DESTINÉS À LA RÉTENTION ET AUX EXUTOIRES :  Des bassins anti-inondations de Cotonou se muent en pêcheries

DESTINÉS À LA RÉTENTION ET AUX EXUTOIRES :

Des bassins anti-inondations de Cotonou se muent en pêcheries

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Destinés à recueillir et à évacuer les eaux pluviales, certains ouvrages d’assainissement de Cotonou servent désormais de lieux de pêche. Dans plusieurs bassins de rétention et exutoires, des habitants, notamment issus de milieux lacustres, capturent quotidiennement poissons et autres espèces aquatiques pour leur consommation ou la vente. Une pratique qui procure des revenus, mais qui n’est pas sans risques.

À Cotonou, les ouvrages construits pour lutter contre les inondations connaissent un usage pour le moins inattendu. Dans plusieurs bassins de rétention et exutoires aménagés dans la ville, des citoyens ont investi les plans d’eau pour y pratiquer la pêche. Filets, hameçons, pirogues ou simples lignes servent désormais à capturer les poissons présents dans ces ouvrages. Cette activité s’est développée notamment dans les zones humides concernées par le Programme d’Assainissement Pluvial de Cotonou (PAPC). Dans le cadre des aménagements réalisés, les écosystèmes existants ont été préservés. La présence de poissons dans certains bassins et plans d’eau a ainsi favorisé l’apparition d’une pêche informelle pratiquée par des riverains ou des personnes venues de milieux où la pêche constitue une activité traditionnelle.

 

Une pêche pour se nourrir et gagner quelques revenus

 Bienvenu fait partie de ceux qui fréquentent régulièrement ces bassins. Revendeur d’essence de contrebande, il profite de ses moments libres pour aller à la pêche. Pour lui, cette activité constitue avant tout une source de revenus complémentaires. « Comme vous voyez, il y a de l’eau. Et dedans, il y a beaucoup de poissons. On pêche le plus souvent des carpes, des tilapias, des silures noires et d’autres espèces un peu rares », explique-t-il. Une partie des prises est consommée au sein de sa famille. Le surplus est vendu à des acheteurs, permettant ainsi au pêcheur occasionnel de compléter ses revenus. À l’exutoire situé près du CEG Le Nokoué, Athanase, Léon et Jacob pratiquent également cette activité. Munis de filets, les trois jeunes hommes s’installent généralement au bord du courant d’eau dès les premières heures de la journée. « On commence le plus souvent à 6 heures et, déjà autour de midi, on finit. On trouve souvent le minimum pour nous nourrir et nourrir nos familles. Mais quand ça donne beaucoup, on en vend aux acheteurs, et cela nous procure un peu de revenu », raconte Léon. Pour ces jeunes, cette pratique répond aussi à une logique culturelle. Originaires de milieux lacustres, ils considèrent la pêche comme une activité familière, transmise par leur environnement d’origine. « Originaires de milieux lacustres, on ne peut pas avoir un cours d’eau à côté et acheter encore du poisson », explique Athanase.

 

Pour certains, une activité devenue quotidienne

 Chez d’autres, la pêche dans les bassins ne constitue plus une simple activité occasionnelle. Faustin, une vingtaine d’années, s’y rend quotidiennement avec son jeune frère Honoré. Chaque matin, les deux frères consacrent plusieurs heures à la capture des poissons. De 6 heures à midi, ils sillonnent les abords des bassins à la recherche de prises. « Avec ça, je parviens à me procurer le minimum », confie Faustin, qui compte sur cette activité pour satisfaire une partie de ses besoins quotidiens. Les techniques utilisées varient d’un pêcheur à l’autre. A. K. a, pour sa part, opté pour la pêche à la ligne. Installé sur un matelas reno, il lance son hameçon dans l’eau et attend les prises. Les revenus tirés de cette activité restent modestes, mais peuvent constituer un appoint non négligeable. « Il arrive que je vende un seul poisson capturé ici à 500 ou 1 000 francs CFA. Les petits sont plus nombreux, mais il y a aussi de gros poissons qu’on pêche. En une journée, je trouve le peu dont j’ai besoin », témoigne-t-il.

 

Une pratique malgré les interdictions

 Si les bassins offrent à certains habitants une source de nourriture et de revenus, leur utilisation comme zones de pêche n’est pas pour autant sans contraintes. À certains endroits, des panneaux signalent l’interdiction de la baignade ainsi que des activités de pêche et de chasse. Ces interdictions n’empêchent cependant pas les pêcheurs de poursuivre leurs activités. Ils continuent d'exploiter les plans d’eau, parfois au mépris des risques liés à leur environnement de travail. La question de la sécurité se pose également. Les bassins et exutoires sont avant tout des ouvrages destinés à la gestion des eaux pluviales. Leur fréquentation par des pêcheurs les expose à des risques liés notamment aux courants, aux berges et aux conditions d’accès aux plans d’eau.

 

La qualité des poissons en question

 Au-delà de la sécurité des pêcheurs, la consommation des poissons capturés dans ces ouvrages soulève une autre interrogation : celle de leur qualité sanitaire. Les bassins et exutoires se trouvent dans un environnement urbain où les eaux peuvent être exposées à différents déchets et sources potentielles de pollution. Les poissons qui y vivent peuvent donc être exposés à des substances dont les effets sur la consommation humaine mériteraient d’être documentés. La pêche dans ces ouvrages apparaît ainsi comme un phénomène à plusieurs dimensions. Pour certains habitants, elle constitue une activité traditionnelle adaptée à la présence de l’eau et un moyen de compléter les revenus du ménage. Pour d’autres, elle représente une source quotidienne de nourriture.

 

Mais ces bassins demeurent avant tout des infrastructures d’assainissement conçues pour contribuer à la protection de Cotonou contre les inondations. Leur transformation en espaces de pêche pose donc des questions à la fois environnementales, sanitaires et sécuritaires qui méritent une attention particulière.

 

Jean DOSSOU

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Brice HAL

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