Le premier Vice-président du parti Les Démocrates, Éric Louis HOUNDÉTÉ, a adressé une lettre publique à son collègue et ami Michel SODJINOU, dans un ton inhabituellement personnel et conciliant. Sous des allures fraternelles, le message dévoile une crise interne de confiance au sein du principal parti d’opposition, à la veille des échéances électorales. « Depuis quinze jours, je n’ai pas eu l’occasion de parler avec toi, Michel », écrit Éric HOUNDÉTÉ, avant d’ajouter qu’il a tenté, à plusieurs reprises et en vain, de rencontrer son camarade député. Cette entrée en matière donne le ton d’un texte empreint de nostalgie, où l’homme politique laisse parler l’ami de longue date. Mais derrière l’émotion, la lettre soulève une question de fond : le refus présumé de Michel SODJINOU de remettre son parrainage au parti, geste indispensable pour la participation de Les Démocrates à la prochaine présidentielle.
Au Bénin, le parrainage des candidats à la présidentielle par les députés et maires est devenu un enjeu politique majeur depuis la réforme électorale. Or, selon Éric HOUNDÉTÉ, son collègue SODJINOU aurait conditionné la remise de sa fiche à un processus de désignation plus consensuel du candidat du parti. Dans sa lettre, HOUNDÉTÉ reconnaît la légitimité de ce point de vue, tout en insistant sur la nécessité de préserver l’unité et la responsabilité collective : « Parce que nous sommes députés au nom du parti, nous avons reçu les parrainages en son nom », écrit-il, avant de rappeler : « Je te reconnais le droit d’exercer ta liberté et de parrainer qui tu veux. » Une phrase qui résume toute l’ambivalence du moment : concilier la liberté individuelle et la discipline de parti.
La correspondance prend ensuite un ton plus introspectif. HOUNDÉTÉ évoque les frustrations et « humiliations inutiles » subies au sein du parti, tout en saluant la loyauté et le courage de son ami. Mais le député appelle à tourner la page : « Ce qui nous a unis au sein du parti Les Démocrates est au-delà de notre fraternité. Il s’agit du destin de tout un peuple. » Cet appel, presque spirituel, sonne comme une tentative de réconciliation morale dans un parti où les rivalités personnelles menacent la cohésion politique. Le passage le plus marquant de la lettre reste sans doute celui où Éric Houndété écrit : « Je viens très humblement me mettre à tes genoux pour te supplier de remettre le parrainage au parti. » Dans un paysage politique souvent marqué par les démonstrations d’autorité, ce ton d’humilité et de fraternité étonne. Il pourrait bien être interprété comme une stratégie d’apaisement visant à restaurer la confiance et à désamorcer les divisions internes.
Au-delà du cas SODJINOU, cette lettre résonne comme un signal fort lancé par Éric Houndété à l’ensemble de la classe politique : celui d’un retour à la responsabilité collective et à l’éthique démocratique. Le député rappelle que « l’histoire nous interpelle et le Bénin tout entier nous regarde », soulignant ainsi l’importance du moment pour la crédibilité du parti Les Démocrates. En rendant publique cette lettre, HOUNDÉTÉ transforme un différend interne en message national : celui d’une opposition qui veut apparaître comme capable de dialogue et d’introspection. Une façon aussi de réaffirmer sa stature de leader modéré, à l’écoute de ses pairs, tout en restant fidèle à la ligne démocratique du parti.
À travers ce texte empreint d’émotion, Éric HOUNDÉTÉ rappelle qu’en politique, l’humanité et la loyauté ne sont pas incompatibles avec la stratégie et la fermeté.
Dans une période où la question du parrainage divise, sa lettre à Michel Sojdjinou pourrait bien marquer un tournant dans la manière de gérer les désaccords au sein de l’opposition béninoise. Reste à savoir si son « frère et ami » répondra à cet appel à la réconciliation et si le parti Les Démocrates saura, à son tour, transformer cette lettre en acte d’unité.