Officiellement, LES DÉMOCRATES affichent une cohésion intacte. Le Vice-président Nourénou ATCHADÉ a récemment martelé qu’« aucune crise ne secoue le parti », en réponse aux rumeurs persistantes de rivalité avec le président Éric HOUNDÉTÉ. Mais en coulisses, le ton est moins serein. Le processus de désignation du duo candidat pour la présidentielle divise. Plusieurs courants internes s’affrontent sur la méthode et sur les profils jugés capables de représenter le parti face au bloc présidentiel. Certains cadres redoutent une « confiscation du parti » par un clan dominant, d’autres dénoncent une « logique d’exclusion silencieuse ». Résultat : la base militante, autrefois soudée autour de la figure tutélaire de Boni YAYI, s’interroge. Les récentes tensions sur la question du parrainage des élus, notamment la restitution forcée du formulaire du député Michel SODJINOU, ont accentué le malaise. Les observateurs politiques notent que la mouvance présidentielle, consciente du poids électoral du parti d’opposition, aurait adopté une stratégie de neutralisation douce : interdictions récurrentes de meetings, pressions locales, et parfois même des offres de rapprochement à certains responsables fatigués de la lutte. Dans plusieurs communes, des figures locales de LES DÉMOCRATES reconnaissent en privé avoir reçu des « propositions de confort politique » en échange d’un ralliement. Ce climat favorise une érosion progressive du moral au sein du parti. Entre la peur des représailles et la tentation de préserver sa carrière, plusieurs élus communaux et responsables départementaux pourraient opter, dans les semaines à venir, pour une migration tactique vers les formations de la mouvance, notamment l’Union Progressiste le Renouveau (UP-R) et le Bloc Républicain (BR).
Par ailleurs, les mouvements observés ces derniers mois confirment une volatilité politique accrue. À Sinendé, à Kandi, ou encore dans certaines localités de l’Ouémé et du Mono, des conseillers municipaux initialement proches de la mouvance ont rallié LES DÉMOCRATES ; mais l’inverse pourrait désormais se produire, dans un effet boomerang. Selon plusieurs sources proches du parti, certains députés et responsables régionaux songent déjà à prendre leurs distances, invoquant « la difficulté de travailler dans un contexte d’incertitude interne et de pression politique externe ». Les divergences idéologiques sont faibles, mais les ambitions personnelles, elles, sont puissantes. Et comme le souligne un politologue joint par nos soins : « Ce n’est pas l’idéologie qui fait éclater les partis au Bénin, c’est la combinaison du calcul politique, du découragement et du réalisme électoral. » Si un seul cadre majeur venait à franchir le pas, un député influent, un vice-président ou un coordinateur de circonscription électorale, l’effet domino serait inévitable. Le pouvoir central ne manquerait pas d’exploiter la brèche pour accélérer la recomposition du paysage politique avant la présidentielle. Car au-delà des enjeux de loyauté, se joue une bataille stratégique : la neutralisation de l’opposition par affaiblissement interne. Pour éviter ce scénario, LES DÉMOCRATES doivent restaurer la confiance interne, clarifier leur leadership, et donner un cap clair à leur base. Faute de quoi, le parti risque de perdre ce qui faisait sa force : la conviction d’incarner la dernière alternative crédible face à la mouvance présidentielle.
En politique béninoise, les tempêtes ne préviennent jamais. Mais quand le vent souffle dans les deux sens (la division à l’intérieur et la séduction à l’extérieur), la barque de l’opposition tangue dangereusement. Et à voir les remous actuels, LES DÉMOCRATES pourraient bien entrer, dans les jours à venir, dans la zone rouge de la recomposition politique nationale.