Au-delà de la dimension linguistique, la procédure pose une question de droit : dans quelles conditions une version dans une langue nationale peut-elle être utilisée comme traduction ou adaptation de l’hymne national, sans entrer en contradiction avec les dispositions constitutionnelles et les textes qui encadrent les symboles de la République ? C’est précisément sur cette question que la Cour devra se prononcer, dans les limites de ses compétences. La saisine place ainsi la version fongbé de l’hymne national au cœur d’un débat qui touche à la fois à la protection des symboles de l’État et à la valorisation des langues nationales. Le recours étant dirigé contre le gouvernement, l’examen portera notamment sur les actes ou mesures contestés par le requérant et sur leur conformité aux normes constitutionnelles applicables. L’audience prévue ce 10 septembre constitue une étape importante dans la procédure. Elle permettra aux différentes parties et à la juridiction constitutionnelle d’aborder les éléments du dossier avant la suite de la procédure. La tenue de l’audience ne signifie toutefois pas nécessairement qu’une décision sera rendue immédiatement. À l’issue des débats, la Cour peut poursuivre son examen et mettre l’affaire en délibéré avant de rendre sa décision selon les règles qui gouvernent son fonctionnement. L’enjeu est donc moins celui d’une décision automatique au terme de l’audience que celui de l’examen juridictionnel d’une question devenue sensible par son lien avec l’un des symboles majeurs de la République.
L’hymne national occupe une place particulière dans l’expression de l’identité républicaine. Sa traduction dans une langue nationale soulève, de ce fait, des considérations qui dépassent la seule question musicale ou linguistique. Le fongbé, largement parlé dans le Sud du Bénin et notamment dans la région de l’ancienne aire d’influence du royaume du Danxomè, constitue l’une des principales langues nationales du pays. Son utilisation pour porter le contenu d’un symbole national peut être perçue comme une démarche de valorisation du patrimoine linguistique. Mais cette dimension culturelle n’épuise pas la question soumise au juge constitutionnel. La Cour devra donc apprécier le dossier sous l’angle strict du droit, en déterminant si les actes contestés respectent les exigences constitutionnelles applicables.
Avec cette audience, la controverse autour de la version fongbé de l’hymne national franchit un nouveau cap. Après plus de deux années de procédure depuis l’introduction du recours en juillet 2024, le dossier arrive devant la formation plénière de la Cour Constitutionnelle. Reste désormais à connaître la position de la haute juridiction sur cette question qui met en tension deux dimensions importantes de la vie publique béninoise : la préservation des symboles de la République et la promotion des langues nationales. La décision qui interviendra à l’issue de la procédure permettra de fixer le cadre juridique applicable à la version contestée.
Tchékpémi Jacques AHOUANSOU