Procédant à l'ouverture officielle des travaux, le Secrétaire Perpétuel de l'Académie Nationale des Sciences, Arts et Lettres du Bénin (ANSALB), le Professeur Michel BOKO, a rappelé que le développement de la recherche en santé constitue une nécessité pour les pays africains confrontés à des réalités sanitaires spécifiques. Il a souligné que les références scientifiques élaborées dans d'autres contextes ne répondent pas toujours aux caractéristiques biologiques et épidémiologiques des populations africaines, d'où l'importance de produire des connaissances fondées sur les réalités locales. Pour le Professeur Michel BOKO, cette dynamique de recherche a naturellement conduit à la mise en place de plusieurs instances de régulation relevant notamment du Ministère de la Santé, du Ministère de l'Enseignement Supérieur et du Ministère chargé du Développement. Si chacune de ces structures poursuit le même objectif de garantir une recherche conforme aux exigences éthiques, leur fonctionnement parallèle peut, à terme, créer des lourdeurs administratives susceptibles de ralentir les activités scientifiques. « L'objectif commun est de faire de la bonne recherche. Mais si les différentes structures ne se parlent pas, la multiplication des procédures risque de devenir un frein à la recherche », a-t-il averti, plaidant pour un dialogue franc permettant d'aboutir à des règles mieux comprises, mieux acceptées par les chercheurs et davantage orientées vers l'accompagnement que vers la contrainte. Le Secrétaire Perpétuel a également insisté sur la dimension universelle de l'éthique en recherche, rappelant que les normes internationales actuellement en vigueur sont nées des dérives ayant marqué l'histoire de la recherche biomédicale. Selon lui, le respect de ces principes demeure indispensable pour protéger les personnes participant aux études scientifiques et garantir la crédibilité des résultats obtenus.
Président de la Commission Permanente Santé de l'ANSALB et Directeur de l'Institut de Recherche Clinique du Bénin (IRCB), le Professeur Achille MASSOUGBODJI voit dans cet atelier une opportunité de réconcilier exigences administratives et impératifs scientifiques. Il rappelle que la multiplication des structures de recherche s'est accompagnée, de façon légitime, de la création d'organismes chargés de veiller au respect de l'éthique, de la protection des personnes, de l'environnement et des lois nationales. Toutefois, estime-t-il, l'accumulation progressive des procédures peut finir par produire l'effet inverse de celui recherché. « Les structures de régulation doivent représenter un accompagnement de la bonne recherche plutôt qu'un frein », explique-t-il. Pour l'Universitaire, l'harmonisation recherchée passe avant tout par un dialogue permanent entre chercheurs et administrations. Les premiers doivent intégrer les exigences réglementaires inhérentes à toute société organisée ; les secondes doivent tenir compte des contraintes propres à l'activité scientifique, notamment lorsque les recherches dépendent de phénomènes saisonniers comme le paludisme, où un retard administratif peut compromettre une année entière de travaux. Au-delà des procédures, le Professeur MASSOUGBODJI a insisté sur les enjeux du partage des données scientifiques et des collaborations internationales. Il plaide pour des partenariats équilibrés, reposant non seulement sur le partage des données, mais aussi sur celui des bénéfices issus de la recherche. Selon lui, le renforcement des capacités nationales (ressources humaines, infrastructures techniques et financements) constitue une condition essentielle pour préserver la souveraineté scientifique du Bénin et permettre aux résultats produits de répondre effectivement aux besoins des populations.
Même appréciation du côté du Professeur Luis TEIXEIRA, Directeur Médical du Centre Hospitalier International de Calavi (CHIC), qui salue une initiative « particulièrement pertinente » dans un contexte où plusieurs institutions interviennent dans la régulation de la recherche. Selon lui, l'harmonisation doit avant tout répondre à une préoccupation très concrète : permettre au chercheur de savoir clairement où déposer son dossier sans avoir à reproduire plusieurs fois les mêmes démarches administratives. « L'idée est de faciliter les choses », résume-t-il. Le spécialiste estime qu'une meilleure coordination entre les différentes agences réduirait les délais, les coûts administratifs et les duplications de procédures qui constituent aujourd'hui autant d'obstacles au développement de la recherche. S'inspirant d'expériences internationales, il évoque également la perspective d'un portail unique permettant aux différentes institutions de traiter simultanément les dossiers relevant de leurs compétences respectives. Une telle organisation, explique-t-il, préserverait les missions spécifiques de chaque organisme (protection des données personnelles, contrôle éthique, conformité réglementaire) tout en simplifiant considérablement le parcours des chercheurs. Pour le Directeur Médical du CHIC, cette évolution renforcerait l'attractivité du Bénin dans le domaine de la recherche biomédicale et contribuerait à faire du pays une référence sous-régionale en matière de gouvernance scientifique.
Au cours de cette première journée, les participants ont successivement pris connaissance du fonctionnement des principales structures nationales impliquées dans la régulation de la recherche, notamment le Comité d'Éthique de la recherche de l'Université d'Abomey-Calavi, le Comité Local d'Éthique pour la Recherche Biomédicale de l'Université de Parakou, l'Institut National de la Statistique et de la Démographie ainsi que le Comité National d'Éthique pour la Recherche en Santé. Ces différentes présentations ont permis de mieux cerner les complémentarités, mais également les défis liés à la coexistence de plusieurs mécanismes de contrôle. Les travaux se poursuivent ce mercredi avec des réflexions en groupes, l'examen des contributions des différentes institutions concernées et la formulation de recommandations destinées aux autorités compétentes. L'ambition affichée est de jeter les bases d'un cadre de régulation harmonisé, garant d'une recherche scientifique éthique, performante et résolument tournée vers l'amélioration de la santé des populations béninoises.
Tchékpémi Jacques AHOUANSOU