Les dispositions concernées, notamment les articles 49 et 50 du règlement intérieur, s’inscrivent dans les compétences reconnues au Sénat en matière de protection de l’unité nationale, de la stabilité politique et du renforcement de l’État. Le mécanisme peut être enclenché à l’encontre d’acteurs politiques dont les actes ou propos sont considérés comme susceptibles de porter atteinte à plusieurs intérêts fondamentaux de la République. Sont notamment évoqués l’unité nationale, le développement de la Nation, la défense du territoire, la sécurité publique, la démocratie, les droits humains, la paix, le renforcement de l’État et la stabilité politique du pays. Le règlement prévoit cependant des exceptions. Certaines hautes autorités échappent à ce pouvoir de sanction du Sénat, conformément aux dispositions constitutionnelles applicables.
L’une des dispositions les plus sensibles concerne les conséquences que peut produire une sanction sur le mandat d’un député. En cas de suspension des droits politiques, l’intéressé ne peut plus exercer certaines de ses prérogatives politiques pendant la période fixée par la décision. Pour un parlementaire, cette mesure peut notamment entraîner une suspension de sa participation aux travaux de l’Assemblée nationale. Le retrait des droits politiques produit, lui, des effets plus lourds. Lorsqu’il concerne un député, il peut conduire à la déchéance de son mandat, selon les conditions prévues par les textes. Le nouveau dispositif introduit ainsi une dimension particulière dans les relations entre les deux chambres du Parlement. Le Sénat n'apparaît plus seulement comme une institution de réflexion, de régulation et de stabilisation de la vie politique : son règlement intérieur lui confère également un rôle dans la préservation de l'ordre institutionnel.
L’exercice d’un tel pouvoir ne saurait toutefois être dissocié des garanties constitutionnelles et procédurales qui encadrent toute sanction affectant les droits politiques d’un citoyen ou le mandat d’un élu. La question de la qualification des actes reprochés, de la procédure contradictoire, des droits de la défense et des éventuelles voies de recours revêt donc une importance particulière. Car si le Sénat est appelé à veiller aux « mœurs politiques », à la continuité de l’État et à la stabilité politique, l'utilisation de son pouvoir de sanction devra nécessairement s'inscrire dans le respect de l'État de droit et des compétences respectives des institutions. Cette disposition illustre en tout cas la profondeur des changements introduits dans l'architecture institutionnelle béninoise avec l'installation du Sénat. Désormais, les rapports entre Assemblée nationale et Sénat ne se limitent plus au processus législatif : ils s'étendent également à la régulation de la vie politique. Le véritable enjeu sera donc désormais celui de la mise en œuvre de ces nouvelles prérogatives. Entre volonté de préserver la stabilité institutionnelle et nécessité de garantir le pluralisme politique, l'équilibre sera déterminant.
Le règlement intérieur est adopté. Reste à savoir comment cette nouvelle arme institutionnelle sera utilisée et quelles garanties entoureront, dans la pratique, toute procédure susceptible de priver un élu de ses droits politiques et, à terme, de son mandat.
Cadnel ADEBAYO