Cette visite intervient dans le prolongement de la dynamique de rapprochement entre Cotonou et Abuja. Elle intervient également quelques semaines après la visite de travail effectuée par le Président béninois au Nigeria, au début du mois de juin, dans le cadre de la consolidation des relations bilatérales. Autour du Vice-Président Kashim SHETTIMA se trouvaient notamment les Gouverneurs des États d’Imo, de Katsina, de Jigawa, de Kwara, du Plateau et de Zamfara, ainsi que le Ministre nigérian de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire, Abubakar KYARI, et l’Ambassadrice du Nigeria près le Bénin, Mopelola ADEOLA-IBRAHIM.
La présence de cette importante délégation gouvernementale et territoriale nigériane au Bénin s’inscrit principalement dans une démarche d’apprentissage et d’inspiration autour du modèle industriel béninois. Après l’audience au Palais de la Marina, le Vice-Président Kashim SHETTIMA et sa délégation se sont rendus à la Zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ), où ils ont pu s’imprégner du fonctionnement de cet important pôle industriel. La délégation nigériane a notamment échangé avec les responsables béninois, les investisseurs et les opérateurs impliqués dans le développement de la zone. Cette immersion répond à un objectif clairement affiché par Abuja : tirer des enseignements de l’expérience béninoise en matière de transformation des matières premières, d’industrialisation, de mobilisation des investissements et de développement des chaînes de valeur agricoles.
À la GDIZ, les responsables nigérians ont notamment été renseignés sur les opportunités d’investissement, les mécanismes d’accompagnement ainsi que les dispositifs fiscaux et douaniers destinés à favoriser l’implantation et le développement des activités industrielles. Pour le Vice-Président nigérian, l’expérience béninoise constitue une source d’inspiration dans un contexte où son pays entend accélérer sa propre industrialisation. À travers cette visite, Abuja cherche notamment à mieux comprendre les mécanismes permettant de transformer localement les productions agricoles et de créer davantage de valeur ajoutée.
Au-delà de l’économie, la rencontre entre les deux responsables a été l’occasion de réaffirmer la profondeur des liens entre les deux pays. Kashim SHETTIMA a transmis au Président Romuald WADAGNI les salutations fraternelles du Président nigérian Bola Ahmed TINUBU, avant de rappeler la densité des relations historiques, culturelles, économiques et humaines entre le Bénin et le Nigeria. Pour le Vice-Président nigérian, les deux pays partagent un destin qui dépasse les frontières administratives. « Ce qui nous unit est bien plus fort que ce qui pourrait nous différencier », a-t-il déclaré, soulignant ainsi le caractère naturel du partenariat entre Cotonou et Abuja. Cette proximité est notamment portée par les échanges commerciaux, les liens humains et culturels, ainsi que par l’interdépendance économique qui caractérise les deux pays voisins. Elle confère à la relation bénino-nigériane une importance particulière dans la dynamique d’intégration de l’Afrique de l’Ouest.
La visite de la délégation nigériane à la GDIZ donne surtout une nouvelle dimension au partenariat économique entre les deux pays. L’expérience béninoise intéresse particulièrement Abuja dans sa volonté de développer des pôles industriels capables de rapprocher la production agricole de la transformation, de stimuler les investissements privés, de favoriser la création d’emplois et de renforcer les exportations de produits à plus forte valeur ajoutée. Lors de sa visite de la GDIZ, Kashim SHETTIMA a d’ailleurs réaffirmé l’ambition du Nigeria de renforcer son industrialisation et de mieux exploiter les ressources locales. Les autorités des États fédérés présents à ses côtés ont également manifesté leur intérêt pour des expériences susceptibles d’être adaptées à leurs propres territoires. La présence de six Gouverneurs d’États fédérés donne à cette démarche une portée particulière. Elle traduit la volonté d’aller au-delà d’un simple échange diplomatique entre gouvernements centraux pour favoriser également le partage d’expériences entre territoires. Les perspectives sont multiples : développement des partenariats public-privé, création d’emplois pour les jeunes, transfert de compétences et de technologies, amélioration des relations entre producteurs agricoles et industriels et développement de chaînes de valeur locales.
Les discussions entre les deux parties n’ont pas été limitées aux questions économiques. La proximité géographique des deux États et leur appartenance au même espace ouest-africain les exposent à des défis sécuritaires communs. Le Vice-Président Kashim SHETTIMA a ainsi réaffirmé la solidarité du Nigeria envers le Bénin dans la lutte contre le terrorisme et les différentes formes de criminalité transnationale. Cette dimension sécuritaire vient compléter les autres piliers du partenariat, dans une région confrontée à des menaces qui dépassent de plus en plus les frontières nationales. Pour Cotonou comme pour Abuja, la stabilité de leur environnement immédiat demeure donc une condition essentielle à la consolidation des échanges économiques, à la circulation des personnes et des biens et à la poursuite des ambitions d’intégration régionale.
De la diplomatie à l’industrie, de l’agriculture à la sécurité, la visite de travail du Vice-Président Kashim SHETTIMA au Bénin aura ainsi permis de mettre en évidence la diversité des intérêts convergents entre les deux pays. Le message porté par la délégation nigériane est particulièrement significatif : Abuja ne regarde plus seulement le Bénin comme un voisin avec lequel il entretient des relations historiques ; il le considère également comme une source d’expériences et de solutions susceptibles d’alimenter sa propre trajectoire d’industrialisation. Pour Cotonou, cette reconnaissance de l’expérience de la GDIZ constitue également une opportunité de consolider son positionnement comme pôle industriel émergent dans la sous-région.
La rencontre du Palais de la Marina et la visite de la GDIZ dessinent ainsi les contours d’une coopération appelée à dépasser les cadres traditionnels de la relation bilatérale. Le Bénin et le Nigeria entendent désormais davantage conjuguer leurs forces autour de la transformation économique, de l’intégration régionale et de la sécurité collective. Une nouvelle séquence du partenariat Cotonou-Abuja semble ainsi s’ouvrir, avec une ambition clairement affichée : faire de la proximité géographique, historique et humaine entre les deux peuples un véritable levier de prospérité partagée.
Léonel ÉBO