GRANDES CONFÉRENCES DES ACADÉMICIENS BÉNINOIS : Avec AGUENOUNON, OUASSA KOUARO ET TOPANOU, la morale politique passe au banc d’essai

GRANDES CONFÉRENCES DES ACADÉMICIENS BÉNINOIS :

Avec AGUENOUNON, OUASSA KOUARO ET TOPANOU, la morale politique passe au banc d’essai

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Entre efficacité dans la conquête du pouvoir, respect des droits fondamentaux et préservation de l’intérêt général, l’Académie Nationale des Sciences, Arts et Lettres du Bénin (ANSALB) a placé la morale politique au cœur d’une réflexion scientifique, le jeudi 29 octobre 2026, à la salle bleue du Palais des Congrès de Cotonou. Une interrogation qui invite les acteurs politiques et les citoyens à examiner les exigences éthiques de l’exercice du pouvoir.

La politique peut-elle s’affranchir des exigences morales au nom de ses propres impératifs ? La recherche et la conservation du pouvoir justifient-elles certaines pratiques qui seraient condamnables dans les relations ordinaires entre les individus ? C’est autour de ces interrogations que s’est tenue, de 9 h à 17 h, la 6ᵉ édition des Grandes Conférences de l’Académie Nationale des Sciences, Arts et Lettres du Bénin (ANSALB). En choisissant le thème « La politique est-elle amorale ? », l’institution scientifique a ouvert un espace de réflexion sur les rapports complexes entre pouvoir, éthique, droits humains et responsabilité publique. Le sujet, particulièrement sensible, a été abordé comme une question de recherche et de débat, loin de toute volonté de distribuer des certificats de moralité aux acteurs politiques.

 

L’ANSALB face à un paradoxe politique

 À l’ouverture des travaux, les organisateurs ont souligné le caractère controversé de la thématique. Coordonnateur du Programme des Grandes Conférences de l’ANSALB, le Professeur Jean-Pierre EZIN a rappelé que les sociétés démocratiques progressent notamment par la confrontation des idées et la possibilité de débattre des questions qui les traversent. L’interrogation retenue pour cette sixième édition traduit, selon l’esprit de son intervention, le refus d’un parti pris préalable. Il ne s’agissait pas d’imposer une réponse à la question posée, mais de permettre aux participants d’en examiner les différentes dimensions à partir d’analyses scientifiques et de contributions contradictoires. Le Professeur Maxime Da CRUZ, au nom du comité d’organisation a, pour sa part, mis en évidence le paradoxe qui caractérise souvent la perception de la politique. Dans les conversations courantes, les expressions relatives au « langage politique » ou aux promesses électorales sont parfois associées à la méfiance, au doute et à la suspicion. Pourtant, dans son acception fondamentale, la politique renvoie à l’organisation de la cité, à la recherche du vivre-ensemble et à la gestion du bien commun. Cette contradiction entre la vocation théorique de l’action politique et certaines perceptions populaires constitue l’un des points de départ de la réflexion engagée par l’ANSALB.

 

Le Professeur Michel BOKO appelle à l’introspection

 Représentant le Président de l’ANSALB Nazaire PADONOU empêché, le Professeur Michel BOKO, Secrétaire Perpétuel de l’institution, a donné à cette rencontre une orientation résolument réflexive. Pour lui, l’intérêt de l’Académie pour la morale en politique découle directement de sa vocation scientifique et de sa responsabilité envers la société. La politique ne se limite pas à la conquête du pouvoir, à l’organisation des institutions ou à la conduite des affaires publiques. Elle touche aux décisions qui engagent le destin des populations, à la répartition des ressources, à l’exercice des libertés, à la protection des droits fondamentaux et aux conditions du vivre-ensemble. Dès lors, elle ne saurait être considérée comme un domaine totalement étranger aux exigences éthiques. La question devient incontournable lorsqu’il s’agit de déterminer si l’efficacité dans la conduite des affaires publiques peut, à elle seule, justifier les moyens employés. Dans son allocution, le Secrétaire Perpétuel a notamment invité à distinguer l’amoralité de l’immoralité. Qualifier une activité d’amorale revient à considérer qu’elle échappe, par nature ou par principe, à l’évaluation morale. La qualifier d’immorale suppose, au contraire, de juger certaines de ses pratiques contraires aux principes éthiques. Cette distinction conceptuelle est essentielle pour comprendre la problématique soumise aux conférenciers. Reconnaître les contraintes particulières de l’action politique ne signifie pas que tous les moyens employés pour accéder au pouvoir ou s’y maintenir deviennent légitimes. Le Professeur Michel BOKO a également interrogé la portée de la formule communément attribuée à Nicolas MACHIAVEL selon laquelle la fin justifierait les moyens. Si cette représentation de la politique privilégie l’efficacité et la conservation du pouvoir, elle soulève une question fondamentale : une action politiquement efficace peut-elle être considérée comme légitime lorsqu’elle repose sur l’injustice ? La parole donnée, la loyauté, la transparence et le respect de la personne humaine ne peuvent être réduits à de simples variables d’ajustement des stratégies politiques. Ils participent également à la construction de la confiance entre les citoyens et les institutions.

 

 

 

Droits humains, gouvernance et financement politique

 Au-delà des comportements individuels, l’ANSALB a élargi la réflexion aux mécanismes institutionnels qui encadrent l’exercice du pouvoir. La morale politique ne relève pas exclusivement des intentions personnelles des dirigeants. Elle doit aussi être appréciée à travers le fonctionnement des institutions, l’application des règles, les mécanismes de contrôle et les conséquences des décisions publiques sur la vie des populations. La question concerne aussi bien les relations entre gouvernants et gouvernés que celles entre majorité et opposition. Elle se manifeste dans la garantie des libertés, l’égalité devant la loi, la préservation du pluralisme politique et la transparence dans la gestion des ressources publiques. Le financement de l’action politique constitue, à cet égard, un enjeu majeur. La provenance des ressources, les conditions de leur mobilisation, la transparence des dépenses et l’équité entre les acteurs sont autant de facteurs susceptibles d’influencer la qualité de la vie démocratique. Lorsque des intérêts privés prennent le pas sur l’intérêt général ou que les règles ne sont pas appliquées de manière équitable, la confiance des citoyens dans les institutions risque de s'affaiblir. Pour le Secrétaire Perpétuel, la démocratie ne se mesure donc pas uniquement à l’existence d’institutions, à la tenue d’élections ou à la production de textes juridiques. Elle s’apprécie également à l’effectivité des droits reconnus aux citoyens, au respect des règles communes et à la capacité des acteurs politiques à exercer leurs responsabilités dans un cadre équitable. L’enjeu de cette réflexion dépasse ainsi la seule philosophie politique. Il possède des dimensions juridique, économique, sociale et citoyenne.

 

Trois communications pour éclairer le débat

 Pour approfondir ces questions, le programme scientifique de cette sixième édition a été articulé autour de trois communications complémentaires, confiées à des personnalités issues des milieux intellectuels et universitaires. La première, présentée par le Père Éric AGUENOUNON, Directeur de l’Institut des Artisans de Justice et de Paix, a porté sur la question : « La politique, une activité essentiellement amorale ou immorale ? ». Cette communication est destinée à examiner les fondements philosophiques de l’action politique et à clarifier les notions au cœur de la problématique générale. La deuxième communication, confiée à la Professeure Monique OUASSA KOUARO, portait sur « Les droits de l’homme et la politique ». Elle a permis d’interroger les limites que les principes de dignité, de liberté et de justice imposent à l’exercice du pouvoir. Enfin, le Professeur Prudent Victor TOPANOU est intervenu sur le financement de l’action politique. Cette troisième communication, annoncée comme une illustration des réflexions de la matinée, devait aborder les conditions dans lesquelles les ressources mobilisées pour la conquête et l’exercice du pouvoir peuvent préserver ou compromettre l’intégrité de la vie démocratique. Chacune de ces communications devait être suivie d’un débat, afin de permettre aux participants présents au Palais des Congrès et aux auditeurs en ligne de contribuer à la confrontation des idées.

 

Une réflexion tournée vers la société

 Interrogé sur le choix du thème, le Professeur Michel BOKO a expliqué que les Grandes Conférences répondent à la vocation de l’Académie : faire de la réflexion scientifique un instrument de compréhension et de progrès de la société. L’objectif, a-t-il précisé, n’est pas de prétendre apporter immédiatement des réponses définitives aux problèmes soulevés, mais de favoriser un retour sur soi. Cette démarche suppose que chacun puisse examiner ses actes, ses comportements envers ses concitoyens et sa contribution à la marche de la société. Invité à comparer les pratiques politiques au Bénin avec celles observées ailleurs dans le monde, le Secrétaire Perpétuel de l’ANSALB a estimé qu’il n’existe pas de différence fondamentale entre les réalités politiques béninoises et celles d’autres pays. Il a toutefois relevé que les comportements ne peuvent être ramenés à un modèle unique, les réalités variant d’un pays à l’autre. Cette observation renforce l’intérêt d’une approche qui privilégie l’analyse plutôt que les jugements hâtifs. En organisant cette rencontre, l’ANSALB entend contribuer à une meilleure compréhension des mécanismes qui favorisent ou fragilisent l’éthique dans l’exercice du pouvoir. L’ambition affichée est de nourrir le débat public, d’éclairer les citoyens et d’identifier les conditions d’une action politique plus responsable. Car, au-delà des institutions et des lois, la qualité de la démocratie dépend aussi de la conscience de ceux qui la font vivre, de la vigilance citoyenne et de la place accordée à l’intérêt général.

La question posée à cette sixième édition des Grandes Conférences demeure donc entière : la politique est-elle, par nature, étrangère à la morale, ou certaines pratiques politiques sont-elles simplement contraires aux exigences éthiques qu’impose la responsabilité publique ? À cette interrogation, l’ANSALB oppose une démarche scientifique fondée sur la rigueur de l’analyse, la liberté de penser et la confrontation respectueuse des arguments.

 

Tchékpémi Jacques AHOUANSOU

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Brice HAL

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