Réalisée en janvier 2024 auprès de 1 200 adultes au Bénin, l’enquête met en évidence les aspirations, mais également les obstacles auxquels se heurte la jeunesse dans son accès à l’emploi. Les données montrent notamment une progression du niveau d’instruction des nouvelles générations. Chez les 18-35 ans, 56 % ont atteint le niveau secondaire ou post-secondaire, contre des proportions comprises entre 21 % et 37 % chez les générations plus âgées. Cette amélioration du niveau de formation ne se traduit toutefois pas automatiquement par une meilleure insertion sur le marché du travail. Plus d’un jeune sur deux interrogé se trouve ainsi sans emploi tout en recherchant activement une activité professionnelle.
Face à un marché du travail qui offre encore des débouchés limités, les jeunes affichent une préférence particulièrement marquée pour l’auto-emploi. 68 % souhaitent créer leur propre entreprise, loin devant les autres options proposées. La fonction publique recueille 18 % des préférences, tandis que 7 % des jeunes se tournent vers les sociétés, industries ou entreprises privées. Les organisations non gouvernementales arrivent à 6 %. Pour Afrobarometer, cette forte orientation vers l’entrepreneuriat peut traduire à la fois une volonté d’autonomie et les contraintes liées à l’accès à l’emploi formel. Autrement dit, créer son activité apparaît pour une partie importante de la jeunesse comme un choix d’ambition, mais aussi comme une réponse à l'étroitesse des possibilités d'emploi salarié.
L’envie d’entreprendre ne suffit cependant pas à garantir la réussite. Les jeunes identifient plusieurs freins à leur insertion professionnelle et au développement de leurs projets. Le manque de formation ou de préparation adéquate constitue le premier obstacle cité, avec 29 % des réponses. Viennent ensuite la réticence à exercer certains emplois (19 %) et le manque d’expérience recherchée par les employeurs (17 %). L’inadéquation entre les qualifications disponibles et les besoins du marché du travail concerne pour sa part 12 % des répondants. Ces résultats mettent en évidence un enjeu central : disposer d’un diplôme ou nourrir une ambition entrepreneuriale ne garantit pas nécessairement l’accès à une activité économique viable. La question des compétences pratiques, de l’expérience professionnelle et de l’adéquation des formations aux besoins des entreprises demeure déterminante.
Lorsqu’ils sont invités à se prononcer sur les investissements publics à privilégier en faveur de la jeunesse, les jeunes interrogés placent logiquement la création d’emplois en première position. Ils sont 40 % à considérer cette priorité comme la plus importante. La formation professionnelle arrive ensuite avec 23 %, suivie des prêts destinés à la création d’entreprise avec 21 %. Ces données dessinent une attente claire : les jeunes ne réclament pas uniquement des possibilités d’emploi. Ils souhaitent également disposer des compétences et des moyens financiers nécessaires pour créer et développer leurs propres activités.
Plusieurs programmes publics ont pourtant été déployés ces dernières années pour renforcer l’insertion professionnelle des jeunes. Selon les données reprises dans le rapport, le programme Azôli a permis à 25 000 jeunes d’accéder à un emploi salarié et à 11 000 autres de s’auto-employer. Le Programme Spécial d’Insertion dans l’Emploi aurait, entre 2021 et 2024, permis à 7 130 jeunes, dont 30,1 % de femmes, d’accéder également à un emploi. La Zone industrielle de Glo-Djigbé constitue un autre levier important. Entre 2021 et 2025, elle aurait généré plus de 5 000 emplois directs au profit des jeunes Béninois, avec une perspective annoncée de 35 000 emplois à terme. Malgré ces initiatives, la perception des jeunes demeure réservée. Seuls 29 % approuvent la performance du gouvernement en matière de création d’emplois. Le chômage reste par ailleurs l’une des préoccupations majeures auxquelles ils souhaitent voir les pouvoirs publics apporter des réponses.
Au-delà du constat statistique, l’enquête met surtout en lumière l’enjeu de la transformation de l’aspiration entrepreneuriale en véritables activités économiques durables. La forte proportion de jeunes désireux de créer leur propre entreprise constitue un potentiel considérable pour l’économie béninoise. Mais cette dynamique suppose un environnement capable de transformer les intentions en entreprises réellement créatrices de revenus et d’emplois. Cela passe notamment par une meilleure formation professionnelle, le développement des compétences entrepreneuriales, un accès plus adapté au financement et un accompagnement plus étroit des porteurs de projets.
Le défi pour les politiques publiques est donc double : répondre à l’urgence de l’emploi tout en donnant à la jeunesse les moyens de devenir elle-même créatrice d’activités économiques. Car derrière les 68 % de jeunes qui rêvent d’entreprendre se trouve une question essentielle : combien pourront réellement transformer cette ambition en entreprises viables et durables ?
Léonel ÉBO