.Mais au-delà des émotions et autres accusations fallacieuses et parfois même hâtives, une question mérite d’être posée. Ces agissements et autres attaques tout azimuts sont-ils réellement fondés ou motivés? Les auteurs sont-ils vraiment conscients des risques qu’ils encourent, Tout porte à croire que ces derniers e comprennent pas grande chose pour ce qui est du rôle et des attributions de la CENA. Il faut souligner ici que la CENA n’est ni un organe de proclamation définitive des résultats, ni une juridiction électorale. Sa mission est claire : organiser matériellement les élections, collecter les résultats issus des bureaux de vote et les transmettre, avec toutes les pièces justificatives, aux institutions compétentes, notamment la Cour suprême quand il s’agit des élection communales et la Cour Constitutionnelle quand il s’agit des législatives. Les chiffres qui parviennent à la CENA ne sont pas fabriqués dans ses bureaux. Ils sont produits à la base par les agents électoraux, les représentants de partis, les observateurs et consignés dans des procès-verbaux signés. Chaque étape est encadrée par des mécanismes de contrôle, de traçabilité et de transparence. Accuser aujourd’hui la CENA de « dribble des résultats », c’est donc remettre en cause tout un système impliquant des milliers d’acteurs, souvent les mêmes qui ont organisé avec succès les élections antérieures saluées par la communauté nationale et internationale.
En matière de contentieux électoral, la Cour Suprême n’invente pas les résultats. Elle ne fait qu’examiner les recours, confronter les preuves, analyser les procès-verbaux, vérifier les incohérences éventuelles et trancher en droit. Les décisions rendues reposent sur les documents transmis par la CENA, les preuves apportées par les requérants, les données issues des bureaux de vote. Autrement dit, la Cour suprême agit comme un arbitre institutionnel, chargé de dire le droit à partir des faits établis. Elle confirme, corrige si nécessaire, mais toujours sur la base d’éléments matériels vérifiables. Présenter la Cour comme un simple relais politique ou la CENA comme un organe de manipulation revient à nier tout l’édifice juridique qui fonde la démocratie béninoise.
L’histoire électorale montre une constante : après chaque scrutin serré ou défavorable, la tentation est grande de chercher un responsable institutionnel. La CENA devient alors le bouc émissaire idéal, parce qu’elle est visible, centrale et symbolique. Pourtant, les mêmes acteurs politiques qui contestent aujourd’hui ses résultats ont souvent participé à son installation, validé ses procédures et salué son professionnalisme . La vérité est souvent plus simple : ce n’est pas l’arbitre qui fait perdre le match, mais parfois le score lui-même. Si la critique des institutions fait partie de la démocratie, elle doit s’appuyer sur des faits et non sur des accusations gratuites. Plusieurs publications actuelles, parfois virulentes, frôlent dangereusement la désinformation et la diffamation.
Des sources judiciaires laissent déjà entendre que certains auteurs de propos mensongers pourraient être appelés à répondre de leurs actes dans les prochains jours, conformément aux lois sur la cybercriminalité et la diffusion de fausses informations. La démocratie béninoise s’est construite sur la liberté, mais aussi sur la responsabilité. Préserver la confiance dans les institutions républicaines. Le Bénin s’est forgé une réputation régionale de stabilité démocratique, grâce à des institutions électorales crédibles et un système judiciaire reconnu. Fragiliser sans preuve la CENA ou la Cour suprême, c’est fragiliser la République elle-même.
La vigilance citoyenne est nécessaire. La critique argumentée est saine. Mais la remise en cause systématique et émotionnelle des institutions ouvre la porte au désordre et à la méfiance généralisée.
La CENA n’est ni juge ni partie.
Elle organise, collecte et transmet. La Cour Suprême ne fabrique pas les résultats.
Elle tranche à partir des preuves. La vraie question n’est donc pas : « La CENA a-t-elle failli ? » Mais plutôt : acceptons-nous encore les règles du jeu démocratique lorsque les urnes ne nous sont pas favorables ? Dans une République solide, les institutions ne doivent pas être sacrifiées sur l’autel de la frustration politique.
Grant-Aniel BOLARIAN