En effet, l’une des réussites les plus spectaculaires concerne la mortalité infantile. Dans le passé, la moitié des enfants mourait avant la puberté. Aujourd’hui, bien que 14 000 enfants continuent de décéder chaque jour (l’équivalent d’un avion jumbo rempli d’enfants toutes les heures) ce chiffre est nettement réduit. Cette amélioration résulte d’une combinaison de facteurs : la science agricole a renforcé l’approvisionnement alimentaire, les soins de santé et l’assainissement se sont améliorés, le commerce mondial a atténué les pénuries locales, les denrées alimentaires sont plus accessibles par rapport aux revenus, et surtout, l’extrême pauvreté a connu un déclin spectaculaire. De plus, l’espérance de vie a également enregistré une transformation inédite. Il y a deux siècles, aucun pays ne dépassait 40 ans d’espérance de vie. Aujourd’hui, l’espérance de vie mondiale a doublé. Cette hausse ne résulte pas uniquement de la baisse de la mortalité infantile : toutes les tranches d’âge ont bénéficié de cette progression. Par exemple, une personne de 50 ans qui pouvait espérer vivre jusqu’à 71 ans il y a deux siècles peut désormais atteindre 83 ans, soit un gain de 13 ans. Mieux, la réduction de l’extrême pauvreté constitue l’un des accomplissements majeurs de l’histoire économique. En 1820, trois quarts de la population mondiale vivaient dans une pauvreté extrême. Aujourd’hui, cette proportion a chuté de manière significative grâce à une croissance économique soutenue et à l’augmentation de la production de biens et services. Our World in Data souligne que la pauvreté ne se limite pas à un critère monétaire : elle concerne avant tout l’accès aux biens et services essentiels tels que l’eau potable, l’électricité, l’assainissement et les soins de santé. Les famines, autrefois fréquentes et dévastatrices, sont devenues exceptionnelles à l’échelle mondiale. Le taux de mortalité par famine a fortement diminué depuis la seconde moitié du 20e siècle, marquant un « triomphe largement méconnu de notre époque ». Aussi, le déclin du taux de fécondité total représente un autre changement majeur. Depuis 1965, le taux mondial est passé de 5 à moins de 2,5 enfants par femme, principalement grâce à l’autonomisation des femmes par l’éducation et l’emploi, à la baisse de la mortalité infantile et à l’augmentation des coûts liés à l’éducation des enfants. L’alphabétisation quant à elle, a également connu un bond spectaculaire. En 1820, seulement une personne sur dix savait lire et écrire ; aujourd’hui, ce ratio est inversé et seulement une personne sur dix reste analphabète. Enfin, la démocratisation a progressé de façon impressionnante. Deux siècles auparavant, presque personne ne jouissait de droits démocratiques ; aujourd’hui, des milliards de personnes y ont accès, signe d’une avancée sociale majeure.
Malgré ces avancées, de nombreux défis subsistent, rappelant la complexité du bien-être humain. D'abord, il faut toucher de doigts les inégalités en mortalité infantile car le risque de décès d’un nouveau-né varie fortement selon les pays. Dans certains pays d’Afrique centrale, ce risque est plus de 50 fois supérieur à celui d’un enfant né en Islande. Ensuite, il faut panser la pauvreté persistante. Là, près d’une personne sur dix vit encore dans l’extrême pauvreté (moins de 2,15 $ par jour), et des milliards connaissent des conditions de vie très difficiles. En 2018, 84 % de la population mondiale vivait avec moins de 30 $ par jour. En outre, il urge de lutter contre les famines liées aux conflits. Aujourd’hui, les famines sont presque exclusivement causées par des conflits armés qui perturbent la production et l’acheminement des aliments. Il faut aussi investir dans l'accès à l’eau potable parce qu'un quart de la population mondiale n’y a toujours pas accès, causant plus d’un million de décès annuels, principalement dans les zones rurales et les pays à faible revenu. Il faut réfléchir aux inégalités économiques entre les sexes. La raison : un écart salarial significatif persiste. Les différences d’occupation expliquent mieux ces disparités que le niveau d’éducation, et la maternité entraîne une « pénalité » sur les revenus des femmes. Concernant la croissance urbaine et bidonvilles à laquelle il faut aussi penser, plus de la moitié de la population mondiale vit en zone urbaine, mais près d’un quart des citadins sont confinés dans des bidonvilles, avec un accès limité à l’eau, à l’assainissement et à un logement sûr. De même, il faut œuvrer pour la dépendance aux combustibles fossiles puisque malgré les progrès des énergies à faible émission de carbone, les combustibles fossiles dominent toujours, contribuant aux émissions de gaz à effet de serre et à des millions de décès liés à la pollution atmosphérique. Enfin, il faut travailler contre les inégalités économiques mondiales puisque l’écart reste élevé, principalement alimenté par les différences entre pays plutôt qu’à l’intérieur de chaque pays.
Our World in Data conclut que la réalité du bien-être humain est double : le monde a accompli d’énormes progrès, mais il reste confronté à des défis majeurs. Les succès résultent de choix humains : innovations, politiques publiques, progrès sanitaires et évolution des normes sociales. Les problèmes persistants sont souvent le reflet de systèmes humains défaillants, tels que conflits, discriminations, inefficacités économiques et résistance au changement. Or, l’histoire de la réduction de la pauvreté mondiale ne fait que commencer, rappelant l’ampleur du travail restant à accomplir et le potentiel immense de progrès si l’humanité concentre ses efforts collectifs. Chaque action, chaque politique et chaque initiative de société peuvent continuer à transformer notre monde vers un avenir plus juste, sain et prospère.