Organisée par l'Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) du Maroc autour du thème « Modernisation et durabilité de la filière coton au Bénin pour stimuler l'industrialisation locale », cette rencontre scientifique a réuni des spécialistes des biotechnologies agricoles, des chercheurs et des acteurs du développement autour des défis et perspectives de la principale culture d'exportation du Bénin. Intervenant au cours des travaux, le Professeur Hicham ELARROUSSI a présenté les avancées réalisées par l'UM6P dans le développement de biostimulants, de biofertilisants et de biopesticides destinés à promouvoir une agriculture plus respectueuse de l'environnement. Entrepreneur et fondateur de la start-up Tecalga, il a mis en avant le potentiel des innovations biotechnologiques pour accompagner la transformation durable de la filière cotonnière.
Selon les données présentées lors du webinaire, la filière coton représente environ 6 % du Produit intérieur brut (PIB) du Bénin et génère près de 40 % des emplois en milieu rural. En 2025, la production nationale a atteint près de 700 000 tonnes, pour des revenus estimés à environ 180 milliards de francs CFA, confirmant la place du Bénin parmi les principaux producteurs africains. Si ces performances traduisent les progrès accomplis ces dernières années, elles ne doivent pas occulter les défis auxquels le secteur demeure confronté. Dégradation des sols, baisse progressive de leur fertilité, effets du changement climatique, sécheresses récurrentes, pression des maladies phytosanitaires et forte dépendance aux intrants chimiques constituent autant de facteurs susceptibles de fragiliser la compétitivité de la filière. Pour le professeur Hicham ELARROUSSI, la pérennité du leadership béninois passe désormais par une évolution des pratiques agricoles fondée sur l'innovation scientifique et une gestion plus durable des ressources naturelles.
Les chercheurs de l'Université Mohammed VI Polytechnique ont présenté plusieurs solutions issues de leurs laboratoires, notamment des bio-intrants élaborés à partir de microalgues capables de stimuler naturellement la croissance des cultures. D'après les résultats des expérimentations, ces biostimulants et biopesticides permettent d'améliorer les rendements de 16 à 30 %, tout en renforçant la résistance des plantes aux stress hydriques, à la salinité et aux principales maladies. Ils contribuent également à restaurer progressivement la fertilité des sols et à réduire significativement le recours aux pesticides et engrais chimiques. Les experts estiment que l'intégration de ces bio-intrants dans les itinéraires techniques du coton béninois offrirait une double opportunité : améliorer durablement la productivité des exploitations et réduire leur empreinte environnementale.
Au-delà de la seule production de fibre, les intervenants ont insisté sur la nécessité de développer une véritable chaîne de valeur autour du coton. Les graines peuvent alimenter les industries de l'huile alimentaire et cosmétique, tandis que les tourteaux constituent une importante source d'alimentation animale. Quant aux coques et autres résidus agricoles, ils peuvent être transformés en compost ou en biochar afin d'améliorer durablement la qualité des sols dans une logique d'économie circulaire et de valorisation intégrale des ressources. Cette approche permettrait non seulement de créer davantage de valeur ajoutée sur le territoire national, mais également de diversifier les revenus des producteurs.
Le webinaire a également mis en lumière les nombreuses opportunités offertes aux jeunes entrepreneurs béninois dans les domaines de l'agriculture de précision, des drones agricoles, des outils numériques, de la fabrication locale de biofertilisants ou encore de la transformation industrielle des sous-produits du coton. Les intervenants ont, par ailleurs, appelé au renforcement des partenariats scientifiques déjà engagés entre l'Université Mohammed VI Polytechnique et les institutions béninoises afin d'accélérer le transfert de technologies et le développement de nouveaux programmes de recherche sur l'agriculture durable.
En plaçant l'innovation scientifique, les biotechnologies et l'entrepreneuriat au cœur de sa stratégie agricole, le Bénin dispose des atouts nécessaires pour conforter son rang de leader africain de la production cotonnière, tout en construisant une filière plus compétitive, plus résiliente et davantage respectueuse de l'environnement.
Tchékpémi Jacques AHOUANSOU