Au plan national, le taux de participation s’établit à 63,85 %, avec plus de 5 millions de votants sur près de 7,9 millions d’inscrits . Un niveau qui témoigne d’un engagement démocratique réel, bien que perfectible, dans un contexte électoral toujours marqué par des défis de mobilisation. Cependant, derrière cette moyenne nationale se cache une réalité beaucoup plus hétérogène. Certaines communes ont dépassé toutes les attentes, affichant des taux exceptionnellement élevés, tandis que d’autres peinent encore à mobiliser leurs électeurs.
En tête du classement, la commune de Toviklin (département du Couffo) crée la surprise avec un taux de participation de 104,08 % . Une performance atypique qui interroge et pourrait s’expliquer par des ajustements techniques liés aux listes électorales ou à la gestion des bureaux de vote. Derrière elle, plusieurs communes affichent des scores remarquables, confirmant une forte culture civique dans certaines zones rurales : Bonou (Ouémé) : 99,06 %, Dogbo (Couffo) : 96,79 %, Ouèssè (Collines) : 96,67 %, Matéri (Atacora) : 95,68 %. Ces chiffres traduisent une mobilisation massive, souvent observée dans des territoires où les dynamiques communautaires et les relais locaux jouent un rôle déterminant dans la participation électorale.
À l’opposé, les grandes villes enregistrent des taux de participation nettement plus faibles, confirmant une tendance récurrente dans les processus électoraux. Abomey-Calavi : 22,09 %, Cotonou : 32,96 %, Ouidah : 33,65 % et Porto-Novo : 37,15 %. Ce désengagement relatif des zones urbaines interpelle. Entre désillusion politique, contraintes socio-économiques et faible proximité avec les structures d’encadrement électoral, les raisons sont multiples et méritent une analyse approfondie.
Au-delà de la participation, les résultats électoraux révèlent une nette domination du duo Wadagni-Talata, qui recueille en moyenne plus de 94 % des suffrages exprimés au plan national, contre environ 5,75 % pour le duo Hounkpè-Hounwanou. Cette tendance se confirme dans la quasi-totalité des communes, avec des scores souvent supérieurs à 95 %, traduisant une large adhésion électorale, mais posant également la question du pluralisme effectif dans la compétition.
Ces statistiques ne sont pas de simples chiffres. Elles constituent une radiographie précise de la vitalité démocratique du pays. Elles révèlent : une fracture territoriale entre zones rurales fortement mobilisées et centres urbains plus apathiques ; une consolidation du pouvoir en place, traduite par des scores électoraux massifs ; et une nécessité urgente de repenser les stratégies de mobilisation électorale, notamment en milieu urbain.
À l’heure où le Bénin poursuit sa trajectoire démocratique, ces résultats appellent à une réflexion de fond sur l’engagement citoyen. La participation électorale ne saurait être une variable secondaire. Elle est le socle même de la légitimité démocratique.
L’enjeu, désormais, est clair : réconcilier les citoyens avec les urnes, en particulier dans les grandes villes, et garantir une participation plus équilibrée sur l’ensemble du territoire national. Car au-delà des vainqueurs et des vaincus, c’est bien la démocratie béninoise elle-même qui se joue dans la capacité des citoyens à faire entendre leur voix.
Grant-Aniel BOLARIAN