Dans son courrier, le prélat attire particulièrement l’attention sur la situation des veuves, des orphelins et des familles endeuillées, confrontés à diverses exigences financières et coutumières au moment d’organiser les funérailles d’un proche. Contributions imposées, dépenses jugées ostentatoires et obligations liées à certaines coutumes constitueraient, selon l’évêque, autant de facteurs susceptibles d'alourdir considérablement le coût des obsèques. Pour Mgr Clet FÈLIHO, ces pratiques peuvent conduire à une situation paradoxale : le moment censé favoriser la solidarité et le réconfort devient une source supplémentaire de difficultés économiques et de tensions familiales. « Au lieu de consoler les familles, on les accable ; au lieu de partager leurs peines, on aggrave leurs souffrances », dénonce-t-il dans sa correspondance. Face à cette situation, l’évêque de Kandi souhaite voir s’ouvrir un vaste débat national sur les pratiques funéraires au Bénin. L’initiative ne s’adresse pas uniquement au Parlement. Dans sa correspondance, le prélat élargit son appel aux autorités publiques, chefs traditionnels, responsables religieux, élus locaux ainsi qu’à toutes les personnes attachées à l’avenir de la société béninoise. L’objectif, selon lui, est de parvenir à une réflexion collective susceptible d’aboutir à un encadrement des pratiques funéraires, notamment lorsque celles-ci donnent lieu à des exigences financières ou sociales susceptibles de fragiliser les familles.
L’évêque prend soin de distinguer la réforme qu’il appelle de ses vœux d’une remise en cause des traditions béninoises. Il défend plutôt une évolution des pratiques afin que celles-ci demeurent compatibles avec la dignité des familles et les réalités économiques contemporaines. « Réformer les funérailles, ce n’est pas combattre la tradition, c’est sauver les familles, préserver la jeunesse et préparer un avenir où nos coutumes demeurent des sources de vie plutôt que des causes de pauvreté et de division », soutient-il. Cette position place donc la question funéraire au-delà de la seule organisation des obsèques. Elle la rattache également aux enjeux de protection sociale, de cohésion familiale, de transmission culturelle et de préservation des ressources des ménages.
En portant officiellement cette correspondance à la connaissance des députés, l’Assemblée Nationale dispose désormais d’un élément supplémentaire pour apprécier l’opportunité d’une réflexion sur le sujet. Aucune suite législative précise n’est toutefois annoncée à ce stade. Le courrier de l’évêque pourrait néanmoins nourrir les réflexions parlementaires ou susciter, à terme, des échanges avec les différentes composantes de la société concernées par les pratiques funéraires.
À travers cette démarche, Mgr Clet FÈLIHO remet ainsi au cœur du débat public une question à la fois culturelle, sociale et économique : comment préserver les rites funéraires et la richesse des traditions béninoises sans que le poids des obligations liées au deuil ne fragilise davantage les familles ?
Léonel ÉBO