En effet, la dynamique devrait se poursuivre, quoique légèrement ralentie, en 2026. La BAD prévoit une croissance régionale de 4,6 %, soutenue notamment par l’investissement privé, la demande intérieure et les infrastructures. L’essor des secteurs pétrolier, gazier et minier devrait également contribuer à cette progression. Cette trajectoire favorable n’est toutefois pas à l’abri des turbulences. Une inflation persistante, l’alourdissement des dettes publiques, les tensions géopolitiques et le durcissement des conditions financières internationales pourraient réduire les marges de manœuvre des États et ralentir les investissements. Le principal point de vulnérabilité identifié par la BAD ne réside cependant pas dans la croissance, mais dans le financement du développement. L’Afrique de l’Ouest doit mobiliser entre 90 et 100 milliards de dollars supplémentaires par an pour couvrir ses besoins. Pour l’institution panafricaine, la difficulté ne tient pas uniquement au manque de capitaux. La région dispose de ressources financières importantes, mais celles-ci demeurent insuffisamment mobilisées et orientées vers les investissements productifs. L’épargne intérieure apparaît ainsi comme l’un des principaux gisements à exploiter. Une meilleure mobilisation des ressources disponibles pourrait permettre aux économies ouest-africaines de réduire leur dépendance vis-à-vis des financements extérieurs et de renforcer leur autonomie financière.
Par ailleurs, la mobilisation des recettes fiscales constitue l’un des principaux leviers identifiés. Au cours des cinq dernières années, le ratio moyen entre les recettes fiscales et le Produit intérieur brut (PIB) de l’Afrique de l’Ouest s’est établi à seulement 9,9 %, très loin du critère de convergence de 20 % fixé au sein de l’UEMOA. Cette faiblesse réduit considérablement la capacité des États à financer les infrastructures, les services sociaux et les politiques publiques. La BAD préconise notamment l’élargissement de l’assiette fiscale, une meilleure gestion des revenus issus des ressources naturelles et la formalisation progressive des activités économiques informelles. Elle recommande également de mieux mobiliser l’épargne à long terme détenue par les caisses de retraite et les compagnies d’assurance. L’enjeu est donc de transformer les ressources existantes en capacités réelles de financement du développement. Les perspectives consacrées à la Côte d’Ivoire illustrent le poids des grandes économies dans cette dynamique régionale. Première économie de l’UEMOA, le pays devrait afficher une croissance de 6,5 % en 2025. Abidjan ambitionne d'accéder au statut de pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure à l’horizon 2030. Pour y parvenir, la BAD estime que le pays devra poursuivre son industrialisation, renforcer son secteur privé et accroître ses capacités de mobilisation des ressources publiques et privées. La formalisation de l’économie, l’amélioration de la fiscalité foncière et minière, une meilleure prise en compte du commerce électronique dans l’impôt et la poursuite des réformes financières figurent parmi les pistes identifiées.
L’intégration financière constitue également un chantier prioritaire. Le développement des marchés de capitaux, notamment à travers la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM), peut permettre de canaliser davantage l’épargne disponible vers les investissements de long terme. La consolidation des systèmes de paiement, l’intégration des marchés financiers et la circulation accrue des capitaux au sein de l’espace communautaire pourraient ainsi contribuer à réduire le déficit de financement. Pour l’Afrique de l’Ouest, le défi n’est donc plus seulement de rechercher de nouveaux bailleurs ou de nouveaux capitaux. Il consiste aussi à mieux exploiter les ressources déjà disponibles, à renforcer leur circulation et à les orienter vers les secteurs capables de créer de l’emploi, d’accroître la productivité et d’accélérer la transformation des économies.
En définitive, les chiffres de la BAD dessinent finalement une équation claire : l’Afrique de l’Ouest dispose d’une capacité de croissance réelle, mais doit encore transformer cette résilience en puissance économique durable. La mobilisation de l’épargne intérieure, l’amélioration de la fiscalité, l’intégration financière et l’investissement privé apparaissent comme les leviers d’une nouvelle étape. La région résiste aux chocs. Reste désormais à savoir si elle saura transformer cette résistance en véritable autonomie financière et en croissance suffisamment inclusive pour répondre aux besoins de ses populations.
Grant-Aniel BOLARIAN