Dans une enquête publiée les 9 et 10 juillet 2026, Jeune Afrique a évoqué la construction d’infrastructures militaires dans la région des Savanes ainsi que la présence présumée de personnels étrangers présentés comme des formateurs. Ces informations, qui ne sont pas toutes confirmées officiellement, ont relancé le débat sur la coopération sécuritaire du Togo avec des partenaires étrangers.
La menace terroriste au cœur du dispositif sécuritaire
La région des Savanes fait face depuis plusieurs années à des incursions de groupes armés dans le contexte de l’expansion de la menace terroriste depuis le Sahel vers les pays côtiers. L’état d’urgence sécuritaire y a été instauré le 13 juin 2022. En mars 2026, le Gouvernement togolais a annoncé sa prorogation pour douze mois supplémentaires, à compter du 13 mars. Selon les autorités, cette décision répond à la persistance de la menace terroriste et vise à maintenir les capacités de prévention et de riposte des forces de défense et de sécurité. Le dispositif concerne notamment les zones septentrionales du pays exposées aux incursions de groupes armés. Les autorités togolaises présentent le renforcement des capacités militaires et sécuritaires comme une réponse à cette situation.
Des informations sur des formateurs étrangers
L’enquête de Jeune Afrique fait état de la présence présumée de personnels étrangers dans la région des Savanes, notamment de ressortissants turcs associés à la société SADAT International Defense Consultancy. La question de la présence turque dans le domaine sécuritaire au Togo avait déjà été évoquée publiquement. En juin 2025, le ministre togolais de la Fonction publique, Gilbert Bawara, avait rejeté l'idée de la présence de combattants turcs au Togo, tout en reconnaissant, selon les informations rapportées dans la chronique, la présence de formateurs destinés notamment à accompagner l'utilisation de drones. La distinction entre personnels chargés de la formation et combattants engagés dans des opérations militaires demeure donc centrale dans les informations rapportées. La société SADAT, fondée en Turquie en 2012, est une entreprise privée spécialisée dans le conseil et la formation dans les secteurs de la défense et de la sécurité. Sa présence ou son implication dans certains théâtres africains a fait l'objet de nombreuses publications de presse. Des informations concernant le recrutement de combattants syriens pour des opérations au Sahel ont notamment été rapportées, mais certaines de ces affirmations demeurent sujettes à confirmation.
Des infrastructures militaires évoquées dans les Savanes
Les informations rapportées par Jeune Afrique évoquent également la construction de nouvelles infrastructures militaires dans la région des Savanes, ainsi que des travaux liés à l'aménagement d'une importante tranchée destinée à renforcer le dispositif de défense dans le nord du pays. Ces éléments s'inscrivent dans un contexte de renforcement des moyens de surveillance et de protection de la frontière septentrionale du Togo. Toutefois, les informations relatives à la nature exacte de certaines installations, à leurs modalités de financement, à leurs utilisateurs et aux éventuels partenaires étrangers qui y seraient associés n'ont pas fait l'objet de précisions officielles permettant d'en établir tous les détails.
Des demandes de transparence
Ces révélations ont suscité des réactions au sein de la société civile et de l'opposition togolaises. Des acteurs demandent notamment que les autorités communiquent davantage sur les accords de coopération sécuritaire conclus avec des partenaires étrangers et sur les conditions dans lesquelles ces personnels ou structures interviennent sur le territoire national. Les interrogations portent également sur le statut des personnels étrangers éventuellement présents, leurs missions, leur cadre juridique d'intervention et les modalités de contrôle de leurs activités. La question de la transparence intervient alors que la région des Savanes demeure soumise à un régime d'état d'urgence sécuritaire. Le Gouvernement togolais justifie cette mesure par la persistance de la menace terroriste et par la nécessité de renforcer la protection des populations et des biens.
Entre coopération sécuritaire et contrôle démocratique
La coopération internationale constitue l'un des moyens mobilisés par plusieurs États de la région pour renforcer leurs capacités face aux groupes armés. La formation, le renseignement, les équipements technologiques et l'assistance technique figurent parmi les domaines concernés. Dans le cas du Togo, les informations faisant état de personnels étrangers dans les Savanes soulèvent toutefois des questions sur la nature exacte de cette coopération et sur le niveau d'information disponible pour le public. Les autorités togolaises n'ont pas, dans les éléments disponibles ici, confirmé l'ensemble des informations rapportées concernant d'éventuels combattants étrangers, les effectifs concernés ou les missions opérationnelles qui leur seraient confiées.
Le débat porte donc moins sur l'existence de la menace terroriste, reconnue par les autorités togolaises, que sur les modalités de la réponse sécuritaire et le niveau de transparence entourant les partenariats militaires et sécuritaires. Alors que l'état d'urgence sécuritaire dans les Savanes court jusqu'en mars 2027, la question de l'équilibre entre impératifs de sécurité, coopération internationale et information du public reste ainsi posée.
Tchékpémi Jacques AHOUANSOU