Ce que beaucoup qualifient désormais, sans fard, de déambulation politique, prend racine dans un renoncement inédit : le parti n’a même pas tenté de participer aux élections communales de 2026, préférant habiller son absence d’un discours de « discipline » et de « rigueur ». Les Béninois, eux, y voient plutôt une capitulation programmée, négociée et assumée. En effet, dans son discours, la Présidente affirme que l’absence de candidatures résulte « d’une analyse approfondie » et d’une volonté de « cohérence ». Pourtant, en politique, ne pas aller aux élections revient à sortir volontairement du jeu démocratique. Et lorsqu’un parti renonce à toute compétition pour se fondre dans la structure dominante du moment, la lecture est claire : il s’agit d’une tactique de survie, non d’un choix idéologique.
La RN justifie son retrait par un besoin de « redéploiement » et de « consolidation ». Mais que consolide-t-on sans base électorale ? Vers quoi se redéploie-t-on lorsqu’on efface volontairement sa présence territoriale ? En réalité, cette rhétorique ne cache qu’une vérité : le parti a choisi la facilité des alliances confortables plutôt que la rigueur du terrain et de la légitimité populaire. Le passage le plus révélateur du discours est sans doute celui où le RN réaffirme son « engagement total aux côtés du Chef de l’État ». Non pas en tant que force autonome, mais comme une composante désormais subordonnée d’un bloc politique dominant. On assiste non pas à une alliance, mais à un alignement complet, presque une absorption consentie. D’où la dénonciation émergente dans l’opinion : la RN a troqué son identité contre une place dans l’ombre du pouvoir, abandonnant la compétition et la contradiction qui font la noblesse d’un parti politique dans une démocratie pluraliste. Le discours parle d’« espérance », de « transition », de « nouvelle ère ». Mais pour les militants, le constat est autre pas de listes, pas de compétition, pas de représentativité, pas de visibilité propre, et désormais, plus d’autonomie. Beaucoup y voient un mépris silencieux : celui de responsables politiques qui demandent des efforts aux bases, mais refusent eux-mêmes d’affronter l’épreuve des urnes.
Bref, la politique béninoise est coutumière des mouvements de fusion, de recomposition et de rapprochements stratégiques. Mais ce qui choque aujourd’hui, c’est la manière dont le RN justifie son effacement par un discours de vertu, alors qu’il s’agit manifestement d’un choix purement opportuniste. Le parti ne se prépare pas : il se livre. Il ne se redéfinit pas : il se dissout. Il ne s’élève pas : il s’aligne. Mais, l’opinion publique n’est pas dupe : ce type de comportement affaiblit non seulement la crédibilité des partis, mais aussi la confiance des citoyens envers la classe politique. À l’heure où le pluralisme politique au Bénin doit être protégé, voir un parti renoncer à son existence propre pour rallier mécaniquement un bloc majoritaire en invoquant de prétendues stratégies internes est dangereux. Cela contribue à appauvrir le débat public, affaiblir les contre-pouvoirs et transformer des formations politiques jadis respectées en simples appendices du pouvoir exécutif.
La déclaration de Claudine PRUDENCIO aurait pu être un appel à la refondation, à la mobilisation ou à la reconstruction. Elle n’est qu’une justification à peine voilée d’un renoncement profond, vécu par de nombreux observateurs comme une prostitution politique, où l’intérêt partisan l’emporte sur l’intérêt général. La fusion avec l’UP-R ne marque pas un repositionnement stratégique : elle consacre l’effacement volontaire d’un parti qui aurait pu jouer un rôle utile dans le pluralisme démocratique béninois. Et c’est bien là tout le problème