À Ouagadougou, le responsable de l'Union Africaine s'est entretenu avec les autorités burkinabè, notamment le Premier Ministre Rimtalba Jean Emmanuel OUEDRAOGO. Au terme des échanges, Mahamoud Ali YOUSSOUF a réaffirmé la volonté de l'UA de maintenir le dialogue avec le Burkina Faso, suspendu des instances politiques de l'organisation depuis le changement de pouvoir intervenu en janvier 2022. « La posture de la Commission est de ne pas rompre le dialogue », a déclaré le Président de la Commission de l'UA, insistant sur l'importance d'un engagement permanent entre l'organisation continentale et les autorités de transition. Sur le plan politique, Mahamoud Ali YOUSSOUF a exprimé le souhait de voir le processus de transition évoluer vers une ouverture de l'espace politique, le rétablissement des activités des partis politiques ainsi que l'organisation d'élections devant conduire à un retour à l'ordre constitutionnel.
Les questions sécuritaires ont également occupé une place importante au cours de cette visite. Face à la persistance de la menace terroriste dans la région sahélienne, le président de la Commission de l'Union Africaine a appelé à une mobilisation collective des États Africains, estimant que la lutte contre l'extrémisme violent constitue une responsabilité partagée à l'échelle du continent. Dans cette perspective, il a plaidé pour une amélioration des relations entre l'Alliance des États du Sahel et la CEDEAO, malgré le retrait annoncé du Burkina Faso, du Mali et du Niger de l'organisation ouest-africaine en janvier 2024. Le Président de la Commission a également proposé une relance du Processus de Nouakchott, mécanisme mis en place par l'Union Africaine en 2013 afin de renforcer la coopération sécuritaire, le partage de renseignements et la coordination des actions entre les États de la bande sahélo-saharienne.
En réponse, le Premier Ministre burkinabè a livré une appréciation critique de l'action de l'Union africaine. Rimtalba Jean Emmanuel OUEDRAOGO a estimé que l'idéal d'unité porté par l'organisation continentale s'était progressivement affaibli face aux défis sécuritaires auxquels sont confrontés plusieurs États africains, en particulier ceux du Sahel. Il a notamment regretté ce qu'il a qualifié de « mutisme » et d'« insuffisance » des manifestations de solidarité envers les peuples engagés dans la lutte contre le terrorisme, tout en invitant l'Union Africaine à privilégier des réponses plus concrètes face aux défis auxquels la région est confrontée.
À juste titre, il faut retenir que cette visite intervient dans un contexte marqué par la recomposition des équilibres diplomatiques et sécuritaires en Afrique de l'Ouest. Elle témoigne de la volonté de l'Union africaine de préserver les canaux de dialogue avec les pays de l'AES tout en encourageant une coopération renforcée entre les différents mécanismes régionaux au service de la paix, de la sécurité et de la stabilité du continent.
Tchékpémi Jacques AHOUANSOU