La réponse se trouve moins dans les commentaires et interprétations qui circulent que dans le texte constitutionnel lui-même. Depuis l’instauration du Sénat par la révision constitutionnelle du 17 décembre 2025, certaines confusions persistent en effet autour des compétences de cette nouvelle chambre du Parlement. L’une des plus importantes concerne précisément la succession à la tête de l’État.
En cas de décès, de démission ou d’empêchement définitif du Président de la République, la procédure prévue par la Constitution ne fait pas intervenir le Président du Sénat pour assurer l’intérim. L’article 50 dispose que l’Assemblée Nationale se réunit afin de statuer sur le cas à la majorité absolue de ses membres. Le Président de l’Assemblée Nationale saisit ensuite la Cour Constitutionnelle, qui constate et déclare la vacance de la présidence de la République. Une fois la vacance constatée, les fonctions de Président de la République sont exercées par le Vice-président de la République pour le reste de la durée du mandat en cours. Le texte prévoit également que le Vice-président prête immédiatement serment et organise, selon les conditions prévues par la Constitution, la désignation d’un nouveau Vice-président. Le mécanisme constitutionnel est donc explicite : la vacance présidentielle est assurée par le Vice-président de la République, et non par le Président de la chambre haute du Parlement.
Quel rôle pour le Président du Sénat ?
La confusion peut notamment s’expliquer par l’importance institutionnelle désormais accordée au Sénat. L’article 79 de la Constitution dispose que le Parlement exerce le pouvoir législatif et contrôle l’action du Gouvernement. Il est composé de deux chambres : l’Assemblée Nationale et le Sénat. Le Sénat dispose par ailleurs de compétences importantes. L’article 113-1 lui attribue notamment des missions relatives à la régulation de la vie politique, à la stabilité politique, à la continuité de l’État et au respect de la trêve politique. L’article 113-2 lui confère également des prérogatives dans le processus législatif, notamment en matière d’avis de non-objection et de seconde délibération de certaines lois. Mais aucune de ces dispositions ne fait du Président du Sénat le titulaire de l’intérim présidentiel en cas de vacance de la Présidence de la République. Cette précision rappelle une règle essentielle dans le débat public : la répétition d’une information ne suffit pas à la rendre exacte. Une affirmation peut être abondamment relayée sur les réseaux sociaux, reprise dans des discussions ou présentée comme une évidence, sans pour autant correspondre aux dispositions en vigueur.
Lorsqu’il est question de la Constitution et de l’organisation des pouvoirs publics, le réflexe le plus sûr reste donc de consulter directement le texte. La Loi n° 2025-20 du 17 décembre 2025 portant révision de la Constitution permet précisément de vérifier les dispositions relatives au Président de la République, au Vice-président, à l’Assemblée Nationale et au Sénat. Au-delà de cette polémique particulière, l’enjeu est aussi celui de la qualité de l’information citoyenne. Comprendre les institutions suppose de connaître leurs compétences réelles et de distinguer les dispositions constitutionnelles des interprétations qui peuvent circuler dans l’espace public.
Avant de croire, vérifions. Avant de partager, lisons. Et lorsqu’il s’agit de la Constitution, retournons au texte.
Léonel ÉBO