Face à cette situation, la BAD préconise une diversification des sources de capitaux. Mobilisation accrue des ressources intérieures, Partenariats Public-Privé (PPP), marchés de capitaux, mécanismes de financement innovants et éventuelle création d’un fonds souverain figurent parmi les pistes mises en avant. L’enjeu ne consiste toutefois pas uniquement à rechercher davantage de capitaux. Il s’agit également de renforcer la capacité du Bénin à transformer ses besoins d’investissement en projets suffisamment structurés et bancables pour attirer les financements.
Les données citées dans le rapport mettent en lumière l’un des principaux défis à relever. Sur les 12 projets initiés au Bénin en 2023-2024, seuls trois ont atteint le bouclage financier, selon les données de la Facilité africaine de soutien juridique reprises par la BAD. À titre comparatif, l’Afrique du Sud en comptait 20 et le Sénégal neuf. Cette situation souligne l’importance de la préparation des projets. Avant de parvenir au financement, les grands investissements nécessitent des études techniques et économiques, une évaluation de la demande, une structuration financière appropriée, une répartition claire des risques ainsi qu’une sécurisation des revenus attendus. Le développement des PPP apparaît ainsi comme un levier potentiel pour élargir les capacités de financement du pays, à condition que les projets présentés aux investisseurs répondent aux exigences de bancabilité. La BAD recommande notamment de renforcer les facilités de préparation des projets afin de financer les études et les différentes opérations nécessaires à leur maturation. Le Bénin dispose, depuis 2024, d’un cadre juridique renouvelé avec la loi n° 2024-30 du 23 juillet 2024 portant cadre juridique du partenariat public-privé. Mais l’existence du cadre réglementaire ne suffit pas. La sélection des projets, l’évaluation des risques, la négociation des contrats et le suivi de leur exécution restent déterminants.
Présentant les conclusions du rapport, Dr. Tankien DAYO, économiste pays principal de la BAD, a identifié trois mécanismes susceptibles d’élargir les possibilités de financement des infrastructures par les PPP. Le premier concerne le financement du déficit de viabilité. Il consiste à apporter une subvention ciblée à un projet dont la rentabilité ne permet pas, à elle seule, d’attirer suffisamment de capitaux privés. Le deuxième repose sur le recyclage des actifs publics, qui permet de valoriser ou de monétiser certaines infrastructures existantes afin de dégager des ressources destinées à de nouveaux investissements. Le troisième est celui de la titrisation, consistant à transformer des flux de trésorerie futurs en titres négociables sur les marchés de capitaux. Ces instruments comportent cependant des risques pour les finances publiques. Les garanties accordées par l’État, les engagements contractuels et les modalités de rémunération des partenaires privés doivent donc faire l’objet d’une évaluation rigoureuse afin de limiter les éventuelles pressions budgétaires à moyen et long terme.
La mobilisation de nouvelles ressources doit également s’accompagner d’une utilisation plus efficace des fonds déjà disponibles. Selon la BAD, l’efficacité de l’investissement public au Bénin est estimée à 56 %, contre une moyenne africaine de 59 %. Le rapport fait ainsi apparaître un potentiel d’amélioration de 44 %. Le Ghana et le Cap-Vert dépassent, pour leur part, le seuil de 74 % selon les données présentées. Cette marge de progression revêt une importance particulière au regard des besoins du pays dans des secteurs tels que les infrastructures, l’énergie, les transports, le numérique et l’industrialisation. La Zone Économique de Glo-Djigbé (GDIZ) illustre notamment l’interdépendance entre les investissements industriels et les infrastructures connexes. L’essor des activités industrielles génère des besoins supplémentaires en énergie, transport, logistique et services numériques.
La BAD recommande également au Bénin d’examiner la possibilité de mettre en place un fonds souverain, notamment en prévision de futures ressources extractives. La reprise attendue de l’exploitation pétrolière sur le champ de Sèmè pourrait, selon le rapport, offrir une opportunité de constituer progressivement des ressources de long terme. Un tel mécanisme pourrait permettre de canaliser une partie des revenus issus des ressources extractives afin de les épargner, de les investir ou encore de co-investir avec des fonds institutionnels et internationaux. Sa réussite dépendrait toutefois de la solidité de sa gouvernance, de ses règles de gestion et de sa politique d’investissement.
Les besoins du secteur énergétique illustrent l’ampleur des investissements à mobiliser. Le projet de barrage hydro-multifonction de Dogo-Bis, destiné à renforcer la production d’électricité, sécuriser l’approvisionnement en eau et soutenir le développement agro-industriel dans la vallée de l’Ouémé, a obtenu en juillet 2026 un financement de 150 millions de dollars de la Banque mondiale. Ce financement ne relève pas d’un PPP, mais il illustre la diversité des instruments susceptibles d’être mobilisés pour financer les infrastructures structurantes.
Au total, le besoin additionnel de 1 370 milliards de FCFA par an jusqu’en 2030 place le financement au cœur de l’équation du développement du Bénin. La réponse devrait reposer à la fois sur la diversification des sources de capitaux, l’amélioration de la mobilisation des ressources nationales et surtout la capacité à faire émerger un portefeuille de projets suffisamment préparés et bancables. La réussite de cette stratégie dépendra également de la capacité des pouvoirs publics à maîtriser les risques liés aux engagements de long terme, afin que la recherche de nouveaux financements soutienne durablement la transformation économique du pays sans fragiliser ses équilibres financiers.
Grant-Aniel BOLARIAN