En effet, son intervention, dense et documentée, a rappelé que la liberté de la presse reste une conquête fragile, soumise à de multiples pressions politiques, économiques et sociales. « La liberté de presse, comme la démocratie elle-même, est une quête permanente. Ce n’est jamais un acquis définitif », a-t-il lancé d’entrée, en invitant l’assistance à une réflexion collective sur les obstacles qui freinent l’expression libre des médias au Bénin. Mieux, l’orateur a retracé le parcours historique de la presse béninoise depuis la Conférence Nationale de 1990, évoquant la période d’euphorie démocratique où le pays faisait figure d’exemple sur le continent. « Dans les années 1990, le Bénin était cité en modèle. Nous étions premiers dans le classement de Reporters Sans Frontières et de la Media Foundation for West Africa », a-t-il rappelé. Mais, a-t-il déploré, cette embellie a peu à peu laissé place à des régressions notables, particulièrement depuis 2016 : « Les suspensions de médias comme Soleil FM et Sikka TV ont marqué un tournant. Puis est venu le Code du Numérique en 2018, qui a accentué la peur et l’autocensure. »
Au-delà des mesures administratives, le Journaliste a dénoncé la fragilité économique du secteur médiatique, qui rend la presse dépendante de soutiens politiques : « Ce n’est pas un hasard si beaucoup de promoteurs de médias sont des acteurs politiques. Des médias forts et indépendants ne font pas l’affaire du pouvoir. » Selon lui, l’absence d’un environnement économique sain empêche les entreprises de presse de s’émanciper et favorise une autocensure grandissante parmi les journalistes : « Les professionnels sont souvent livrés à eux-mêmes. Quand des sanctions tombent, c’est à eux seuls d’en supporter les conséquences. » Cependant, l’intervenant a insisté sur la nécessité de replacer la liberté de la presse au cœur du contrat social, en en faisant une cause nationale : « Ce n’est pas seulement l’affaire des Journalistes. C’est celle de tous les citoyens, car si les médias se taisent, les injustices finissent par frapper chacun de nous. » Évoquant sa propre expérience et celle d’autres confrères victimes de pressions ou d’arrestations, il a appelé à une solidarité civique autour des acteurs des médias. Pour sortir de cette impasse, plusieurs pistes ont été proposées. Selon lui, il faut d'abord réviser le Code du Numérique afin de supprimer les articles liberticides. Ensuite, renforcer la viabilité économique des médias à travers des politiques d’appui transparentes et équitables. Enfin, il faut professionnaliser le secteur et instaurer un dialogue permanent entre l’État, la presse et la Société Civile. Bref, c'est la conclusion de l’orateur qui intéresse le mieux. Elle a résonné comme un manifeste pour la démocratie participative : « Une presse libre n’est pas un danger pour l’État, mais une chance pour la République. »