90 JOURS DÉJÀ À LA TÊTE DE L'EXÉCUTIF BÉNINOIS :  Romuald WADAGNI accélère et pose les premiers marqueurs de son septennat

90 JOURS DÉJÀ À LA TÊTE DE L'EXÉCUTIF BÉNINOIS :

Romuald WADAGNI accélère et pose les premiers marqueurs de son septennat

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Le 24 mai 2026, Romuald WADAGNI prêtait serment au Palais des Congrès de Cotonou et ouvrait officiellement un nouveau chapitre de la vie politique béninoise. Dans son discours d’investiture, le nouveau président plaçait au cœur de son mandat une ambition : faire en sorte que la puissance de l’État et les performances économiques se traduisent davantage dans le quotidien des populations. Santé, accès à l’eau et à l’électricité, logement, emploi des jeunes, amélioration des revenus des producteurs et renforcement de la solidarité figuraient parmi les attentes mises en avant. Trois mois plus tard, le bilan reste nécessairement provisoire. Un septennat ne se juge pas en 90 jours. Mais cette première période permet déjà d’identifier une série de décisions qui donnent un premier contenu aux orientations annoncées lors de l’investiture.

Les premières semaines du nouveau pouvoir ont principalement été consacrées à l’installation de l’équipe gouvernementale et à la mise en place de la nouvelle méthode de travail. Le Conseil des ministres inaugural du 28 mai a notamment posé des exigences d’exemplarité, de sobriété, d’intégrité et de solidarité dans la conduite de l’action publique. Le changement de rythme apparaît ensuite avec la première révision du cadre budgétaire. Le 3 juin, le gouvernement transmet à l’Assemblée Nationale un projet de loi de finances rectificative portant le budget 2026 à 4 086,620 milliards de francs CFA, contre 3 783,984 milliards dans la loi de finances initiale. Soit une progression de 8 %. Les dépenses d’investissement connaissent également une hausse de 8,5 %. Au-delà des chiffres, cette révision constitue l’un des premiers instruments permettant au nouvel exécutif d’inscrire ses priorités dans la programmation financière de l’État.

 

Le secteur éducatif constitue l’un des marqueurs sociaux les plus visibles de cette première période. À compter de la rentrée scolaire 2026-2027, le gouvernement décide la gratuité des frais de scolarité pour les filles inscrites dans l’enseignement secondaire général et technique public. La mesure vise à réduire les obstacles financiers susceptibles de freiner la poursuite de la scolarité des filles et à favoriser leur maintien dans le système éducatif. À cette décision s’ajoute une enveloppe de 20 milliards de francs CFA destinée à accélérer l’accès à l’eau potable et à l’électricité dans les établissements publics qui en sont encore dépourvus. La santé figure également parmi les secteurs concernés par cette orientation. Les crédits d’investissement destinés aux hôpitaux et aux dispensaires sont consolidés, tandis que le dispositif d’assurance maladie obligatoire et le programme de supplémentation nutritionnelle des 1 000 premiers jours sont renforcés. Ces mesures restent appelées à être évaluées à l’aune de leurs effets réels sur les populations. Mais elles constituent déjà des décisions qui dépassent le stade des orientations générales.

 

L’agriculture constitue un autre chantier important de ces premiers mois. L’exécutif met en place des mécanismes de primes destinés à stimuler la production et la transformation locales. Dans la filière coton, une prime exceptionnelle de 10 francs CFA par kilogramme est prévue au-delà du seuil de 700 000 tonnes de production nationale. Pour l’anacarde, le soja et le riz, les mécanismes annoncés visent notamment à favoriser une meilleure adéquation entre la production agricole et les capacités de transformation disponibles. Cette approche traduit une volonté de ne plus considérer uniquement la production comme une fin en soi, mais de renforcer également les chaînes de valeur et la transformation locale.

 

Le troisième mois du mandat apporte également des décisions susceptibles d’avoir un impact direct sur certaines catégories d’acteurs économiques. Le gouvernement annonce une réduction de 15 à 30 % des redevances appliquées aux commerçants dans les marchés urbains et régionaux. L’objectif affiché est de réduire les charges supportées par les petits opérateurs économiques et d'améliorer leurs conditions d'exercice. Dans le secteur de la santé, le transfert de la gestion des agents contractuels aux communes devient également effectif. La réforme concerne les 77 communes et prévoit notamment le paiement des salaires au plus tard le 20 de chaque mois ainsi que la prise en compte des obligations liées à la protection sociale. Cette évolution s’inscrit dans une logique plus large de décentralisation et de responsabilisation des collectivités territoriales.

 

L’un des exemples les plus concrets du passage de la décision à l’exécution apparaît dans le secteur agricole. En août, 561,8 millions de francs CFA d’indemnisations sont remis à des producteurs de riz et de coton ayant subi des pertes de rendement dans le cadre de l’assurance agricole indicielle multirisque. Ici, l’action publique devient directement perceptible : des producteurs confrontés à des pertes reçoivent effectivement une compensation. Cette opération illustre l’enjeu désormais posé au gouvernement : au-delà de l’annonce des programmes, leur crédibilité se mesurera à la capacité de ces dispositifs à produire des effets tangibles et régulièrement évaluables.

Les premiers mois du mandat sont également marqués par une forte présence du secteur culturel dans l’agenda gouvernemental. Les 25 et 26 juillet, le Festival des Masques de Porto-Novo place notamment le patrimoine Vodun au centre d'une manifestation associant acteurs culturels, chercheurs, touristes et populations. La culture apparaît ainsi comme un instrument de transmission patrimoniale, mais aussi comme un levier potentiel d’attractivité touristique et de rayonnement international. Cette volonté de réhabiliter la mémoire culturelle trouve une autre traduction avec la première Cérémonie nationale du Mérite et de la Mémoire, organisée le 31 juillet, à la veille de la fête nationale. Dans la catégorie « Racines et Couleurs », Romuald HAZOUNMÈ, Julien SINZOGAN, Georges ADÉAGBO et Edwige AKPLOGAN sont distingués. Onze grandes figures de la musique béninoise sont également honorées dans la catégorie « Les Voix éternelles du Bénin » : Danialou SAGBOHAN, Nel OLIVER, Séna JOY, Angélique KIDJO, Bluky D’ALMEIDA, Isbath MADOU, Kiri KANTA, ALÈKPÉHANHOU, Vincent AHÉHÉHINNOU, Wally BADAROU et Yves Gontran VALETTE. Au-delà du cérémonial, l’initiative marque une volonté de faire entrer davantage la mémoire artistique et culturelle dans le récit républicain.

 

La dimension sociale du début de mandat s’exprime également dans le domaine judiciaire. À l’occasion du 66e anniversaire de l’indépendance, le décret n°2026-546 du 31 juillet accorde une grâce présidentielle à 369 personnes condamnées et détenues. Les opérations de mise en liberté commencent le 1er août. La mesure porte sur la peine privative de liberté restant à exécuter. Elle n’efface toutefois ni les condamnations ni les obligations civiles et financières qui peuvent en découler. Ce geste présidentiel introduit ainsi la notion de clémence et de seconde chance parmi les premiers actes symboliques du nouveau mandat.

 

Le mois d’août offre enfin une illustration particulière de la volonté de rapprocher l’action publique des territoires. À Nikki, le gouvernement décide de prendre directement en charge l’organisation de la Gaani 2026, grande manifestation traditionnelle et culturelle. Cette décision intervient dans un contexte marqué par des investissements dans la cité, notamment la construction d’une nouvelle arène et les aménagements liés au parcours rituel. L’édition 2026, qui se déroule du 25 au 27 août, constitue ainsi une première occasion de mesurer l’utilisation des nouvelles infrastructures et la capacité de l’État à accompagner l’organisation d’un rendez-vous culturel et royal d’envergure. La démarche dépasse cependant la seule organisation d’une fête. À travers la Gaani, le pouvoir entend articuler patrimoine, tourisme, artisanat et développement territorial. La Foire régionale de l’artisanat de la zone Nord, organisée parallèlement à Nikki, participe de cette logique en mettant en avant les savoir-faire locaux. Reste désormais à mesurer les retombées économiques réelles de cette dynamique pour les artisans, les opérateurs touristiques, les commerçants et les communautés locales.

La politique de valorisation de la jeunesse trouve parallèlement une expression dans le sport. À Abomey, la Ligue nationale scolaire s’inscrit dans une démarche de détection et de promotion des jeunes talents sportifs. L’initiative participe d’une orientation qui entend faire du sport non seulement un outil de compétition, mais également un espace de formation, de détection et d’épanouissement de la jeunesse.

Au terme des 90 premiers jours, plusieurs niveaux d’appréciation doivent être distingués. Certaines promesses ont donné lieu à des décisions concrètes, notamment la gratuité scolaire pour les filles, les mesures de soutien à l’agriculture ou encore la réduction de certaines redevances. D’autres engagements ont franchi le cap du financement ou du début de mise en œuvre, dans les domaines de la santé, des infrastructures, de la formation ou de la modernisation administrative. Enfin, les objectifs les plus structurants (réduction durable de la pauvreté, amélioration des revenus, création massive d’emplois, transformation de l’économie et territorialisation effective de la croissance) nécessitent davantage de temps pour être objectivement évalués. Entre le 24 mai et le 23 août 2026, Romuald WADAGNI n’a donc pas encore livré le bilan de son septennat. Il a surtout posé les premiers marqueurs de sa gouvernance.

Des promesses aux décisions, des décisions aux dispositifs et, déjà, des dispositifs aux premiers bénéficiaires : la prochaine étape sera désormais celle des résultats. C’est sur cette capacité à transformer durablement les mesures annoncées en améliorations mesurables dans la vie quotidienne des Béninois que seront jugés les prochains mois du nouveau mandat.

 

L.E

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Brice HAL

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