ACCÈS À L’EAU POTABLE AU BÉNIN :  Cinq nouveaux réseaux renforcent la desserte en milieu rural

ACCÈS À L’EAU POTABLE AU BÉNIN :

Cinq nouveaux réseaux renforcent la desserte en milieu rural

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De Ouèssè à Kérou, en passant par Bantè, Kouandé et Ouassa-Péhunco, cinq systèmes d’approvisionnement en eau potable multi-villages ont fait l’objet de réceptions provisoires en octobre 2026. Forages, châteaux d’eau, canalisations et bornes-fontaines composent ces infrastructures destinées à améliorer l’accès à l’eau dans plusieurs localités rurales. La prochaine étape porte sur la régularité de la distribution, l’entretien des installations et le développement des branchements à domicile

 Le déploiement des infrastructures hydrauliques se poursuit dans les départements des Collines et de l’Atacora. Du 6 au 8 octobre 2026, plusieurs systèmes d’approvisionnement en eau potable multi-villages (SAEPmV) ont fait l’objet de réceptions provisoires dans les communes de Kouandé, Ouassa-Péhunco, Kérou et Ouèssè. À Bantè, la réception provisoire du réseau de Bobè a également permis de constater les installations réalisées au bénéfice des populations. Ces ouvrages, réalisés par SOGEA SATOM sous la maîtrise d’ouvrage de l’Agence Nationale d’Approvisionnement en Eau Potable en Milieu Rural (ANAEPMR), visent à renforcer la desserte en eau potable dans des localités confrontées à des difficultés d’approvisionnement.

Ils reposent sur des systèmes de captage des eaux souterraines, de pompage, de traitement, de stockage et de distribution vers des points d’accès collectifs. Les cinq projets concernés sont ceux de Touï 1, dans la commune de Ouèssè ; de Brignamaro 1, à Kérou ; de Bobè, à Bantè ; de Chabicouma, à Kouandé ; et de Tobré 1, à Ouassa-Péhunco. Leurs caractéristiques techniques diffèrent selon les territoires desservis, mais ils répondent à un même objectif : rapprocher l’eau potable des communautés rurales.

 

Près de 300 kilomètres de canalisations et plus de 100 bornes-fontaines

 L’ampleur des installations donne une indication des investissements engagés. Les fiches techniques des cinq systèmes font état d’un linéaire cumulé d’environ 299,5 kilomètres de canalisations. Ces réseaux doivent assurer l’acheminement de l’eau depuis les installations de production et de stockage jusqu’aux points de distribution. Le SAEPmV de Touï 1, dans la commune de Ouèssè, comprend cinq forages équipés, un château d’eau de 200 mètres cubes et 22 bornes-fontaines. Son réseau s’étend sur 35,016 kilomètres et dessert notamment les ensembles villageois d’Ogoutedo et de Touï-VAP.

À Brignamaro 1, dans la commune de Kérou, le dispositif comprend quatre forages, un château d’eau de 350 mètres cubes et 32 bornes-fontaines. Avec 83,471 kilomètres de canalisations, il couvre les localités de Berekossou, Kossou et Kossou-Ouinra. Dans les Collines, le réseau de Bobè dessert Assaba, Bobè et Djagbalo. Il dispose de trois forages, d’un château d’eau de 250 mètres cubes et de 19 bornes-fontaines. Le réseau atteint 83,336 kilomètres de canalisations, auxquels s’ajoutent les équipements nécessaires au fonctionnement et à la régulation de la distribution. À Chabicouma, dans la commune de Kouandé, cinq forages alimentent un système doté d’un château d’eau de 300 mètres cubes, de 16 bornes-fontaines et de 38,998 kilomètres de canalisations. Le périmètre couvre six villages : Chabi Couma, Gantieco, Papatia, Sakanson Ditanmari, Sakanson Dompargo et Weme.

 Enfin, le SAEPmV de Tobré 1, dans la commune de Ouassa-Péhunco, repose sur trois forages et une bâche de reprise de 150 mètres cubes, intégrés à un dispositif qui comprend également un château d’eau. Son réseau s’étend sur 58,729 kilomètres et dessert six localités : Bana, Gonri, Ouassa Kika, Tonri, Ouassa Maro et Kpebouco, également désigné Koloncode. Au total, ces cinq systèmes recensent 104 bornes-fontaines. Les ouvrages de stockage, les conduites et les équipements de désinfection complètent les installations destinées à assurer la production et la distribution de l’eau.

 

Des populations soulagées après des années de difficultés

 Au-delà des caractéristiques techniques, l’intérêt de ces réalisations se mesure aux conditions d’approvisionnement des ménages. Dans plusieurs localités, la recherche d’eau imposait des déplacements prolongés vers des marigots ou d’autres points d’approvisionnement, avec des conséquences sur les activités domestiques et le temps disponible pour les études ou le travail.

 À Brignamaro, Rachida OROU YOROU exprime le changement attendu avec la mise à disposition des bornes-fontaines : « Aujourd’hui, avec les bornes-fontaines, nous sommes libres : tu te réveilles à l’heure que tu veux et tu trouves de l’eau potable à côté. » À Touï-PK, BONI Rose évoque également le soulagement des ménages : « L’arrivée de cette eau nous apporte une réelle joie au cœur. » Son témoignage traduit l’importance de la disponibilité de l’eau dans l’organisation quotidienne des familles.

 À Assaba, dans la commune de Bantè, Jacqueline ODJOUNAGBO rappelle les contraintes antérieures : « Nous souffrions énormément autrefois pour trouver de l’eau. » Selon son témoignage, la collecte pouvait occuper une grande partie de la matinée, parfois jusqu’à midi ou 13 heures, pour un seul bidon ou une bassine. Le Préfet des Collines a, pour sa part, évoqué des déplacements pouvant atteindre 12 kilomètres vers Bantè pour s’approvisionner. Il a également rapporté que des bidons de 25 litres acheminés par tricycle étaient vendus entre 150 et 250 francs CFA. De telles dépenses pouvaient peser lourdement sur les budgets des ménages ayant besoin de plusieurs récipients par jour.

 À Chabicouma, Valérie BANRANCIM se souvient de la dépendance à l’eau de pluie et aux marigots pendant les périodes difficiles : « Nous avons cherché cette eau il y a longtemps. On buvait l'eau de pluie, et l'eau de marigot en saison sèche. » Ces témoignages illustrent les attentes auxquelles répondent les nouvelles infrastructures. La proximité des bornes-fontaines doit notamment alléger la corvée d’eau, qui repose fréquemment sur les femmes et les jeunes filles, et faciliter les usages domestiques. L’amélioration effective des conditions de vie dépendra toutefois de la disponibilité régulière de l’eau et du bon fonctionnement des installations.

 

La gestion des réseaux, un enjeu déterminant

La réception provisoire des ouvrages marque une étape dans leur réalisation, mais elle ne suffit pas, à elle seule, à garantir la continuité du service. L’exploitation quotidienne, l’entretien des équipements et le suivi de la qualité de l’eau seront déterminants pour préserver les investissements consentis. Les systèmes comportent plusieurs équipements dont le fonctionnement doit être régulièrement contrôlé : pompes immergées, dispositifs de désinfection, groupes électrogènes, conduites, vannes et installations de stockage.

 Les sources d’énergie varient d’un site à l’autre. Certains équipements sont alimentés par le réseau électrique de la Société Béninoise d’Énergie Électrique (SBEE), tandis que d’autres fonctionnent à l’aide de groupes électrogènes. À Bobè, les trois stations de pompage disposent de groupes électrogènes. À Tobré, les équipements de pompage des forages fonctionnent également sur groupes électrogènes, tandis que la station de reprise est raccordée au réseau électrique et dispose d’un groupe de secours.

 À Touï, trois équipements de pompage sont alimentés par le réseau de la SBEE et deux utilisent des groupes électrogènes. Ces configurations impliquent des besoins de maintenance et de suivi adaptés à chaque système. La prévention des pannes, la surveillance des équipements de pompage et de traitement, ainsi que la rapidité des interventions techniques contribueront à limiter les interruptions de service. Les sociétés fermières chargées de l’exploitation occupent donc une place essentielle dans la pérennisation des ouvrages. À Touï et à Bobè, la gestion du réseau est confiée à Omilayé. À Tobré, l’exploitation doit être assurée par SBA des Eaux. Pour les autres systèmes, les modalités d’exploitation doivent être précisées à partir des informations propres à chaque périmètre.

 

 Les branchements à domicile attendus pour rapprocher davantage l’eau des ménages

 Dans plusieurs localités, la desserte repose actuellement sur des bornes-fontaines collectives. Les branchements particuliers constituent une étape complémentaire pour les ménages qui souhaitent disposer de l’eau potable directement dans leur habitation. À Touï, à Brignamaro et à Bobè, les informations communiquées lors des réceptions font état d’une offre promotionnelle de branchement à domicile au tarif forfaitaire annoncé de 10 000 francs CFA. Les raccordements relèvent exclusivement de la société fermière habilitée à intervenir sur le périmètre concerné. Les autorités locales sont appelées à relayer l’information et à accompagner les démarches des habitants. À Bobè, le Préfet des Collines a invité le chef d’arrondissement et les élus locaux à participer à la sensibilisation des ménages, en lien avec la société fermière. À Kérou, le maire Pierre Wari Brisso a également évoqué la mobilisation des responsables locaux autour d’un comité de suivi destiné à informer les familles. L’extension des branchements particuliers doit néanmoins tenir compte des conditions de réalisation des raccordements, de leur coût pour les ménages et des capacités du réseau à répondre à la demande. Elle ne remplace pas la nécessité de maintenir les bornes-fontaines en état de fonctionnement, notamment pour les habitants qui ne disposent pas d’un branchement individuel.

 

 Des infrastructures dimensionnées pour accompagner la croissance démographique

 Les fiches techniques des projets intègrent des projections démographiques destinées à anticiper l’évolution des besoins. Pour Touï, la population de référence de 11 623 habitants en 2022 est projetée à 16 426 habitants en 2032. À Brignamaro, les projections passent de 16 145 habitants en 2022 à 22 819 en 2032. À Bobè, le périmètre de desserte compte une population de référence de 10 232 habitants en 2022, avec une projection de 14 460 habitants à l’horizon 2032. Pour Chabicouma, les chiffres passent de 14 577 habitants en 2022 à 20 602 en 2032. À Tobré, la population du périmètre est projetée à 41 235 habitants en 2032. Ces chiffres constituent des données de planification et non un décompte des personnes effectivement alimentées au moment des réceptions provisoires. Ils soulignent cependant la nécessité d’assurer un suivi de la demande et d’adapter progressivement les moyens de production et de distribution.

Dans les Collines comme dans l’Atacora, la réalisation de ces systèmes renforce les infrastructures du service public de l’eau potable en milieu rural. La régularité de l’approvisionnement, la qualité de l’exploitation et le développement des branchements individuels détermineront désormais la portée de ces investissements pour les populations de Touï, Brignamaro, Bobè, Chabicouma et Tobré.

 

Léonel ÉBO

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Brice HAL

2 jours

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