Ce lundi 6 juillet 2026, le Président Romuald WADAGNI posera ses valises à Nouakchott. Invité par son homologue Mohamed Ould Cheikh El GHAZOUANI, le Chef de l’État béninois entame sa première visite d’État en Mauritanie.
Derrière la solennité du protocole, cette visite en dit long sur la nouvelle doctrine diplomatique de Cotonou : moins centrée sur le seul Golfe de Guinée, plus tournée vers le Sahel et l’espace sahélo-saharien Sur la carte, la Mauritanie ne partage pas de frontière avec le Bénin. Sur l’échiquier géopolitique, elle est pourtant incontournable.
Nouakchott est devenue ces dernières années un acteur clé de la stabilisation au Sahel. Membre du G5 Sahel, la Mauritanie a réussi à contenir la menace terroriste sur son territoire. Pour le Bénin, qui fait face à des infiltrations dans le Nord, coopérer avec Nouakchott c’est s’offrir un partenaire expérimenté en matière de renseignement et de gestion des frontières sahéliennes.
Economie et la diversification
Le Bénin veut réduire sa dépendance aux ports voisins et ouvrir de nouvelles routes commerciales. La Mauritanie, avec son façade atlantique et ses projets d’infrastructures, peut devenir une porte d’entrée vers le Maghreb et l’Europe pour certains produits béninois.
Cette visite n’est pas isolée. En un mois, le Président WADAGNI aura visité *le Sénégal, le Mali, la Guinée-Bissau, la Côte d’Ivoire et maintenant la Mauritanie. C’est une diplomatie de "ponts". Le Bénin se positionne comme un pays capable de faire le lien entre l’Afrique côtière, le Sahel et le Maghreb. Un rôle de médiateur et de facilitateur que Cotonou revendique.
Dossiers concrets sur la table ?
Le communiqué de la Présidence évoque "les axes prioritaires du partenariat bilatéral". En clair, 3 dossiers devraient dominer le tête-à-tête
En premier, la sécurité et le renseignement . Les discussions entre les autorités des deux pays concerneront le partage d’informations, formation des forces, et coopération dans la lutte contre le terrorisme et la criminalité transfrontalière, et la facilitation des échanges, possibilité d’accords dans l’agriculture, la pêche et l’énergie. La Mauritanie est riche en gaz et en minerais, le Bénin en produits agricoles transformés.
Enfin les questions relatives à la simplification des visas, coopération universitaire, et appui aux communautés de la diaspora seront évoquées par les deux délégations
L’absence d’annonce d’accord immédiat n’est pas un signal faible. Une visite d’État sert d’abord à poser la confiance. Le communiqué conjoint attendu à l’issue devrait acter la création d’une Commission mixte de coopération pour institutionnaliser ce rapprochement
Cette visite de 24h à Nouakchott est symbolique. Elle montre que le Bénin refuse de subir la crise sahélienne. Il choisit de s’en saisir par la diplomatie.En définitive, le pari de Romuald WADAGNI est double : sécuriser le Nord en tissant des alliances avec les pays qui maîtrisent le terrain sahélien et ouvrir le Bénin vers le Nord* pour de nouvelles opportunités économiques au-delà de la CEDEAO.
En allant à Nouakchott, le Bénin envoie un message : sa stabilité passe aussi par la stabilité du Sahel. Et sa prospérité passera par de nouveaux partenariats, plus au Nord. ?
Ibourahim Abdou GIBRIL