Créé par la révision constitutionnelle de 2019 et installé en 2022, le Sénat béninois a longtemps cherché sa place. Entre critiques sur son utilité et lenteur à se faire connaître, la Chambre haute peinait à exister dans l’imaginaire collectif. L’inviter au défilé du 1er août, c’est lui donner une visibilité nationale. C’est passer du bicaméralisme de droit à un bicaméralisme de fait. Le message est clair : le Sénat n’est plus une "anomalie" ou une "chambre d’enregistrement". Il est une composante à part entière de la République. En l’installant au cœur de la plus grande cérémonie républicaine, le pouvoir lui donne une légitimité symbolique dont il avait besoin.
Pourquoi maintenant ? Parce que le contexte l’exige.
Le Président Wadagni arrive avec un agenda de réformes lourdes : budget, Programme Wadagni, lois sociales, grands chantiers. Pour les faire passer, il aura besoin des deux Chambres. En associant le Sénat dès le 1er août, il pose les bases d’une gouvernance apaisée. C’est une manière de dire aux Sénateurs : "vous comptez". Et de dire à l’opinion : "toutes les institutions travaillent ensemble". C’est aussi une rupture de style avec une communication parfois jugée trop verticale. Ici, l’image est celle de l’unité : Exécutif, Parlement, Sénat, unis sous le drapeau.
Le défi du Sénat : Transformer le symbole en utile.
Le risque est maintenant pour le Sénat lui-même. Avoir une chaise au 1er août est une chose. Prouver sa plus-value en est une autre.
Trois attentes pèsent sur la Chambre haute :
Le rôle de sagesse; relire les lois, prendre du recul, éviter la précipitation, être le relais des collectivités, des chefferies traditionnelles et des diasporas.Enfin, l'institution est appelé à un rôle de contrôle: Sans se substituer à l’Assemblée Nationale, apporter un second regard. Si le Sénat se limite au protocole, il confirmera les critiques. S’il se saisit des grands dossiers, il justifiera son existence.
L’entrée du Sénat au 1er août est plus qu’un détail de cérémonie. C’est la matérialisation d’un choix : celui d’institutions stables, visibles et complémentaires.
Pour le Président Wadagni, c’est aussi un test. Réussir à faire travailler ensemble les deux Chambres sera déterminant pour la réussite de son quinquennat. Le 1er août 2026 sera celui du "baptême protocolaire" du Sénat. Reste à savoir si 2027 sera celui de son "baptême législatif". En somme, tout en célébrant son indépendance, le Bénin, consolide, en même temps, sa démocratie.
Ibourahim Abdou GIBRIL