À Ouara, dans la commune de Gogounou, à Ouénou, dans la commune de N’Dali, ainsi qu’à Pébié et Sontou, dans la commune de Pèrèrè, les infrastructures réceptionnées dessinent un maillage hydraulique de plusieurs dizaines de kilomètres. Ces systèmes associent captage, pompage, traitement, stockage, transport et distribution, avec des capacités dimensionnées pour accompagner la croissance démographique des prochaines décennies. Cette évolution s’inscrit dans la réforme engagée depuis plusieurs années par l’État béninois à travers l’Agence Nationale d’Approvisionnement en Eau Potable en Milieu Rural (ANAEPMR). Le changement de paradigme est majeur : il ne s’agit plus simplement d’implanter un point d’eau dans une localité, mais de construire un véritable service public de proximité, capable de fonctionner dans la durée et d’évoluer avec les besoins des populations.
À Gogounou, le SAEPmV de Ouara 2 couvre quatre localités : Dougu (Ilougou), Soukarou, Ouara et Oura-Peulh. Le système a été conçu sur la base d'une population estimée à 23 499 habitants en 2024, avec une projection à 33 211 habitants en 2034 et 46 938 habitants en 2044. L’architecture technique est à la hauteur de cette évolution démographique. Quatre forages fournissent une capacité cumulée de 62 m³/h, correspondant au besoin du premier horizon de dimensionnement. À terme, les besoins sont estimés à 113,1 m³/h. Le dispositif comprend également un château d’eau de 450 m³, implanté à Kpétégourou, dans le village de Wara, ainsi qu’un réseau de 89 855,20 mètres, soit près de 90 kilomètres de conduites d’adduction, de refoulement et de distribution. Pour sécuriser l’exploitation, le réseau dispose de 99 vannes d’isolement, 30 dispositifs de vidange et 19 ventouses. La chaîne de production et de traitement est alimentée principalement par le réseau électrique de la SBEE, avec des groupes électrogènes prévus en secours.
À la réception, 25 bornes-fontaines sont disponibles. Elles constituent le premier niveau de proximité avant l’extension des branchements particuliers par l’opérateur chargé de l’exploitation. Pour les populations, le changement est d’abord social. Le premier adjoint au Maire de Gogounou, Yarou Boudou SOUMAÏLA, rappelle les difficultés auxquelles les habitants étaient confrontés avant l’arrivée du réseau : longues attentes, recours aux eaux non potables et corvée particulièrement lourde pour les femmes. Le véritable aboutissement du projet sera toutefois le rapprochement du service jusqu’aux concessions. La politique nationale de subvention des branchements ramène le coût d’abonnement à 10 000 FCFA, contre 85 000 FCFA auparavant, levant ainsi une importante barrière financière pour les ménages.
À N’Dali, le SAEPmV de Ouénou 2 franchit lui aussi une étape déterminante. Il dessert Ouénou, Ouénou-Peulh et Tamarou, avec une population de référence de 26 213 habitants en 2024, appelée à atteindre 52 363 habitants en 2044. Le système repose sur six forages, dont les débits cumulés atteignent 71 m³/h, un château d’eau de 500 m³ et un réseau de 110 950,47 mètres, soit plus de 110 kilomètres de conduites. À cela s’ajoutent 130 vannes d’isolement, 36 dispositifs de vidange et 36 ventouses, ainsi que des équipements de protection hydraulique destinés à préserver les installations.
La réception provisoire a marqué le passage de la phase de construction à celle de l’exploitation. L’opérateur Omilayé a ainsi été invité à démarrer la desserte. Pour les habitants de Ouénou, l’arrivée du réseau représente une rupture avec des années d’approvisionnement insuffisant. Le chef de l’arrondissement a notamment évoqué le recours aux eaux souillées et les difficultés quotidiennes liées à l’indisponibilité de l’eau potable.
Quarante bornes-fontaines sont désormais disponibles. Mais, là encore, le défi consiste à aller plus loin. Le branchement particulier doit permettre aux ménages de bénéficier directement du service dans leurs concessions. Alassane RACHIDA, s’exprimant au nom des femmes de la localité, a salué la subvention des branchements domiciliaires, qui permet de ramener le coût d’accès à 10 000 FCFA. Ouénou devient ainsi un nouveau maillon du maillage hydraulique de N’Dali, qui compte désormais plusieurs SAEPmV opérationnels.
À Pèrèrè, le changement est tout aussi visible. Le SAEPmV de Pébié dessert Guinro, Kpébié, Tchori et Won, à partir de deux forages développant une capacité cumulée de 23 m³/h. Le système comprend un château d’eau de 200 m³, deux stations de pompage, une station de traitement et 27 508,4 mètres de canalisations. Le réseau compte notamment 34 vannes d’isolement, 13 dispositifs de vidange et 12 ventouses. Le système a été dimensionné pour une population de 8 581 habitants en 2024, avec des projections de 17 140 habitants en 2044.
Le 13 août 2026, l’ouverture des vannes autour du château d’eau de Guinro Centre a symbolisé l’entrée du territoire dans une nouvelle phase. Après les contrôles techniques, les installations ont été remises à l’exploitant Omilayé. Le changement est particulièrement significatif dans cette zone où les populations avaient recours aux puits, aux rivières, aux marigots et aux eaux accumulées dans les dépressions pendant les saisons pluvieuses. Le chef de l’arrondissement de Pébié, Kora Séra Bakindrop, a rappelé les risques sanitaires auxquels les populations étaient exposées du fait de cette situation. Sept bornes-fontaines sont désormais disponibles. Pour les habitants, l'enjeu est de faire de ces points de distribution une première étape vers la généralisation des branchements particuliers. Une habitante, Gourman NIN, témoigne de l’espoir suscité par cette nouvelle disponibilité d’une eau traitée et potable, après des années d’utilisation d’eaux de puits et de rivières.
Toujours dans la commune de Pèrèrè, le SAEPmV de Sontou dessert six localités : Alafiarou, Bani-Peulh, Bonrou, Bornou Gando, Sontou et Soubado. Le système repose sur quatre forages, dont les débits cumulés atteignent 37 m³/h, un château d’eau de 250 m³ et un réseau de 71 785,9 mètres, soit près de 72 kilomètres de conduites. La population couverte, estimée à 13 991 habitants en 2024, devrait atteindre près de 28 000 habitants en 2044. Le système a donc été conçu avec une capacité d’évolution, même si les besoins futurs nécessiteront une adaptation progressive des capacités de production. Le réseau comprend 81 vannes d’isolement, 17 dispositifs de vidange et 22 ventouses, auxquels s’ajoute un réservoir anti-bélier de 500 litres destiné à protéger les équipements. Mais à Sontou, le changement se mesure aussi au prix de l’eau et à la fin progressive d’une économie de pénurie.
NANI Isabelle, habitante de la localité, explique que les populations achetaient auparavant l’eau auprès de propriétaires de forages privés à 50 FCFA la bassine, malgré des interrogations sur sa qualité. Avec le nouveau service, la bassine d’eau potable est désormais accessible à 15 FCFA. Souroukoua PONA, une autre habitante, rappelle quant à elle les difficultés liées à l’assèchement des puits après la saison des pluies et au recours aux flaques d’eau ou aux forages privés. À la réception, 28 bornes-fontaines sont disponibles. La prochaine étape consistera à rapprocher davantage le réseau des ménages à travers les branchements particuliers.
À travers ces quatre systèmes, une même logique apparaît. Ouara 2, Ouénou 2, Pébié et Sontou ne sont pas quatre simples projets hydrauliques. Ils constituent quatre maillons d’une transformation plus large du service public de l’eau potable en milieu rural. Les chiffres donnent la mesure de cette évolution : près de 300 kilomètres de réseaux, plusieurs centaines d’équipements hydrauliques, des capacités de stockage cumulées importantes et des dizaines de bornes-fontaines désormais disponibles. Mais la réussite de cette politique ne se mesurera pas uniquement au nombre de kilomètres construits ou de châteaux d’eau réceptionnés. Elle dépendra surtout de la capacité à garantir, dans le temps, la continuité de l’approvisionnement, la qualité sanitaire de l’eau, la maintenance des équipements, la maîtrise des fuites, la rapidité des interventions, la gestion des branchements, la facturation et le traitement des réclamations des usagers. C’est tout l’intérêt du modèle de professionnalisation mis en place autour de l’ANAEPMR : l’Agence assure le développement et la gestion du patrimoine hydraulique de l’État en milieu rural, tandis que l’exploitation est confiée à des opérateurs professionnels dans le cadre de contrats d’affermage. La réception d’un ouvrage marque donc moins une fin qu’un commencement. Le chantier s’achève ; le service commence.
À l’échelle nationale, cette dynamique s’inscrit dans des résultats déjà significatifs. Le rapport semestriel de l’ANAEPMR couvrant juillet à décembre 2025 faisait état d’un taux de desserte rurale de 84,3 %, de 26 nouveaux ouvrages réceptionnés, de 57 anciennes adductions d’eau villageoises réhabilitées et de 3 668 branchements particuliers réalisés au cours du semestre. La nouvelle séquence de programmation affiche désormais l’ambition de parvenir à un accès de proximité dans 100 % des localités, avec notamment la construction annoncée de nouveaux SAEPmV.
Dans l’Alibori comme dans le Borgou, cette ambition prend désormais un visage concret. À Ouara, l’eau parcourt près de 90 kilomètres. À Ouénou, elle s’étend sur plus de 110 kilomètres. À Pébié, elle relie quatre localités sur plus de 27 kilomètres. À Sontou, près de 72 kilomètres de réseau desservent six localités. Derrière ces ouvrages, il y a surtout des heures de corvée d’eau qui peuvent être économisées, des femmes et des enfants moins exposés à la recherche quotidienne d’une ressource incertaine, des ménages qui peuvent progressivement disposer d’un robinet à domicile et des communautés qui tournent la page des eaux de marigots, des puits saisonniers et des forages privés coûteux. L’accès universel à l’eau potable ne s’arrête donc pas au château d’eau. Il se poursuit dans les canalisations, s’accomplit à la borne-fontaine et trouve sa pleine mesure lorsque l’eau arrive au domicile.
À Ouara, Ouénou, Pébié et Sontou, cette dernière étape est désormais engagée. Le véritable enjeu est de faire de ces infrastructures un service public fiable, durable et accessible, afin que l’eau potable ne soit plus une promesse de développement, mais une réalité quotidienne pour chaque ménage rural.
Cadnel ADEBAYO