Selon le Dr Oscar GBEKE, Médecin Généraliste, l’éléphantiasis est souvent lié à une atteinte durable du système lymphatique. Pour mieux comprendre le mécanisme, le praticien compare ce système à un dispositif de drainage. Lorsque celui-ci est obstrué ou fonctionne insuffisamment, la lymphe ne circule plus normalement et s’accumule dans les tissus. « Imaginez les tissus comme une éponge », explique-t-il. Le liquide lymphatique s’accumule alors sous la peau, provoquant progressivement un gonflement qui peut devenir permanent.
L’évolution de la maladie peut être progressive. Dans les premiers temps, le lymphœdème peut rester réversible. Le membre atteint peut notamment gonfler au cours de la journée puis retrouver un volume plus proche de la normale après une période de repos, notamment durant la nuit. À ce stade, une pression exercée avec le doigt sur la zone gonflée peut laisser temporairement une dépression dans la peau. Il s’agit du « signe du godet », qui peut orienter le professionnel de santé vers un problème de rétention de liquide. Lorsque le phénomène persiste, les tissus peuvent cependant se modifier. Le gonflement devient plus important et tend à ne plus disparaître complètement. La peau s’épaissit progressivement et devient plus ferme. Des infections cutanées répétées peuvent également favoriser l’aggravation de la situation. À un stade avancé, le membre atteint peut présenter une peau particulièrement épaisse, dure et marquée par des replis. C’est cette évolution importante du lymphœdème qui peut conduire à l’aspect caractéristique de l’éléphantiasis.
L’éléphantiasis n’a toutefois pas une cause unique. Dans les régions tropicales, la filariose lymphatique constitue l’une des principales causes de formes importantes de lymphœdème. Cette maladie parasitaire est provoquée par des vers microscopiques transmis à l’être humain par certaines piqûres de moustiques. Les parasites peuvent atteindre le système lymphatique et perturber progressivement la circulation de la lymphe. Cette atteinte peut entraîner des gonflements chroniques des membres ou, dans certains cas, des organes génitaux. Une autre affection pouvant provoquer un lymphœdème chronique est la podoconiose. Moins connue du grand public, elle est associée à une exposition prolongée aux particules de certains sols volcaniques, notamment chez des personnes travaillant régulièrement pieds nus. D’autres situations peuvent également endommager le système lymphatique. Certains cancers, des interventions chirurgicales ou encore des traitements par radiothérapie peuvent ainsi entraîner un lymphœdème secondaire.
Le traitement ne peut donc pas être le même pour tous les patients. Il dépend notamment de l’origine du lymphœdème, de son ancienneté et de son stade d’évolution. Certaines mesures permettent de limiter le gonflement et les complications. L’hygiène rigoureuse de la peau, les exercices physiques adaptés, l’élévation du membre atteint et, dans certaines situations, la compression peuvent contribuer à améliorer la circulation lymphatique et à réduire l’œdème. Lorsque la filariose lymphatique est identifiée, un traitement antiparasitaire adapté peut être indiqué. Dans certaines formes particulièrement avancées, une prise en charge chirurgicale peut également être envisagée. Mais la prévention demeure un élément essentiel. Dans les zones exposées à la filariose, la protection contre les piqûres de moustiques contribue à réduire le risque d’infection. Le port de chaussures peut également contribuer à prévenir certaines formes de podoconiose dans les régions concernées.
L’éléphantiasis reste une maladie susceptible d’avoir d’importantes conséquences physiques et sociales lorsqu’elle n’est pas prise en charge. Pourtant, certaines personnes atteintes peuvent tarder à consulter en raison de la stigmatisation ou d’interprétations attribuant leur état à des causes surnaturelles. Pour le Dr Oscar GBEKE, un gonflement persistant d’un membre, une modification progressive de la peau ou toute augmentation inhabituelle du volume d’une partie du corps doivent conduire à rechercher une cause médicale.
En somme, la présence d’une « grosse jambe » ne constitue donc pas, en elle-même, la preuve d’un phénomène spirituel. Derrière cette manifestation peut se trouver une affection du système lymphatique dont la cause doit être recherchée par un professionnel de santé. Face à un gonflement qui persiste ou s’aggrave, le réflexe doit ainsi être la consultation médicale. Car mieux comprendre la maladie, c’est aussi réduire les préjugés qui entourent encore certaines de ses manifestations.
Tchékpémi Jacques AHOUANSOU