Cette initiative, transmise à la Commission des Lois, de l’Administration et des Droits de l’homme pour étude approfondie, entend combler certaines lacunes du système actuel et consolider le principe de contrepoids institutionnel. Le projet vise notamment à offrir un cadre consultatif et décisionnel à des personnalités d’expérience (anciens présidents, anciens responsables d’institutions ou figures publiques reconnues) dont les avis éclairés sont souvent sollicités de manière informelle dans la gestion des crises ou des grandes orientations nationales.
Interrogé sur Radio Bip, le député Assan SEÏBOU a expliqué : « Il manquait quelque chose dans notre dispositif institutionnel. Chaque fois qu’il y a une situation délicate, nous faisons appel à nos anciens chefs d’État et responsables. Il faut désormais un creuset officiel où ils puissent se retrouver : c’est cela, le Sénat. Nous ne pouvons pas terminer cette législature sans poser cet acte. » Dans un entretien franc avec la presse parlementaire, l’honorable Assan SEIBOU a expliqué que cette réforme vise à renforcer l’architecture démocratique du pays et à offrir un cadre d’équilibre entre les pouvoirs : « Nous avons saisi le Président de l’Assemblée Nationale d’une requête qui vise à réviser notre Constitution sur un point essentiel : la création du SÉNAT. Cela fait partie des réformes que nous devrions opérer pour un fonctionnement harmonieux de notre démocratie. » Selon l’élu, la 9ᵉ législature, d’une durée de trois ans, joue un rôle de transition politique majeure : « Cette législature est une transition. Elle doit asseoir les fondements nécessaires à une démocratie solide. Dans notre paysage institutionnel, il manque le SÉNAT, qu’on appelle la Haute Chambre. »
Interpellé sur les craintes de la population chaque fois qu’il est question de révision constitutionnelle, le député a tenu un discours de pédagogie et de fermeté : « Il faut vacciner le peuple contre cette peur de la révision. Dans tous les pays démocratiques, toucher à la Constitution n’est pas un sacrilège. C’est un exercice d’ajustement nécessaire pour corriger les imperfections et avancer. » Pour lui, réformer la loi fondamentale n’est pas une menace, mais une exigence de progrès. Il rappelle d’ailleurs que plusieurs avancées majeures du pays, telles que la promotion du genre et la modernisation institutionnelle, sont issues de précédentes révisions constitutionnelles. « Si on n’avait pas touché la Constitution, nous n’aurions pas certaines structures clés ni la participation accrue des femmes. Quand une réforme devient nécessaire, il faut avoir le courage de l’entreprendre. » Également, Assan SEIBOU a insisté sur la nécessité d’asseoir des lois structurelles avant la fin du mandat de la 9ᵉ législature, pour léguer aux prochains députés un cadre institutionnel plus stable et cohérent.
Si cette initiative est perçue par certains comme une évolution naturelle du système béninois vers un bicaméralisme moderne, d’autres observateurs y voient un débat à double tranchant, en raison de son timing politique, à quelques mois des élections générales de 2026. La précédente révision constitutionnelle de novembre 2019 avait déjà introduit plusieurs réformes majeures, dont la limitation des mandats et le parrainage, et beaucoup redoutent que de nouvelles modifications n’attisent des tensions politiques. Pour les députés initiateurs, il ne s’agit pas d’une manœuvre électoraliste, mais d’une réforme d’héritage, destinée à doter le Bénin d’un cadre institutionnel plus inclusif, mieux adapté aux exigences de stabilité et de gouvernance moderne. Le Sénat, s’il venait à être créé, pourrait devenir une chambre de sagesse et de réflexion, garantissant la continuité de l’État et le dialogue entre les générations politiques.
Entre ambitions réformatrices et prudence démocratique, le Bénin rouvre donc le débat sur sa Constitution. Et si cette initiative aboutit, la 9ᵉ législature pourrait bien entrer dans l’histoire comme celle qui aura posé les fondations du bicaméralisme béninois, symbole d’un État en quête d’équilibre, de maturité et de mémoire institutionnelle. En défendant la création d’un SÉNAT, le député Assan SEIBOU réactive un vieux débat sur l’équilibre du pouvoir législatif au Bénin. Si son plaidoyer résonne comme un appel à la maturité politique, il met aussi en lumière une vérité essentielle : la démocratie béninoise ne peut grandir qu’en se réinventant.