Pendant près de quatre semaines, le Bénin occupe une place particulière dans la programmation culturelle de la Fnac Saint-Lazare, à Paris. Organisée autour de plusieurs rencontres, showcases, projections et dédicaces, l’initiative donne à découvrir différentes facettes du pays, de ses héritages historiques et spirituels à ses expressions artistiques contemporaines. Plusieurs rendez-vous bénéficient du soutien de l’ambassade du Bénin en France.
La programmation réunit notamment la cheffe Georgiana Viou, la chanteuse de jazz Mina Agossi, le rappeur Joe Kingston, le slameur Sergent Markus et le groupe Teriba. En associant musique, gastronomie, littérature, photographie et échanges autour de l’histoire, les organisateurs entendent présenter une culture béninoise vivante, dont les expressions ne se limitent pas aux traditions anciennes.
L’art comme passerelle entre mémoire et création contemporaine
Parmi les rendez-vous proposés, l’exposition photographique « Ayérayé : Éternel », du photographe et designer béninois Eustache Ahomagnon, occupe une place importante. Présentée du 22 septembre au 17 octobre, elle explore les liens entre mémoire, spiritualité et création contemporaine à travers l’univers des Egungun, figures ancestrales associées aux traditions yoruba. Le travail de l’artiste fait dialoguer la photographie avec la création textile, notamment à travers des pièces inspirées des formes, des matières et des mouvements liés à cet univers culturel. D’autres séquences abordent la mémoire historique et les relations entre le Bénin et la France. Le 2 octobre, une rencontre consacrée aux biens culturels historiques du Bénin a notamment permis de replacer la question des restitutions au cœur des échanges. Cette thématique fait écho au retour, en novembre 2021, de 26 œuvres royales restituées par la France au Bénin après plus d’un siècle de présence dans les collections françaises. Ces rendez-vous témoignent de la diversité des sujets mobilisés pour faire connaître le pays : héritage des royaumes, traditions spirituelles, histoire de la traite négrière, création artistique et débats contemporains sur la circulation des biens culturels. La manifestation propose ainsi un espace de rencontre entre patrimoine, création et mémoire.
Le patrimoine, un levier de rayonnement international
Depuis plusieurs années, le Bénin multiplie les initiatives destinées à valoriser son patrimoine et à renforcer sa visibilité internationale. Les restitutions d’œuvres historiques, les projets de musées et les actions de promotion des expressions culturelles participent à cette dynamique. En avril 2026, une conférence nationale consacrée à la protection du patrimoine culturel a notamment mis en avant les enjeux de conservation, de transmission et de valorisation des biens culturels. Le patrimoine béninois comprend également des biens inscrits sur la Liste du patrimoine mondial de l’Unesco, dont les palais royaux d’Abomey, le complexe W-Arly-Pendjari et le site de Koutammakou, partagé avec le Togo. Ces sites, comme les traditions vivantes et les productions artistiques, représentent des ressources susceptibles de contribuer au développement du tourisme culturel. Toutefois, la reconnaissance internationale ne produit pas automatiquement des retombées économiques. La valorisation durable du patrimoine suppose des investissements dans la conservation, les infrastructures d’accueil, la formation des professionnels et la structuration des filières culturelles. Elle nécessite également des dispositifs permettant aux artistes et aux détenteurs de savoirs de tirer des revenus de leurs activités.
Transformer la visibilité en débouchés pour les artistes
La programmation parisienne pose ainsi la question des retombées concrètes de la diplomatie culturelle. La présence d’artistes béninois dans un espace fréquenté de la capitale française leur offre une occasion de présenter leurs œuvres à de nouveaux publics et de rencontrer des acteurs du secteur culturel. La diversité des disciplines représentées peut aussi favoriser les échanges entre professionnels, les collaborations et la circulation des créations. Mais l’exposition médiatique ne suffit pas à garantir des revenus durables. Le développement des industries culturelles et créatives dépend de la capacité à structurer les marchés, à faciliter la diffusion des œuvres, à protéger les droits des créateurs et à établir des partenariats commerciaux pérennes. La mobilisation de la diaspora béninoise peut constituer un relais pour ces échanges, à condition qu’elle s’accompagne de projets concrets. La programmation de la Fnac Saint-Lazare doit s’achever le 17 octobre avec un showcase du groupe Teriba, annoncé à 16 heures. Cette dernière séquence clôturera plusieurs semaines de rendez-vous consacrés au patrimoine et à la création béninoise.
Pour le Bénin, l’enjeu dépasse l’organisation ponctuelle d’événements à l’étranger. Il réside dans la capacité à prolonger cette visibilité par des coopérations durables, de nouveaux débouchés pour les artistes et une fréquentation accrue des sites patrimoniaux. La diplomatie culturelle pourra alors être évaluée non seulement à l’aune de l’intérêt suscité à l’international, mais aussi par les possibilités qu’elle ouvre aux créateurs, aux professionnels du patrimoine et aux acteurs du tourisme au Bénin.
Cadnel ADEBAYO