Pour conduire cette réflexion, le Président de la Cour Suprême, Victor Dassi ADOSSOU, a fait appel au procureur général honoraire près la Cour suprême, Lucien Aristide DEGUENON, présenté comme un aîné de la magistrature dont le parcours et l’expérience offrent un éclairage particulièrement pertinent sur les réalités du service au sein de la haute Juridiction. Le choix du thème n’était donc pas anodin. Dans une institution appelée à jouer un rôle majeur dans l’interprétation de la règle de droit et la consolidation de l’État de droit, la manière dont ses serviteurs exercent leurs responsabilités participe directement à la crédibilité de la Justice.
À l’ouverture des travaux, Victor Dassi ADOSSOU a placé la rencontre sous le signe de la responsabilité. S’appuyant sur une formule de Jean-Marc Sauvé, selon laquelle rendre justice constitue à la fois « une belle vocation » et « une immense responsabilité », le Président de la Cour suprême a rappelé que l’honneur attaché au service de la Justice ne peut être envisagé indépendamment des devoirs qui l’accompagnent. Dignité, intégrité, probité, loyauté, discipline, réserve et respect du secret professionnel constituent ainsi autant d’exigences auxquelles doivent se conformer ceux qui concourent au fonctionnement de la haute Juridiction. Au-delà des règles professionnelles, le Président a invité les participants à une véritable introspection sur le sens profond de leur engagement : Pourquoi servons-nous ? Comment devons-nous servir ? Pour qui servons-nous ? Et quelles exigences devons-nous accepter pour être dignes de cette mission ? Des interrogations qui replacent le service public de la Justice dans sa dimension éthique et humaine.
Cette réflexion intervient dans un contexte où la Cour Suprême entend accorder une attention particulière au respect des obligations éthiques et déontologiques qui s'imposent à ses personnels. Le Président n’a d’ailleurs pas occulté certains manquements observés au sein de l’Institution, notamment en matière de réserve, d’éthique et de déontologie. Une manière de rappeler que la confiance dans la Justice ne repose pas uniquement sur la qualité juridique des décisions rendues, mais également sur le comportement de celles et ceux qui l’incarnent au quotidien. À la Cour Suprême, le privilège de servir une institution aussi éminente comporte donc son lot de « servitudes » : accepter la discipline, observer la réserve, préserver la confidentialité des dossiers, éviter tout comportement susceptible de porter atteinte à l’image de l’Institution et faire constamment prévaloir l’intérêt de la Justice sur toute considération personnelle.
L’expérience d’un aîné de la magistrature mise au service des jeunes générations. C’est précisément sur cette articulation entre honneur et devoir que Lucien Aristide DEGUENON a entretenu ses jeunes collègues. Ancien procureur général près la Cour Suprême et figure expérimentée de la magistrature, le communicateur a puisé dans son parcours et dans son expérience pour illustrer concrètement les réalités du service au sein de la haute Juridiction. Ses anecdotes, exemples et enseignements ont permis de donner une dimension particulièrement concrète aux échanges. Au-delà des principes théoriques, il s’est agi de montrer que chaque comportement, chaque parole et chaque décision du personnel judiciaire peut contribuer soit à renforcer, soit à fragiliser la confiance placée dans l'Institution. La modération des échanges a été assurée par Saturnin AFATON, procureur général près la Cour suprême, dont la conduite des débats a favorisé un dialogue à la fois studieux, ouvert et convivial.
Au terme de cette causerie-débat, le Président Victor Dassi ADOSSOU a exprimé, au nom du bureau de la Cour suprême, sa reconnaissance au procureur général honoraire Lucien Aristide DEGUENON pour sa disponibilité et la richesse de ses enseignements. Il a surtout invité les participants à faire de ces enseignements un véritable bréviaire, c’est-à-dire un repère quotidien dans l’exercice de leurs fonctions. Le message qui ressort de ce Café Juridique tient finalement en une idée forte : à la Cour suprême, le privilège de servir n’est jamais un avantage acquis ; il est une responsabilité qui se mérite chaque jour.
Servir la Justice, c’est donc accepter les contraintes liées à la fonction, protéger la dignité de l’Institution et garder constamment à l’esprit que derrière chaque dossier, chaque acte et chaque décision se trouve une mission exercée au nom du peuple béninois.
Cadnel ADEBAYO