Le premier écueil est structurel. Si les autorités sanitaires peinent à endiguer le phénomène, c'est que le marché échappe en grande partie à la légalité. Des estimations récentes évaluent à plusieurs milliers le nombre d'unités de production artisanale d'eau en sachet à travers le pays, alors qu'une infime minorité dispose d'un agrément officiel. Dans les faits, la puissance publique se trouve face à un dilemme cornélien. Fermer brutalement ces unités clandestines reviendrait à priver des milliers de familles de leurs revenus et à couper l'accès à l'eau potable des quartiers non encore raccordés au réseau de la SONEB. C'est la raison pour laquelle la tolérance prévaut, ponctuée de quelques descentes sporadiques. Une gestion politique de la survie qui relègue les impératifs sanitaires au second plan.
Le piège de la chaleur et de la chimie
Mais le scandale ne réside pas uniquement dans la qualité microbiologique de l'eau elle-même. Il gît dans le contenant. Le polyéthylène, matériau roi de ces conditionnements, réagit chimiquement sous l'effet combiné du transport sans chaîne du froid et de l'exposition prolongée aux rayons solaires. Dès que la température franchit le seuil critique des 27°C, le plastique commence à libérer des nanoparticules et des composés chimiques redoutables, tels que les phtalates. Ces substances agissent comme des perturbateurs endocriniens. À terme, leur accumulation dans l'organisme perturbe l'équilibre hormonal, favorise les troubles de la fertilité, augmente les risques de malformations congénitales et constitue un terrain propice au développement de certains cancers, notamment de la prostate et du sein. À cela s'ajoute une habitude culturelle profondément enracinée : l'usage généralisé du plastique chaud. Qu'il s'agisse de la bouillie matinale, du plat de pâte emporté à midi ou de la sauce conditionnée dans des sachets de récupération, le citoyen moyen ingère des micro-particules de plastique à plusieurs reprises au cours de sa journée.
Sortir du statu quo : quelle stratégie ?
Face à ce péril invisible, l'interdiction pure et simple s'est déjà révélée inefficace, comme l'a démontré le décret de 2018 sur les sachets non biodégradables. La solution ne pourra naître que d'une approche pragmatique articulée autour de trois axes majeurs. Réglementer le contenant à court terme : Il est impératif d'imposer des normes strictes de fabrication pour les emballages, de rendre obligatoire l'affichage clair des numéros d'agrément et des dates de péremption, et de proscrire formellement la vente de sachets exposés en plein soleil sur les étals.
Favoriser l'accessibilité des alternatives à moyen terme : L'État et les collectivités locales gagneraient à soutenir la production locale de contenants durables (gourdes à prix subventionnés) et à multiplier les fontaines d'eau filtrée dans les espaces publics, les écoles et les marchés, à l'instar d'initiatives menées avec succès ailleurs sur le continent.
Mener la bataille de l'éducation à long terme : Une vaste campagne de sensibilisation de proximité, traduite dans les principales langues nationales, doit alerter les populations sur les dangers de l'interaction entre la chaleur et les emballages plastiques.
Le constat dressé par le corps médical est sans appel : ignorer le problème aujourd'hui, c'est condamner les finances publiques de demain à supporter le coût exorbitant des traitements lourds de maladies chroniques. Le sachet à 25 FCFA offre un soulagement immédiat, mais la facture finale, si rien ne change, sera payée par la santé de toute une génération.
Ibourahim Abdou GIBRIL