Quelle priorité s’est imposée ?
Le social chiffré. Dès le 3 juin, un collectif budgétaire porte le budget à 4 086,6 milliards de francs CFA (+8 %) et flèche les moyens : urgences vitales prises en charge sans condition, gratuité du secondaire public pour toutes les filles à la rentrée, eau et électricité dans les centres de santé, nutrition des mille premiers jours. Le tout sans toucher aux équilibres - croissance maintenue à 7,5 %.
Quelle décision a le plus marqué ?
La prise en charge immédiate des urgences vitales, résumée par une formule devenue proverbiale : « on soigne d’abord, on discute après ». Promesse de campagne convertie en instruction nationale dix jours après l’investiture, dotée d’un milliard de francs CFA d’intrants - et vérifiée par le président lui-même, fin août, lors d’une visite inopinée aux urgences de Parakou.
Quel rapport au terrain s’est dessiné ?
Direct et peu protocolaire. Bain de foule du 1er août sur la Marina, congés passés au Bénin plutôt qu’à l’étranger, marche matinale dans Parakou transformée en audience de rue, achats au bord de la route, immersion à la Gaani de Nikki dont il est reparti prince de la cour impériale sous le titre de Souverain rassembleur. La proximité n’est pas un supplément de communication : elle fonctionne comme un outil de contrôle des politiques engagées, la visite surprise aux urgences du Centre hospitalier du Borgou en étant la démonstration la plus nette.
Quelle place pour les institutions ?
Une place laissée libre. La grande affaire institutionnelle de l’été - installation du premier Sénat le 30 juillet, ralliement de Thomas Boni Yayi, élection de Patrice Talon à sa présidence le 6 août - s’est déroulée sans intervention visible de la Marina. Le pays vit désormais avec un président en exercice et deux prédécesseurs en fonction, configuration inédite et, pour l’heure, apaisée.
Quelle stratégie économique ?
Capitaliser la crédibilité. Visite de travail à Bruxelles auprès d’António Costa et d’Ursula von der Leyen dès juin, retraite stratégique d’Afreximbank à Addis-Abeba en juillet, partenariat renforcé avec le Canada en août, modernisation du Port autonome de Cotonou en vitrine. La ligne : moins d’aide, plus d’investissement, avec le développement du nord en priorité affichée.
Quelle politique sociale au quotidien ?
Des mesures qui se voient sur une quittance ou une facture : redevances des marchés modernes réduites de 15 à 30 % dès juillet, compensées par des subventions d’État ; actes judiciaires aux coûts harmonisés et payables par voie électronique ; télé-enseignement dans les quatre universités publiques et relance des œuvres universitaires à la rentrée.
Quelle place dans la sous-région ?
Centrale, et reconquise. En moins de trois semaines, huit pays visités - Nigeria en tête, puis Niger, Burkina Faso, Togo, Côte d’Ivoire, avant Bamako, Bissau et Dakar ; en huit jours, le dialogue renoué avec les quatre régimes militaires voisins ou proches, et une invitation adressée au Malien Assimi Goïta. La visite du 2 juin à Niamey et Ouagadougou - une première depuis les coups d’État - a mis la réouverture de la frontière nigérienne sur les rails et relancé la coopération sécuritaire avec le Burkina, effective à Koualou dès la mi-juillet.
Quelle méthode de gouvernement ?
Celle d’un gestionnaire devenu chef : Conseil des ministres mensuel plutôt qu’hebdomadaire, décisions datées et financées, ministres avertis dès le 28 mai que leur poste n’est ni un privilège ni une récompense, communication directe - le président explique lui-même ses arbitrages sur Facebook, à la première personne, avant les communiqués.
Que disent ces cent jours de la suite ?
Qu’un cap est fixé et qu’un niveau d’exigence est créé. La rentrée du 14 septembre testera la gratuité pour les filles ; l’exécution du collectif testera les promesses sanitaires ; le budget 2027, premier entièrement conçu par ce pouvoir, dira si l’équation rigueur-redistribution est durable. Les cent jours ont installé un style et un crédit. Ils ont aussi installé, mécaniquement, l’obligation de les tenir.
Jean DOSSOU