Plus de 5.000 délégués représentant les gouvernements, les employeurs et les travailleurs des 187 États membres sont attendus au Palais des Nations et au siège de l’OIT. Cette rencontre constitue le principal cadre multilatéral de définition des normes sociales internationales. Au cœur des discussions figurent les grands bouleversements du travail contemporain. Les délégués devront se pencher sur le travail décent dans l’économie des plateformes numériques, la régulation de l’intelligence artificielle dans l’emploi, l’égalité entre les femmes et les hommes, ainsi que le renforcement du dialogue social et du tripartisme. L’objectif central des négociations sur l’économie des plateformes est d’aboutir à un instrument international encadrant les droits des travailleurs dans un secteur où la frontière entre travail indépendant et salariat demeure floue. Plusieurs garanties sont au cœur des débats, notamment la limitation du temps de travail, la sécurité professionnelle, la protection contre les licenciements abusifs et les droits liés à la maternité. La Suisse entend défendre une approche équilibrée, en faveur d’une convention complétée par une recommandation, afin de tenir compte de la diversité des modèles économiques tout en garantissant une protection équivalente à celle des travailleurs traditionnels.
La conférence examinera également les avancées en matière d’égalité entre les femmes et les hommes dans le monde du travail, ainsi qu’un rapport consacré au dialogue social et au tripartisme. Dans un contexte de tensions croissantes sur les marchés de l’emploi, plusieurs États, dont la Suisse, réaffirmeront le rôle des conventions collectives comme instrument central de régulation des salaires et des conditions de travail. Le Directeur Général de l’OIT, le Togolais Gilbert HOUNGBO, présentera son rapport d’activité devant la plénière, aux côtés du président du Conseil d’Administration, en parallèle des discussions sur le programme et budget de l’organisation ainsi que sur l’application des normes internationales du travail.
Au-delà des enjeux sociaux, l’OIT fait face à une crise budgétaire sans précédent. L’organisation indique que ses États membres lui doivent près de 500 millions de francs suisses de contributions impayées, pour un budget annuel de 926 millions. Cette situation s’est aggravée depuis 2025 avec la réduction des financements de certains grands contributeurs, notamment les États-Unis, dans un contexte de recomposition des priorités diplomatiques. Face à cette pression financière, des scénarios d’ajustement sont à l’étude, pouvant aller jusqu’à la suppression d’environ 350 postes au siège de Genève. L’organisation précise toutefois qu’aucune décision définitive de licenciement n’a été prise, tout en évoquant des mesures de restriction budgétaire et un gel des recrutements. La crise impacte également l’écosystème de la Genève internationale. Pour soutenir les organisations affectées, les autorités locales ont mis en place la Fondation pour l’adaptation de la Genève internationale, dotée de 50 millions de francs suisses.
Les débats se tiennent également dans un climat international instable, notamment en raison des tensions au Moyen-Orient. Selon les projections de l’OIT, une hausse durable de 50 % du prix du pétrole pourrait entraîner la perte de 14 millions d’emplois équivalents temps plein dès cette année, et jusqu’à 38 millions d’ici 2027 si la situation perdure. Dans un monde marqué par la fragmentation géopolitique, l’essor de l’intelligence artificielle et la transformation accélérée des formes d’emploi, cette conférence apparaît comme un test majeur pour la capacité du multilatéralisme social à produire des règles communes face aux défis du travail du XXIe siècle.
Tchekpemi: Jacques AHOUANSOU