ÉLECTRIFICATION HORS-RESEAU :  Le pari économique du Bénin pour accélérer le développement rural.

ÉLECTRIFICATION HORS-RESEAU :

Le pari économique du Bénin pour accélérer le développement rural.

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Douze localités rurales bientôt électrifiées : au-delà de l’accès à l’électricité, le Bénin mise sur un levier de transformation économique des territoires L’électrification de douze localités rurales béninoises marque une nouvelle étape dans la stratégie d’accès universel à l’énergie. À travers le recours à des solutions hors-réseau, les pouvoirs publics entendent apporter l’électricité à des zones encore éloignées du réseau interconnecté. Mais derrière cette opération d’infrastructure se joue un enjeu économique plus large : comment transformer l’accès à l’électricité en véritable moteur de croissance locale, de création d’emplois et d’amélioration des revenus ?

L’annonce concerne douze localités réparties dans les départements du Couffo, du Mono, de l’Atlantique et du Zou. Les localités citées sont Ahogbèya, Godohou, Tchito, Gbakpodji, Avloh centre, Ahokanmey, Gobaix, Setto, Akouessa, Avlamè, Koussoukpa et Kpokissa.

L’intérêt économique de cette initiative dépasse donc largement la simple installation de points lumineux. Dans les territoires ruraux, l’absence d’électricité constitue en effet un frein transversal à l’activité économique : elle limite les horaires de travail, renchérit certains coûts de production, empêche l’utilisation de machines électriques et réduit les possibilités de conservation et de transformation des produits agricoles.

 

L’électricité comme facteur de productivité

 Pour une économie rurale largement structurée autour de l’agriculture, du commerce et de l’artisanat, disposer d’une énergie fiable peut modifier sensiblement les conditions de production.

Un agriculteur qui dispose d’un équipement de transformation alimenté à l’électricité peut, par exemple, réduire la dépendance à certaines opérations manuelles. Un commerçant peut prolonger ses heures d’activité. Un atelier de soudure, de menuiserie ou de couture peut accroître sa capacité de production. Une activité de conservation au froid peut également contribuer à réduire les pertes de produits périssables.

L’électricité devient ainsi un facteur de productivité. Son impact ne se mesure pas uniquement au nombre de ménages raccordés, mais aussi à la quantité de valeur économique supplémentaire générée grâce à l’énergie.

C’est précisément là que se situe l’un des principaux défis du programme : éviter que l’électrification rurale soit considérée uniquement comme une politique sociale. Elle doit également être pensée comme une politique productive.

 

Le modèle hors-réseau, une réponse aux contraintes géographiques

 L’option hors-réseau présente un intérêt particulier pour les localités éloignées des infrastructures électriques existantes. Le raccordement classique peut nécessiter des investissements importants dans les lignes, les postes et les équipements de distribution.

Dans certaines zones faiblement peuplées, le coût de l’extension du réseau peut être élevé rapporté au nombre de bénéficiaires. Les systèmes autonomes, notamment lorsqu’ils reposent sur des solutions solaires accompagnées de batteries ou d’autres équipements de stockage, peuvent alors constituer une alternative économiquement pertinente.

Le hors-réseau permet surtout de réduire le temps nécessaire pour apporter le service électrique à certaines communautés.

Mais cette flexibilité a une contrepartie : la viabilité économique du système dépend fortement de la qualité de la conception technique, du modèle tarifaire, de la capacité de paiement des usagers et de la maintenance des installations.

 

Le véritable enjeu : créer une demande productive

 L’un des risques des programmes d’électrification rurale est de se limiter à une logique de raccordement des ménages.

Or, une infrastructure électrique devient beaucoup plus rentable économiquement lorsqu’elle permet également de développer une demande productive.

Dans les douze localités concernées, l’enjeu sera donc d’identifier les activités économiques susceptibles d’utiliser l’électricité : transformation agroalimentaire, pompage et irrigation, conservation frigorifique, ateliers artisanaux, services numériques, commerces, petites unités de production ou encore activités de restauration.

 

Cette approche pourrait créer un cercle vertueux.

 Électricité en investissement productif en hausse de la production en création d’emplois, augmentation des revenus et capacité accrue à payer l’électricité.

Sans cette dynamique, le risque est de disposer d’une infrastructure techniquement fonctionnelle mais économiquement sous-utilisée.

 

Des effets attendus sur l’emploi et les revenus.

 L’impact sur l’emploi pourrait se manifester à plusieurs niveaux.

En premier, les travaux d’installation et de maintenance créeront des besoins en main-d’œuvre technique. Ensuite, l’amélioration de l’accès à l’énergie devrait favoriser la création ou l’expansion de petites entreprises locales.

Enfin, l’effet le plus important pourrait toutefois être indirect. Lorsque les producteurs disposent d’énergie pour transformer leurs matières premières localement, une partie de la valeur ajoutée qui était auparavant réalisée ailleurs peut rester dans la communauté.

Prenons le cas d’un produit agricole vendu à l’état brut. Sa transformation locale  broyage, séchage, conditionnement ou conservation  permet d’augmenter sa valeur marchande. Si cette transformation est réalisée par des entreprises locales, elle génère également des revenus et des emplois sur le territoire.

L’électrification devient alors un instrument de territorialisation de la valeur ajoutée.

 

Un impact potentiel sur les finances des ménages.

 L’accès à une source d’électricité plus moderne peut également modifier la structure des dépenses des ménages.

Dans les zones dépourvues de réseau, les familles peuvent recourir à différentes solutions énergétiques individuelles dont le coût cumulé peut être important. L’arrivée d’un service électrique organisé peut améliorer la prévisibilité des dépenses énergétiques.

Cependant, l’impact dépendra du niveau des tarifs.

 

La question du prix de l’électricité sera donc centrale

 Un service trop cher risque d’exclure les ménages les plus modestes et de limiter l’utilisation productive. À l’inverse, un tarif artificiellement bas peut fragiliser l’équilibre financier des opérateurs et compromettre la maintenance des installations.

Le défi consiste à trouver un équilibre entre accessibilité sociale et viabilité économique.

 

Le rôle déterminant du secteur privé

 Le choix d’un modèle de concession ouvre également une réflexion sur la place du secteur privé dans l’électrification rurale.

Un opérateur privé peut apporter des capitaux, des compétences techniques et des capacités de gestion. Mais l’équation économique des zones rurales demeure particulière : faible densité de population, revenus parfois limités et consommation électrique initialement faible.

Il peut donc être nécessaire de combiner investissement privé, mécanismes publics de soutien et dispositifs permettant de réduire le risque financier.

L’objectif doit être d'attirer l’investissement sans transférer excessivement le coût du service aux ménages ruraux.

 

Le risque de la “pauvreté énergétique” persistante

 L’accès physique à l’électricité ne signifie pas automatiquement accès effectif à l’énergie.

Une localité peut être électrifiée et continuer à connaître une forme de pauvreté énergétique si les ménages ne peuvent pas consommer suffisamment d’électricité ou si les entreprises locales ne disposent pas des équipements nécessaires pour l’utiliser. Cette distinction est essentielle.

Le succès du programme ne devrait donc pas être évalué uniquement selon le nombre de villages électrifiés ou de branchements réalisés. Il faudrait également mesurer la consommation productive, le nombre d’entreprises créées, les emplois générés, l’évolution des revenus et la quantité de produits agricoles transformés localement.

 

Vers une politique d’électrification intégrée au développement rural

 L’électrification hors-réseau peut devenir beaucoup plus qu'un programme énergétique si elle est articulée avec les politiques agricoles, industrielles et numériques.

Dans les zones agricoles, l’électricité devrait être accompagnée d’un accès au financement permettant aux producteurs d’acquérir des équipements. Dans les centres ruraux, elle pourrait soutenir les services numériques et les petites entreprises. Dans les zones de transformation, elle peut contribuer à l’émergence de véritables pôles économiques locaux.

L’enjeu est donc de passer d’une logique de “village électrifié” à celle de “territoire économiquement transformé par l’électricité”.

Cette orientation permettrait également de renforcer l’attractivité des zones rurales et de réduire certaines disparités territoriales.

 

Un investissement dont la rentabilité se mesure sur le long terme

 L’électrification rurale ne doit pas être jugée uniquement à l’aune de sa rentabilité financière immédiate. Ses retombées économiques et sociales sont souvent diffusées dans le temps : amélioration de la productivité, développement des entreprises, scolarisation, services de santé, numérique, création d’emplois et augmentation des recettes locales.

La rentabilité économique globale peut ainsi être supérieure à la rentabilité directe de l’opérateur énergétique.

Mais pour que cette rentabilité se concrétise, plusieurs conditions devront être réunies : qualité des infrastructures, maintenance régulière, tarifs accessibles, formation des techniciens locaux, accompagnement des entrepreneurs et disponibilité de financements pour les activités productives.

 

Le prochain test sera celui de l’usage

 L’électrification des douze localités constitue une avancée importante, mais elle ne sera véritablement porteuse de croissance que si l’électricité est effectivement utilisée pour produire.

 

Ibourahim Abdou GIBRIL

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Brice HAL

2 jours

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