Mais derrière ces facilités se pose une question essentielle : que reste-t-il des connaissances lorsque l’étudiant doit travailler seul, sans assistance numérique ? Le risque ne réside pas dans l’utilisation de l’IA en elle-même, mais dans la manière de s’en servir. Lorsqu’elle devient un substitut à l’effort intellectuel, elle peut donner l’impression de maîtriser un cours sans que les connaissances nécessaires aient réellement été assimilées.

 

Une étude scientifique révèle le revers de l’assistance numérique

 Publiée le 25 juin 2025 dans la revue scientifique Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), une étude intitulée Generative AI without guardrails can harm learning: Evidence from high school mathematics s’est intéressée aux effets de l’IA générative sur l’apprentissage des mathématiques. Les chercheurs ont mené une expérience auprès de près de 1 000 lycéens d’un établissement turc. Trois groupes ont été comparés : le premier travaillait sans assistant d’intelligence artificielle, le deuxième utilisait un outil de type ChatGPT donnant directement des réponses, tandis que le troisième bénéficiait d’un assistant conçu pour fournir des indices et guider le raisonnement. Pendant les exercices, les deux groupes disposant de l’IA ont obtenu de meilleurs résultats que le groupe témoin. Mais lors d’une évaluation réalisée sans accès à l’outil, les élèves ayant utilisé l’assistant classique ont enregistré des résultats inférieurs de 17 % à ceux du groupe témoin. Le constat était différent pour le groupe utilisant l’assistant conçu pour favoriser l’apprentissage : les effets négatifs observés avec l’outil classique ont été largement neutralisés. Les chercheurs soulignent ainsi l’importance de la manière dont l’intelligence artificielle est conçue et utilisée.

 Ces résultats invitent à la prudence. L’expérience a été menée dans un seul établissement et portait sur une matière précise. Elle ne démontre donc pas que tous les étudiants qui utilisent l’IA apprennent moins bien. Elle met cependant en évidence un risque : obtenir de bonnes réponses avec l’aide d’une machine ne signifie pas nécessairement être capable de résoudre seul un problème similaire.

 

À l’UAC, l’usage de l’IA désormais encadré

 Au Bénin, l’Université d’Abomey-Calavi a officiellement lancé, le 16 juillet 2026, sa Stratégie d’intelligence artificielle à l’horizon 2030, accompagnée d’un cadre éthique et d’une charte d’utilisation responsable. Cette démarche vise à intégrer l’intelligence artificielle dans les activités d’enseignement, de recherche, d’innovation et d’administration, tout en définissant les principes qui doivent encadrer son utilisation au sein de l’institution. La stratégie ambitionne notamment de faire de l’UAC un pôle africain de référence en matière d’intelligence artificielle responsable, inclusive et souveraine. Pour les étudiants, cette orientation implique de distinguer l’assistance pédagogique de la substitution au travail personnel. L’IA peut contribuer à expliquer un concept, à explorer des pistes de réflexion ou à vérifier des informations. Son utilisation doit toutefois respecter les règles universitaires, les exigences d’intégrité académique et les consignes propres à chaque enseignement. Présenter comme personnel un contenu généré par l’IA sans déclaration appropriée ni contribution intellectuelle significative, ou utiliser l’outil pour contourner les exigences d’une évaluation, va à l’encontre d’un usage responsable. La transparence devient donc essentielle. L’étudiant doit pouvoir expliquer comment il a utilisé l’outil, ce qu’il en a retenu et quelle part de réflexion personnelle a contribué au résultat final.

 

Cinq habitudes pour apprendre sans devenir dépendant

 Chercher d’abord par soi-même. Avant de soumettre un exercice à l’IA, l’étudiant gagne à tenter de le résoudre seul. Même une réponse incomplète permet de repérer les difficultés et les notions mal comprises. Il peut ensuite demander un indice ou une explication ciblée plutôt que réclamer immédiatement la solution complète. Deuxièmement, utiliser l’IA comme un interrogateur. Après avoir étudié un cours, l’étudiant peut demander à l’outil de lui poser des questions, de proposer un questionnaire ou de construire un exercice d’application. Il répond ensuite sans consulter ses notes avant de comparer ses réponses aux explications fournies. Cette démarche permet de mieux évaluer ce qu’il a réellement assimilé. Troisièmement, vérifier systématiquement les informations. Une réponse formulée avec assurance n’est pas nécessairement exacte. L’IA peut inventer des références, produire des chiffres erronés ou fournir des explications inadaptées au contexte béninois. Les supports de cours, les ouvrages de référence, les publications scientifiques et les sources officielles restent indispensables pour contrôler les informations. Quatrièmement, respecter les règles de l’établissement. Avant d’utiliser un outil d’IA pour un devoir, un exposé ou un travail de recherche, l’étudiant doit vérifier les consignes de son enseignant. Lorsque cela est exigé, il doit déclarer l’outil utilisé et préciser sa contribution. Les données personnelles d’autrui et les documents confidentiels ne doivent pas être transmis à un service d’IA sans autorisation appropriée. Enfin, s’exercer régulièrement sans assistance. Refaire un exercice en temps limité, restituer un cours de mémoire ou rédiger un paragraphe sans consulter ses notes permet de vérifier les connaissances acquises. Si l’étudiant est incapable de reproduire seul un raisonnement que l’IA lui a expliqué, il doit reprendre les notions concernées au lieu de considérer le travail comme terminé.

 

Faire de l’IA un appui, pas un substitut

 L’intelligence artificielle offre aux étudiants des possibilités d’apprentissage et d’approfondissement des connaissances. Elle peut faciliter l’accès aux explications, aider à structurer une réflexion et permettre de multiplier les exercices. Mais ses bénéfices dépendent aussi de la place qu’elle occupe dans le travail intellectuel. L’enjeu pour les étudiants béninois n’est donc pas de renoncer à cette technologie, mais d’apprendre à l’utiliser avec discernement. Une réponse produite rapidement ne remplace ni la compréhension d’un concept, ni la capacité à argumenter, ni l’aptitude à mobiliser ses connaissances face à une situation nouvelle.

 

À l’université, la véritable maîtrise de l’intelligence artificielle suppose ainsi de rester capable de réfléchir, de vérifier, de décider et de produire un travail personnel lorsque l’assistance numérique n’est plus disponible.

 

Léonel ÉBO

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Brice HAL

2 jours

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