En effet, selon Dr. Bani Léon BIO BIGOU, Professeur Titulaire de Géographie Humaine du CAMES à la retraite, le travail d’un enseignant dépasse la simple transmission de savoir: « ll forge les consciences, inspire les esprits et contribue directement au devenir d’une société. Une tâche inestimable, bien que rarement reconnue à sa juste valeur », a-t-il souligné avant d'aborder la question de l'unicité de l’individu et responsabilité parentale. « Aucun être humain n’est identique à un autre, même les vrais jumeaux diffèrent dans leurs potentialités. Chaque individu possède des talents uniques, un héritage que les parents et éducateurs doivent savoir reconnaître et cultiver. Trop souvent, les échecs des enfants trouvent leur origine dans des décisions parentales imposées, sans écoute ni dialogue ». Selon cet ancien Secrétaire Général de l'Université d'Abomey-Calavi, il est impératif d’accompagner et de conseiller les enfants plutôt que d’imposer des chemins préfabriqués : « Je veux que mon enfant devienne ceci, je veux qu’il devienne cela », entend-on trop souvent. Au sujet de la culture et de la langue qui sont deux différents fondements de l’identité, l'orateur affirme que la culture est la « racine pivotante » de toute société, et la langue en constitue le socle le plus profond. « Renier sa langue maternelle ou vouloir effacer son identité culturelle, c’est condamner un pays à l’oubli. Un peuple qui ignore son histoire perd son avenir. Les enseignants, véritables piliers de la nation, doivent transmettre ces valeurs, car la maîtrise de l’histoire est un levier essentiel pour la cohésion sociale et le développement national ».
Pour mémoire, le Professeur rappelle que l’histoire offre des exemples tragiques de l’importance de la mémoire collective. « Le 1er décembre 1944, au camp militaire de Thiaroye près de Dakar, des tirailleurs africains, rapatriés après la Seconde Guerre mondiale, ont été massacrés par les troupes coloniales françaises pour avoir simplement réclamé le paiement de leurs indemnités. Le nombre exact de victimes reste controversé : des archives militaires françaises parlent de 35 à 70 morts, tandis que certains historiens sénégalais évoquent 191 tués et d’autres, plusieurs centaines. Cette tragédie souligne la difficulté de mener des enquêtes historiques précises, en raison de falsifications d’archives et de pressions politiques. Pourtant, il est incontestable que la France doit sa liberté en partie aux tirailleurs africains, qui ont risqué leur vie pour elle et dont le sacrifice fut longtemps ignoré ». « L’histoire doit éclairer les générations présentes et futures. La reconnaissance des crimes passés et la restitution des droits aux familles des victimes sont des impératifs moraux et historiques. Les actions militantes et les pressions judiciaires ont permis à la France d’admettre ses responsabilités, constituant une étape nécessaire pour honorer la mémoire des tirailleurs et réparer partiellement l’histoire », a-t-il ajouté. En résumé, le Professeur rappelle que chaque citoyen, chaque historien a un rôle à jouer : collecter les preuves, documenter les récits familiaux et nationaux, afin que la vérité éclate et que ceux qui ont sacrifié leur vie pour la justice ne tombent pas dans l’oubli. « Comme le rappelle l’histoire, la vérité finit toujours par émerger, et son souvenir devient un héritage précieux pour les générations futures ».
Enseigner l’histoire, c’est bien plus que transmettre des faits : c’est semer la conscience et cultiver la mémoire collective. Tant que les leçons du passé éclaireront le présent, la voix des disparus ne s’éteindra jamais, et les générations futures pourront construire un monde plus juste et plus lucide.