Devant des eurodéputés et plusieurs responsables européens, l’ancien Préfet de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements a dénoncé ce qu’il considère comme une nouvelle forme de domination, qu’il qualifie de « colonisation idéologique ». Ses critiques ont principalement porté sur les questions liées à l’avortement, à l’idéologie du genre et aux notions de « droits sexuels et reproductifs ».
Dès l’ouverture de son intervention, le Cardinal SARAH a insisté sur ce qu’il présente comme une évolution profonde du sens des mots dans le débat public. « Les mots ne signifient plus ce qu’ils disent », a-t-il déclaré, estimant que certaines expressions utilisées dans les politiques internationales auraient progressivement changé de portée. Selon lui, les termes tels que « santé sexuelle et reproductive » ou « égalité de genre » ne seraient plus seulement descriptifs, mais porteraient désormais des visions particulières de la société et de l’être humain. Pour le Prélat guinéen, cette transformation du vocabulaire accompagne une évolution culturelle qu’il juge incompatible avec les références historiques, religieuses et anthropologiques de nombreux peuples africains.
Dans son intervention, le Cardinal SARAH a également mis en cause certaines pratiques de coopération internationale. Il a évoqué un « néocolonialisme culturel et économique », estimant que des États africains pourraient subir des pressions pour modifier leurs législations relatives à la famille, à l’avortement ou aux questions d’identité en échange de certains soutiens financiers. « Lorsque les droits de l’homme sont invoqués pour imposer des catégories juridiques étrangères à notre histoire, à notre foi, à notre culture et à notre vision anthropologique, nous ne sommes plus face à une coopération entre partenaires égaux », a-t-il déclaré. Le religieux a notamment cité plusieurs instruments de coopération entre l’Union Européenne et les pays africains, dont l’accord de SAMOA, estimant que les mécanismes économiques et financiers ne doivent pas devenir des moyens d’influence sur les choix de société des États souverains.
Au-delà de la critique, le Cardinal Robert SARAH a voulu présenter l’Afrique comme un continent porteur de valeurs et d’une contribution propre au monde contemporain. « L’Europe, vieillissante et fatiguée, a beaucoup à apprendre et à recevoir de l’Afrique », a-t-il affirmé, mettant en avant la vitalité spirituelle du continent africain, l’importance accordée à la famille et la richesse des vocations religieuses. S’appuyant sur les enseignements des derniers souverains pontifes, notamment Benoît XVI, François et Léon XIV, le Cardinal a rappelé la nécessité de préserver une conception de l’homme fondée sur la dignité et la réalité humaine.
En conclusion de son intervention, le prélat guinéen a adressé un message aux responsables européens, les invitant à un « sérieux examen de conscience » et à une nouvelle approche des relations avec l’Afrique. « Écoutez l’Afrique. Respectez sa souveraineté culturelle. Offrez une coopération libre, non conditionnée par des agendas idéologiques », a-t-il lancé.
Cette sortie du Cardinal Robert Sarah intervient dans un contexte marqué par de nombreux débats internationaux sur les questions sociétales, les droits fondamentaux et les modèles culturels. Elle confirme la place du prélat africain parmi les voix les plus critiques à l’égard de certaines évolutions sociales contemporaines en Occident.
Léonel ÉBO