À l’issue de ce premier exercice, deux femmes se détachent : la Costaricienne Rebeca GRYNSPAN et la Guyanienne Carolyn RODRIGUES-BIRKETT. Un signal fort qui relance l’hypothèse historique de voir, pour la première fois depuis la création des Nations unies en 1945, une femme accéder au poste de secrétaire générale. Même s’il ne constitue pas un scrutin officiel, ce vote informel révèle les premiers rapports de force entre les membres du Conseil de sécurité, où les positions des cinq puissances permanentes disposant du droit de veto seront déterminantes dans le choix final.
Rebeca Grynspan en tête du premier test diplomatique
Baptisé « straw poll », ce mécanisme de consultation permet aux quinze membres du Conseil de Sécurité (les cinq membres permanents que sont la Chine, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et la Russie, ainsi que les dix membres élus) d’évaluer le niveau de soutien accordé à chaque candidat. Chaque État membre se prononce de manière confidentielle en indiquant s’il « encourage », « décourage » ou n’a « pas d’opinion » sur une candidature. Selon des sources diplomatiques, Rebeca GRYNSPAN est arrivée en tête de ce premier tour avec dix avis favorables, une opposition et quatre positions neutres. Elle devance Carolyn RODRIGUES-BIRKETT, créditée de neuf soutiens, deux oppositions et quatre abstentions. L’Argentin Rafael Grossi, actuel directeur général de l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA), occupe la troisième place avec sept encouragements, deux oppositions et six avis neutres. L’ancienne présidente du CHILI, Michelle BACHELET, arrive en quatrième position avec six soutiens, cinq avis défavorables et quatre sans opinion. Elle est suivie par l’ancien président sénégalais Macky SALL, qui recueille également six encouragements mais sept oppositions. La diplomate équatorienne María Fernanda ESPINOSA obtient cinq avis favorables, deux défavorables et huit positions neutres. L’Ougandais Olara Otunnu ferme la marche avec deux encouragements, cinq oppositions et huit sans opinion. Ces résultats, bien qu’indicatifs, constituent le premier classement chiffré de cette compétition. Ils permettent d’identifier les candidatures susceptibles de rassembler une majorité et celles qui pourraient rencontrer l’opposition d’une puissance disposant du droit de veto.
Un processus devenu plus ouvert
Pendant plusieurs décennies, la désignation du secrétaire général des Nations unies s’est déroulée principalement dans les coulisses diplomatiques, avec une forte influence des grandes puissances. Sous la pression de plusieurs États membres et des organisations de la société civile, le processus s’est progressivement ouvert. Cette année, les candidats ont participé à plusieurs échanges publics afin de présenter leurs visions et leurs priorités. Des dialogues ont notamment été organisés à Genève et à New York avec les États membres et la société civile. Les prétendants ont été interrogés sur les grandes préoccupations auxquelles l’ONU est confrontée : conflits armés, changement climatique, défense des droits humains, financement de l’organisation, objectifs de développement durable et réformes institutionnelles. Une question centrale a également dominé les débats : comment garantir l’indépendance politique du secrétaire général tout en maintenant une relation de confiance avec les grandes puissances ?
Un futur secrétaire général attendu sur les réformes
Le prochain dirigeant de l’ONU héritera d’une organisation confrontée à de nombreux défis. Les critiques sur son efficacité, les blocages du Conseil de sécurité, les difficultés financières et les tensions autour du multilatéralisme figurent parmi les principaux dossiers auxquels il devra répondre. L’ambassadeur américain auprès des Nations unies, Mike Waltz, a indiqué que le processus suivait son cours et que les discussions resteraient confidentielles. Washington plaide pour un secrétaire général capable de moderniser l’institution, d’améliorer son efficacité et de renforcer l’impact des opérations menées sur le terrain. La réforme de l’organisation devrait ainsi constituer un axe majeur du prochain mandat. Le futur occupant du poste devra notamment répondre aux appels visant à rationaliser certaines structures, améliorer la coordination entre les agences et restaurer la confiance des États membres.
Vers une première femme à la tête des Nations unies ?
Au-delà des enjeux diplomatiques, cette succession revêt une dimension symbolique majeure. Cinq des sept candidats proviennent d’Amérique latine et des Caraïbes, une région régulièrement citée comme la prochaine bénéficiaire d’une rotation géographique informelle. Mais l’enjeu le plus marquant reste la possibilité historique de voir une femme diriger l’ONU pour la première fois depuis sa création. Plusieurs pays membres soutiennent ouvertement cette perspective, même si la Charte des Nations unies ne prévoit aucune règle liée au genre ou à l’origine géographique du futur secrétaire général. Le choix final dépendra toutefois des équilibres entre les grandes puissances. Pour être recommandé par le Conseil de sécurité à l’Assemblée générale, le candidat devra obtenir au moins neuf voix et ne faire face à aucun veto d’un membre permanent.
Une bataille diplomatique encore ouverte
La compétition reste loin d’être achevée. De nouveaux tours de consultation sont attendus dans les prochaines semaines, avec une intensification des négociations diplomatiques. Comme en 2016, l’émergence tardive d’une nouvelle candidature demeure possible si aucun prétendant ne parvient à faire consensus. À l’époque, l’arrivée de Kristalina Georgieva dans la course avait profondément modifié les équilibres avant l’élection finale d’António Guterres. Désormais, les tractations vont se poursuivre à huis clos entre capitales. Derrière les présentations publiques des candidats, la désignation du prochain secrétaire général de l’ONU reste un exercice où diplomatie, rapports de puissance et recherche de compromis détermineront l’avenir de l’organisation mondiale.
Léonel ÉBO