La nouvelle année judiciaire de la CRIET s’ouvre sur une réflexion relative à l’équilibre entre la répression des infractions et la protection des droits fondamentaux. À l’occasion de l’audience solennelle de rentrée, le procureur spécial près la juridiction, Elonm Mario MÈTONOU, a défendu une approche pénale qui associe fermeté dans l’application de la loi, respect de la dignité humaine et proportionnalité des sanctions. Face aux critiques portant sur la sévérité de la juridiction, le magistrat a rappelé que l’efficacité de la justice ne saurait se mesurer uniquement à la lourdeur des peines prononcées.
Pour lui, la lutte contre les infractions économiques, la cybercriminalité, le terrorisme et les infractions sexuelles doit s’accompagner de garanties procédurales solides. « Entre le laxisme et la terreur, il existe une troisième voie : celle de la proportionnalité », a-t-il défendu, selon les comptes rendus de son intervention. Cette position repose sur la nécessité de sanctionner les infractions sans faire abstraction des circonstances propres à chaque affaire ni des droits des personnes poursuivies.
La détention provisoire appelée à rester exceptionnelle
L’un des points marquants du discours du procureur spécial concerne le recours à la détention provisoire. Cette mesure, qui prive une personne de liberté avant qu’une condamnation définitive ne soit prononcée, ne devrait pas devenir une réponse systématique aux poursuites pénales. « La détention provisoire doit redevenir ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : l’exception ultime », a insisté Elonm Mario MÈTONOU. Le Magistrat a ainsi mis en avant la présomption d’innocence et les droits de la défense, qu’il considère comme des garanties fondamentales de la procédure judiciaire. L’objectif affiché est de mieux individualiser les réponses pénales et de veiller à ce que les mesures prises soient adaptées aux circonstances de chaque dossier. Cette orientation ne signifie pas un relâchement dans la poursuite des infractions relevant de la compétence de la CRIET. Le procureur spécial a réaffirmé sa détermination à lutter contre les atteintes à la fortune publique, les actes liés au terrorisme et les infractions sexuelles, tout en soulignant la nécessité de prévenir l’arbitraire dans la conduite des procédures. Il a également rappelé que les victimes doivent bénéficier d’une attention particulière, notamment au regard de leur souffrance et de leur droit à réparation. La recherche d’un équilibre entre les droits des personnes poursuivies et ceux des victimes constitue ainsi l’un des enjeux de l’humanisation de la justice pénale.
3 849 plaintes et procès-verbaux enregistrés en un an
La rentrée judiciaire a aussi été l’occasion pour le procureur spécial de présenter des données relatives à l’activité du parquet. Selon le bilan rapporté par la presse, 3 849 plaintes et procès-verbaux ont été enregistrés au cours de l’année judiciaire 2025-2026, contre 3 067 lors de l’exercice précédent. Cette progression représente 782 plaintes et procès-verbaux supplémentaires, soit une hausse d’environ 25,5 % en un an. Elle traduit une augmentation des affaires portées à la connaissance du parquet spécial, sans préjuger, à elle seule, de leur nature ni de leur issue judiciaire. Pour Elonm Mario MÈTONOU, le débat sur la sévérité de la CRIET doit donc également tenir compte de l’activité de la juridiction et de la nécessité de répondre aux infractions tout en respectant les principes fondamentaux de la procédure pénale.
DJOGBÉNOU dénonce les conséquences de l’enrichissement illicite
De son côté, le Président de la CRIET, Édouard DJOGBÉNOU, a attiré l’attention sur les conséquences de la cybercriminalité et de la recherche de gains illicites, particulièrement chez les jeunes. Dans son intervention, il a dénoncé l’attrait de l’enrichissement rapide obtenu par des moyens frauduleux et les effets de ce phénomène sur la société béninoise. Le Président de la juridiction a notamment évoqué les conséquences sur la scolarisation des jeunes et sur l’environnement économique.
Selon les propos rapportés, les activités des réseaux cybercriminels affecteraient l’image du pays auprès des investisseurs, tandis que certains adolescents seraient attirés par la perspective de gains faciles au détriment de leur parcours scolaire. Édouard DJOGBÉNOU a également dénoncé des dérives associant, dans certains cas, la recherche d’enrichissement illicite à des pratiques occultes et criminelles.
Il a alerté sur la banalisation sociale de fortunes acquises de manière malhonnête, lorsque leurs détenteurs deviennent des modèles d’admiration. Pour le Président de la CRIET, la réponse judiciaire doit contribuer à endiguer ces pratiques et à préserver les fondements de l’État de droit. Il a ainsi assumé la nécessité d’une action ferme contre les infractions économiques et la cybercriminalité, en mettant l’accent sur leurs répercussions au-delà des seules personnes directement impliquées.
L’humanisation de la justice comme fil conducteur
À travers le thème retenu pour 2026-2027, la CRIET entend placer au cœur des débats la conciliation entre l’efficacité répressive et la protection des droits humains. Les interventions du procureur spécial et du président de la juridiction mettent en évidence deux dimensions complémentaires de cette problématique : les garanties accordées aux personnes poursuivies et la nécessité de répondre aux infractions qui affectent la collectivité.
La rentrée judiciaire ouvre ainsi une nouvelle année de réflexion sur les pratiques pénales, la proportionnalité des sanctions, la présomption d’innocence et la lutte contre les formes de criminalité relevant de la compétence de la Cour.
Léonel ÉBO