De notre envoyé spécial à Bruxelles ; derrière les déclarations d'intention, il y a des chiffres. Et celui qui a circulé avec insistance, mardi, dans l'entourage des deux délégations tient en deux mots : vingt milliards. C'est le montant que l'Union européenne ambitionne de mobiliser, en capitaux privés, à travers sa Global Green Bond Initiative, l'initiative mondiale relative aux obligations vertes. Un instrument encore peu connu du grand public, mais que Bruxelles présente comme l'un des leviers majeurs de sa stratégie d'investissement à l'international, Global Gateway.
L'idée est simple dans son principe, complexe dans son exécution : faciliter le financement de projets verts, dans les énergies renouvelables, les transports propres ou l'agriculture durable, en mobilisant davantage de capitaux privés par l'émission d'obligations vertes. Autrement dit, faire jouer l'effet de levier de l'argent public européen pour attirer les investisseurs institutionnels vers les infrastructures durables des pays à revenu faible et intermédiaire.
Or, sur ce terrain, le Bénin part avec une longueur d'avance. Les deux dirigeants ont particulièrement salué les progrès accomplis dans le cadre de cette initiative, et Cotonou se place désormais parmi les pays les mieux positionnés pour en bénéficier. Une position qui ne doit rien au hasard. Premier pays africain à avoir émis une obligation eurobond entièrement dédiée aux Objectifs de développement durable, le Bénin a patiemment construit une crédibilité financière qui force aujourd'hui le respect des marchés.
Cette reconnaissance n'est pas qu'une affaire de prestige. Elle conditionne, très concrètement, la capacité du pays à financer ses grands chantiers d'infrastructures sans alourdir excessivement sa dette publique. En faisant venir des investisseurs privés sur des projets verts, Cotonou espère démultiplier sa force de frappe budgétaire, dans un contexte où les ressources concessionnelles se raréfient à l'échelle du continent.
Mais la finance durable n'est qu'un des trois piliers présentés mardi. Le premier, la transformation de l'économie et l'innovation, vise à soutenir la croissance, l'industrialisation et la création d'emplois. Il s'appuie notamment sur le développement des corridors économiques autour du port de Cotonou, poumon commercial du pays et porte d'entrée vers les économies sahéliennes enclavées.
À cela s'ajoute le soutien à la transformation locale des chaînes de valeur agricoles, un axe stratégique pour un pays qui entend cesser d'exporter ses matières premières brutes pour en capter la valeur ajoutée sur son sol. La filière du coton, mais aussi celles de l'anacarde et de l'ananas, sont en première ligne de cette ambition industrielle. Le renforcement de la formation professionnelle et des compétences pour les jeunes complète ce premier pilier, dans un pays où la démographie impose de créer massivement des emplois.
Pour les autorités béninoises, cette architecture en trois volets a le mérite de la cohérence. Elle relie le financement, la production et la sécurité dans un même mouvement, là où les coopérations classiques se contentaient souvent d'aligner des projets épars. La présidente von der Leyen a résumé cette logique d'une formule : ensemble, au Bénin, l'Union investit dans les infrastructures de transports et d'énergie, dans les compétences et l'accès au financement, pour créer des opportunités et bâtir un avenir durable.
Reste, comme toujours, l'épreuve des faits. Les obligations vertes supposent des projets bancables, des cadres réglementaires solides et une gouvernance transparente, autant de conditions que les investisseurs scrutent avant d'engager leurs capitaux. Bruxelles parie que le Bénin saura tenir ce cap. Cotonou, de son côté, sait que sa crédibilité financière, durement acquise, constitue son meilleur atout. Et que dans la compétition mondiale pour attirer l'argent vert, les premiers arrivés seront les premiers servis.
Jean DOSSOU