Le projet entend notamment permettre de mieux distinguer les prêtres du Fâ régulièrement formés et reconnus des personnes qui s’improviseraient Bokônon sans disposer des compétences ou de la formation requises. Pour ses initiateurs, la mise en place d’un cadre professionnel devrait contribuer à préserver les exigences liées à la pratique du Fâ et à renforcer la confiance du public. Le futur Ordre National des Bokônon devrait s’inspirer du fonctionnement de certains ordres professionnels qui encadrent déjà des professions réglementées au Bénin. Il pourrait ainsi constituer un cadre de référence pour l’identification, l’organisation et la reconnaissance des praticiens remplissant les conditions requises. L’objectif affiché est de favoriser une pratique du Fâ reposant sur des Bokônon « formés, compétents et honnêtes », selon les termes avancés par les responsables du projet.
Cette initiative intervient dans un contexte où la pratique du Fâ bénéficie d’une visibilité croissante, notamment avec la reconnaissance et la promotion du patrimoine Vodun. Cette évolution s’accompagne toutefois de préoccupations concernant les conditions dans lesquelles certaines personnes se présentent au public comme praticiens. Avant la mise en place du nouvel ordre, le Haut conseil des prêtres du Fâ devrait être déployé progressivement dans les départements, les communes et les arrondissements. Ce dispositif territorial doit permettre de rapprocher les structures d’encadrement des praticiens et des communautés, tout en facilitant l’organisation et le suivi de la pratique du Fâ sur l’ensemble du territoire national. La démarche pourrait également contribuer à mieux identifier les praticiens et à favoriser une organisation plus structurée du secteur.
La prolifération de personnes se présentant comme des « faux Bokônon » constitue l’une des préoccupations mises en avant par les responsables de l’initiative. Les réseaux sociaux, notamment TikTok, sont particulièrement cités en raison de la facilité avec laquelle certains utilisateurs peuvent s’y présenter comme détenteurs de compétences ou de connaissances sans qu’un dispositif de vérification ne permette au public d’en apprécier la légitimité. Cette situation pose, au-delà de la question de l’image de la pratique du Fâ, celle de la protection des personnes qui sollicitent les services de praticiens se réclamant de cette tradition.
La création annoncée d’un Ordre National des Bokônon s’inscrirait ainsi dans une volonté plus large de structurer la pratique, renforcer les mécanismes de reconnaissance des praticiens et préserver les exigences liées à la transmission du savoir du Fâ. Si le projet venait à se concrétiser, il ouvrirait une nouvelle étape dans l’organisation institutionnelle de cette pratique traditionnelle au Bénin, avec la question centrale de la définition des critères de formation, de reconnaissance et d’exercice qui seront applicables aux Bokônon.
Léonel ÉBO