Les liens historiques, culturels et fraternels entre les communautés yoruba/nagot du Bénin et celles du Nigeria étaient au cœur de la rencontre tenue à Savè, le jeudi 8 octobre 2026. Présidée par le Professeur François Adébayo ABIOLA, ancien vice-Premier Ministre du Bénin et facilitateur des activités du groupe, en présence de Sa Majesté Kiffouli Adéhoumi, Kabiessi d’Illasso, la séance a permis aux participants de faire le bilan de leur séjour à Ilé-Ifè, dans l’État d’Osun, du 18 au 20 septembre dernier.
La délégation béninoise ayant pris part à ce déplacement regroupait des rois et têtes couronnées issus de plusieurs localités, notamment Sakété, Pobè, Kétou, Dassa, Ouèssè, Bassila, Glazoué, Savè, Tchaourou et Adjohoun. Le voyage avait été organisé à l’invitation de Sa Majesté Ọba Ọjájá II, Ooni d’Ilé-Ifè, dans le cadre d’une dynamique de rapprochement entre les différentes composantes de la grande famille yoruba.
De l’immersion culturelle à la réflexion collective
À Ilé-Ifè, la délégation béninoise a participé à plusieurs activités et rencontres, notamment au palais royal, où elle a été reçue par le souverain. Les échanges ont porté sur la royauté, les traditions, la mémoire historique et les relations entre les communautés yoruba et nagot des deux pays. Ce séjour a également permis aux participants de découvrir des éléments du patrimoine historique et culturel de la cité nigériane.
La visite envisagée de l’Université Obafemi AWOLOWO, pourtant acceptée par le souverain, n’a cependant pas pu se tenir, faute de temps. Réunis à Savè, les participants ont estimé que cette expérience devait dépasser le cadre d’un déplacement de courtoisie pour se traduire par des initiatives durables. La rencontre a ainsi été consacrée à l’examen des acquis du voyage et à l’identification de pistes d’action susceptibles de consolider les relations entre les autorités traditionnelles yoruba/nagot du Bénin et leurs interlocuteurs nigérians.
Dans son orientation introductive, le Professeur François Adébayo ABIOLA a insisté sur l’importance de cette étape dans l’histoire des têtes couronnées concernées. Les participants ont salué son implication dans la facilitation de leurs activités et dans la poursuite d’objectifs liés à la mémoire, aux traditions, aux migrations et aux relations historiques entre les communautés yoruba/nagot du Bénin, du Nigeria et de la diaspora.
Un appel à dépasser les incompréhensions
La cohésion entre les autorités traditionnelles a occupé une place importante dans les échanges. Au cours du séjour à Ilé-Ifè, une doléance avait été adressée à sa majesté OJAJA Ooni afin de favoriser « l’enterrement de la haine, de la honte et de l’incompréhension » entre les rois yoruba du Bénin. Le souverain nigérian a exprimé sa disponibilité à accompagner cette démarche et à accueillir les préoccupations qui lui seraient soumises.
Pour les participants à la réunion de Savè, cette ouverture constitue une possibilité de poursuivre le dialogue et de travailler au rapprochement des différentes composantes de la communauté. Les échanges ont également conduit à souligner l’importance de renforcer la cohésion entre les membres fondateurs et les adhérents de la faîtière ORISA APAPO OBA YORUBA DIASPORA.
Des actions spécifiques sont envisagées en direction des têtes couronnées du Bénin membres de cette organisation. La volonté affichée est de consolider les relations entre les autorités traditionnelles, de favoriser une meilleure compréhension mutuelle et de construire un cadre propice à des initiatives communes. La rencontre s’est achevée à Ilé-Ifè par des prières pour les participants et la réussite de cette dynamique, ainsi que pour les dirigeants du Bénin et du Nigeria.
La mémoire historique au cœur des perspectives
Au-delà de la cohésion entre les rois, la documentation et la transmission de l’histoire des communautés nagot/yoruba du Bénin constituent l’un des principaux chantiers identifiés à Savè. Les participants ont souligné la nécessité de mieux préserver ce patrimoine en croisant plusieurs sources : traditions orales, archives, recherches scientifiques, témoignages des détenteurs de mémoire et étude des lieux historiques. Cette démarche doit contribuer à une connaissance plus approfondie des migrations, des héritages culturels et des relations entre les différentes communautés. Dans cette perspective, la possibilité d’établir un partenariat avec l’Université Obafemi Awolowo d’Ilé-Ifè a été retenue parmi les pistes à explorer.
Une telle coopération pourrait favoriser les recherches universitaires, la collecte de données historiques et la valorisation des connaissances détenues par les communautés. La jeunesse devra également être associée à cette dynamique, notamment à travers des activités de formation et de recherche universitaire. Pour les participants, la transmission de la mémoire ne peut se limiter aux détenteurs actuels des traditions : elle doit aussi préparer les générations futures à connaître et à préserver leur héritage. Les projets d’intérêt commun envisagés concernent notamment la sauvegarde du patrimoine culturel, la valorisation des sites historiques, la documentation de l’histoire et la promotion de la fraternité entre les communautés yoruba/nagot.
Donner une existence légale au regroupement
La réunion de Savè a également ouvert le chantier de la reconnaissance légale de l’Association des rois et têtes couronnées yoruba/nagot du Bénin. Un comité de réflexion a été mis en place pour étudier les formes juridiques susceptibles d’être retenues pour donner une existence officielle au regroupement.
Les travaux seront conduits avec l’accompagnement du Professeur François Adébayo ABIOLA et s’appuieront sur les membres du présidium, assistés des représentants de la presse présents à Savè. Cette initiative vise à offrir un cadre plus structuré à la coordination des activités, à la conduite des projets et à la représentation des membres. La réunion a par ailleurs retenu le principe de l’envoi d’une lettre à Sa Majesté l’Ooni d’Ilé-Ifè. Le courrier devra exprimer la gratitude des participants pour l’accueil reçu lors de leur séjour au Nigeria et inviter le souverain à effectuer une visite en République du Bénin.
Le mot « nagot » dans la dynamique commune
Les participants ont également insisté sur la nécessité d’intégrer explicitement le terme « nagot » dans la dynamique engagée, afin que les différentes composantes de cet héritage culturel soient prises en compte. La métaphore de l’arbre planté à Savè a servi à illustrer cette orientation : sa branche principale, associée à l’identité yoruba, devra être entretenue par l’ensemble des ramifications nagot.
À travers cette image, les participants ont exprimé leur volonté de construire une démarche commune qui reconnaisse la diversité des composantes historiques et culturelles concernées, sans perdre de vue les liens qui les unissent. La rencontre du 8 octobre à Savè marque ainsi une nouvelle étape après le séjour de septembre à Ilé-Ifè. Les résolutions annoncées placent désormais les autorités traditionnelles devant plusieurs chantiers : renforcer la cohésion au sein de leur faîtière, structurer juridiquement leur regroupement, documenter leur histoire, développer des partenariats scientifiques et transmettre le patrimoine aux jeunes générations.
Pour finir, il faut noter que le bureau de séance était composé du facilitateur et Président de séance, le Professeur François Adébayo ABIOLA,, de Sa Majesté Kiffouli Adéhoumi, Kabiessi d’Illasso, vice-président, ainsi que de Chabi Sika Ibrahim, Kabiessi de Tchaourou, d’Emessou Ruffin, Kabiessi de Sokponta, et d’Ogoudji Adiho Wabi, Kabiessi d’Ogouba.
Cadnel ADEBAYO