Créée le 6 novembre 2003, l’Association Nationale des Communes du Bénin s’est progressivement imposée comme l’un des principaux centres de pouvoir de la gouvernance territoriale béninoise. Initialement conçue comme un cadre de coordination entre communes, l’association est devenue au fil des années un acteur stratégique du dialogue entre collectivités locales et pouvoir central, influençant les débats sur le financement communal, la coopération décentralisée, l’aménagement du territoire et la territorialisation des politiques publiques. En effet, la nouvelle donne politique née des élections communales et législatives du 11 janvier 2026 place aujourd’hui l’institution face à une interrogation majeure. Élu Député à l’Assemblée Nationale, Luc Sètondji ATROKPO conserve-t-il encore la légitimité politique et statutaire pour diriger une organisation fondée sur la représentation des exécutifs communaux ? La question devient d’autant plus sensible que les textes de l’ANCB demeurent silencieux sur plusieurs points essentiels : incompatibilité de fonctions, vacance de pouvoir, mécanismes de transition ou modalités de succession en cours de mandat. Ce vide normatif, longtemps ignoré, prend désormais une dimension hautement politique. Le mandat actuel du Bureau Exécutif National, issu du congrès électif de décembre 2020 à Parakou, court théoriquement sur cinq ans. Mais l’évolution du statut politique de son président fragilise la cohérence même de cette architecture institutionnelle.
Une institution devenue trop stratégique pour rester dans le flou
Au fil des années, l’Association Nationale des Communes du Bénin a cessé d’être une simple structure associative. Sous les présidences successives de Soulé ALAGBÉ puis de Luc Sètondji ATROKPO, l’organisation a renforcé son poids institutionnel et sa capacité de plaidoyer, jusqu’à devenir un interlocuteur incontournable de l’État et des partenaires internationaux. Cette montée en puissance a cependant mis en lumière une fragilité structurelle : l’absence de mécanismes clairs de continuité institutionnelle. Or, plus une institution gagne en influence, plus ses ambiguïtés statutaires deviennent sensibles politiquement. Aujourd’hui, plusieurs questions agitent discrètement les cercles de la gouvernance locale : le Bureau Exécutif peut-il assurer une transition sans congrès électif ? Une suppléance implicite est-elle juridiquement recevable ? La qualité de député national est-elle compatible avec la présidence de l’ANCB ? Faut-il constater une vacance de fait dès lors que le Président n’est plus Maire en exercice ? Autant d’interrogations qui dépassent désormais la seule personne de Luc Sètondji ATROKPO pour toucher directement à la crédibilité institutionnelle de l’organisation.
Un test majeur pour la maturité de la décentralisation béninoise
Le dossier intervient dans un contexte où la décentralisation béninoise entre dans une nouvelle phase de consolidation institutionnelle. Les collectivités territoriales sont appelées à jouer un rôle accru dans le développement local, la gestion foncière, les infrastructures et l’attractivité économique des territoires. Dans ce paysage en mutation, toute instabilité au sommet de l’Association Nationale des Communes du Bénin pourrait avoir des répercussions bien au-delà de l’organisation elle-même. L’enjeu est donc double : préserver la stabilité politique de l’institution tout en clarifiant durablement son cadre juridique. Car une organisation qui se veut vitrine de la gouvernance locale ne peut prospérer dans des zones d’ombre statutaires.
Et bien ! La succession de Luc Sètondji ATROKPO apparaît ainsi comme un révélateur plus large : celui des défis de maturation institutionnelle auxquels reste confrontée la décentralisation béninoise.
Tchékpémi Jacques AHOUANSOU