Avant de confier son épargne à une plateforme ou à une société d’investissement, il ne suffit donc pas de vérifier si son site fonctionne, si son application paraît professionnelle ou si des utilisateurs affirment avoir réalisé des gains. Il faut d’abord identifier juridiquement l’entreprise et déterminer si elle est effectivement habilitée à exercer l’activité qu’elle propose. Dans l’espace UEMOA, l’AMF-UEMOA est chargée d’organiser et de contrôler l’appel public à l’épargne ainsi que d’habiliter et de contrôler les intervenants sur le marché financier régional.
L’appel public à l’épargne soumis à un visa
La réglementation régionale encadre les opérations destinées à solliciter l’épargne du public. Est notamment considérée comme faisant appel public à l’épargne une entité dont les titres sont diffusés auprès d’au moins 100 personnes qui n’ont pas de lien juridique entre elles. Le recours à des procédés de sollicitation du public constitue également un critère. La réglementation cite notamment la publicité et le démarchage parmi ces procédés. Dans ces situations, l’opération d’appel public à l’épargne doit obtenir au préalable un visa de l'autorité compétente. Cette distinction est importante : le fait qu'une entreprise propose publiquement un placement ne signifie pas automatiquement qu'elle dispose de l'autorisation nécessaire pour le faire.
Le nom commercial ne suffit pas
Pour effectuer une vérification, l’épargnant doit rechercher la dénomination juridique exacte de la société. Le nom utilisé sur une application, un site internet, une page Facebook ou une campagne publicitaire peut être différent de celui de l'entité juridiquement responsable de l'offre. La vérification doit également porter sur la nature de l'autorisation. L’existence d’un agrément ne signifie pas nécessairement que l’entreprise est autorisée à exercer toutes les activités financières qu’elle pourrait proposer au public. Autrement dit, il faut vérifier à la fois qui est l’opérateur et ce qu’il est effectivement autorisé à faire.
Réseaux sociaux : attention aux apparences
Les réseaux sociaux constituent aujourd’hui un important canal de diffusion des offres financières. Une plateforme peut y présenter des captures d’écran de comptes créditeurs, des témoignages d’utilisateurs ou des promesses de rendement. Ces éléments ne constituent toutefois pas, à eux seuls, une preuve d’autorisation réglementaire. La présence d’une entreprise sur internet, l’existence de bureaux physiques ou la publication régulière de contenus promotionnels ne permettent pas davantage de conclure qu’elle est habilitée à proposer au public un produit d’investissement. Le règlement général de l’organe régional encadre d’ailleurs les activités de démarchage liées notamment à la souscription, l’achat, l’échange ou la vente de valeurs mobilières.
Les vérifications à effectuer avant tout versement
Avant de transférer de l’argent vers une plateforme, plusieurs contrôles peuvent être effectués. Premier réflexe : identifier le nom juridique exact de l’entreprise. Deuxième étape : vérifier son inscription ou son habilitation dans les ressources officielles de l’AMF-UEMOA. Troisième vérification : examiner la nature et le périmètre de l’agrément dont elle bénéficie. Quatrième réflexe : se méfier des promesses de rendement garanti, des gains présentés comme rapides ou sans risque et des sollicitations invitant à investir immédiatement. Enfin : en cas de doute sur une société ou une opération, prendre contact directement avec l’autorité de régulation avant tout transfert de fonds.
L’investissement comporte par nature un risque de perte. La promesse d’un rendement élevé ne constitue donc pas une garantie de gain et encore moins une preuve de sérieux. Bref, la vérification réglementaire constitue une étape élémentaire avant toute décision. Identifier l’entreprise, vérifier son autorisation et comprendre exactement le produit proposé permettent de réduire le risque de confier son argent à un acteur non habilité.
Tchékpémi Jacques AHOUANSOU