SOUVERAINETÉ ALIMENTAIRE ET AGRO-INDUSTRIALISATION DU BÉNIN:  De la production à la transformation, une filière capable de soutenir l'économie sociale

SOUVERAINETÉ ALIMENTAIRE ET AGRO-INDUSTRIALISATION DU BÉNIN:

De la production à la transformation, une filière capable de soutenir l'économie sociale

(4.0)

La banane plantain a occupé, le mercredi 12 août 2026, le devant de la scène à Avrankou. À travers l’ouverture de l’AVLÁNTOXWE 2026, la commune de l’Ouémé s’est transformée en un espace de réflexion, d’exposition et de démonstration autour d’une filière dont les acteurs entendent désormais faire un véritable levier de développement économique. Producteurs, universitaires, entrepreneurs, responsables publics, partenaires techniques et financiers et acteurs de la transformation se sont retrouvés autour d’un même défi : faire du plantain davantage qu’une production agricole, en construisant une chaîne de valeur structurée et créatrice de richesses.

Organisée avec la participation de GRABE-BENIN et de l’organisation régionale APATAM, cette première journée a été marquée par la présence de représentants du Ministère de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche, du Ministère de l’Industrie et du Commerce ainsi que de l’APIEx. Une mobilisation qui traduit l’intérêt croissant accordé à la transformation locale des productions agricoles et à la création de nouvelles opportunités économiques dans les territoires.

 

L’ouverture de l’événement a mêlé solennité institutionnelle et expressions culturelles. L’arrivée des délégations officielles, ponctuée par les manifestations culturelles et notamment le défilé de DJIKOU Kossi au son des tambours traditionnels, a donné une dimension particulière à cette rencontre consacrée au plantain. Dans les différentes interventions, un même constat s’est dégagé : la production agricole ne saurait durablement profiter aux producteurs si elle ne s’accompagne pas d’une meilleure organisation de la commercialisation et surtout d’une transformation locale permettant de capter davantage de valeur ajoutée. Les acteurs de la filière ont ainsi insisté sur la nécessité de construire une chaîne intégrée, depuis la production jusqu’à la transformation et à la commercialisation. La commune d’Avrankou entend, pour sa part, renforcer son positionnement dans cette dynamique en facilitant, selon les engagements annoncés, l’accès au foncier et le développement des infrastructures nécessaires à l’essor de la filière.

 

La dimension scientifique de la rencontre a été portée par le Professeur Pascal GBÉNOU, de l’Université Nationale d’Agriculture. Dans sa conférence magistrale, l’universitaire a placé la culture du plantain au croisement des enjeux de souveraineté alimentaire, de résilience économique et de développement rural. Son analyse a notamment mis en évidence la nécessité de dépasser une production destinée essentiellement à la consommation courante pour construire une filière organisée, capable de répondre à une demande plus large et de générer davantage de revenus pour les producteurs. La maîtrise de la chaîne de valeur apparaît ainsi comme un enjeu déterminant. Production, conservation, transformation, commercialisation et accès aux marchés constituent autant de maillons dont la solidité conditionnera la capacité du plantain à devenir un véritable moteur économique.

 

Le premier panel de la journée a permis de confronter les expériences et les analyses de plusieurs acteurs de la filière. Théophile KAKANAKOU a insisté sur l’importance d’une production à vocation commerciale, capable d’approvisionner régulièrement les marchés. Dr Perugine AKOTON a, pour sa part, mis en lumière le potentiel économique des savoir-faire traditionnels, notamment pour les femmes et les communautés rurales. Karim KÉKÉRÉ a enfin souligné l’importance de la valorisation et de la transformation des produits issus du plantain. Les échanges ont ainsi fait ressortir trois priorités : augmenter la production, préserver et moderniser les savoir-faire locaux et surtout développer des unités de transformation permettant de retenir une part plus importante de la valeur ajoutée dans les zones de production. Chips, farines et autres dérivés pourraient notamment constituer des débouchés importants pour une filière appelée à se diversifier.

 

L’après-midi a donné la parole à une nouvelle génération d’entrepreneurs. Les sessions de pitchs ont permis de découvrir plusieurs initiatives destinées à résoudre certains des principaux défis auxquels demeure confrontée la filière. La production de plants et de rejets sains à travers des pépinières spécialisées apparaît comme un préalable à l’augmentation des rendements. D’autres projets portent sur le séchage et la transformation du plantain en farine afin de réduire les pertes post-récolte et de prolonger la durée de conservation des productions. Une attention particulière a également été accordée à la valorisation des faux-troncs de bananiers. La récupération de leurs fibres pour la fabrication de produits textiles ou d’emballages biodégradables ouvre des perspectives dans le domaine de la bioéconomie. Une manière de transformer ce qui était considéré comme un déchet agricole en nouvelle source de revenus. Mais pour passer des idées aux réalisations, la question du financement demeure incontournable. Le deuxième panel a réuni plusieurs acteurs susceptibles d'accompagner les investissements dans la filière, notamment le FNDA, l’APIEx, Sèmè City et les systèmes financiers décentralisés. Les échanges ont porté sur les mécanismes permettant de réduire le risque lié au financement de l’agriculture, les possibilités d’incitations fiscales et l’adaptation des crédits aux cycles de production. Les garanties destinées à faciliter l’accès au crédit des coopératives, les éventuelles mesures fiscales favorables à l’acquisition d’équipements de transformation ainsi que les mécanismes de financement de l’innovation ont été identifiés comme des leviers importants. L’enjeu est désormais de rapprocher le financement des zones de production afin de favoriser l’émergence de petites et moyennes unités industrielles au plus près des producteurs.

 

Au terme de cette première journée, l’AVLÁNTOXWE 2026 entend déjà inscrire ses réflexions dans la durée. Les différentes contributions doivent nourrir un document de synthèse présenté comme le « Livre blanc d’Avrankou », appelé à formuler des pistes et propositions pour le développement de la filière plantain. De la production à la transformation, du financement à l’innovation, les échanges ont surtout montré que l’avenir du plantain ne se joue plus uniquement dans les plantations. Il se joue également dans les laboratoires, les unités de transformation, les mécanismes de financement et les marchés.

 

Avec AVLÁNTOXWE 2026, Avrankou s’affirme ainsi comme un espace de réflexion sur l’avenir d’une filière agricole appelée à changer d’échelle. La réussite de cette ambition dépendra toutefois de la capacité des différents acteurs à transformer les engagements et les idées formulées en actions concrètes, en investissements durables et en revenus plus importants pour les producteurs. C’est à cette condition que le plantain pourra véritablement passer du statut de simple produit agricole à celui de filière stratégique de l’économie béninoise.

 

Tchékpémi Jacques AHOUANSOU

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Brice HAL

2 jours

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