ÉLEVAGE ET CORRIDOR COTONOU-NIAMEY : Le Nord-Est veut retenir la valeur sur son territoire

ÉLEVAGE ET CORRIDOR COTONOU-NIAMEY :

Le Nord-Est veut retenir la valeur sur son territoire

(4.0)

Dans le Nord-Est du Bénin, l’élevage et le trafic routier dessinent deux réalités économiques qui se côtoient sans toujours se rejoindre. D’un côté, les marchés à bétail accueillent quotidiennement troupeaux et éleveurs. De l’autre, le corridor Cotonou-Niamey voit défiler d’importants flux de poids lourds. Le projet de pôles de développement territorial entend rapprocher ces deux dynamiques afin de faire émerger davantage d’activités, d’emplois et de valeur ajoutée dans cette partie du pays.

Aux premières heures de la journée, les troupeaux prennent déjà possession des marchés à bétail. Zébus, moutons et autres animaux destinés au commerce y sont acheminés par les éleveurs. À proximité, les camions poursuivent leur route en direction de Malanville et de la frontière nigérienne ou redescendent vers le port de Cotonou. Cette proximité géographique ne se traduit pas encore suffisamment par des retombées économiques locales. Une grande partie du bétail quitte le territoire sous forme d’animaux vivants, tandis que les activités de transformation restent limitées. « Le bœuf, on le vend vivant. Il part au sud, ou au Nigeria. Là-bas, on l’abat, on découpe, on vend la viande, on travaille le cuir. Nous, on a juste vendu l’animal. Le travail qui paie, il se fait ailleurs », témoigne BOUBACAR, éleveur.

 

De l’élevage à la transformation

 Cette situation met en évidence l’un des principaux enjeux identifiés pour le pôle Nord-Est : structurer davantage la chaîne de valeur de l’élevage. Abattage, transformation de la viande, conservation, chaîne du froid, tannerie ou encore production d’aliments pour bétail constituent autant de maillons susceptibles de générer des emplois et des revenus supplémentaires. Le document de cadrage des pôles de développement territorial, présenté le 23 septembre au Palais de la Marina, positionne précisément le Nord-Est comme un territoire favorable à l’élevage et à la dynamisation du corridor logistique Cotonou-Niamey. La logique affichée consiste à partir des potentialités propres à chaque territoire pour organiser les filières, attirer les infrastructures et les investissements et favoriser l’émergence d’activités productives. Pour chacun des six pôles, l’objectif annoncé comprend notamment l’implantation d’au moins une industrie. Pour le Nord-Est, la nature exacte des unités industrielles à installer devra être déterminée à l’issue d’études approfondies. La transformation de la viande ou du cuir, tout comme la fabrication d’aliments destinés au bétail, figurent parmi les pistes envisageables.

 

Faire du corridor un espace de création de valeur

 Le potentiel du Nord-Est ne repose toutefois pas uniquement sur son cheptel. Le corridor Cotonou-Niamey constitue également un axe économique majeur. Des centaines de véhicules de transport y assurent la circulation des marchandises entre les différents espaces économiques de la sous-région. Pour les transporteurs, les infrastructures permettant de faire une halte dans de bonnes conditions peuvent aussi contribuer à l’économie locale. « Nous, on traverse. On ne fait que traverser. S’il y avait de vraies aires de repos, des garages sérieux, des entrepôts, on s’arrêterait. Et quand le camion s’arrête, il dépense », explique Issa, chauffeur de semi-remorque depuis quinze ans. Le développement d’aires de repos, de garages, d’entrepôts et de services liés au transport pourrait ainsi permettre aux localités traversées par le corridor de capter une partie des dépenses générées par les flux de marchandises. Le projet de loi de finances 2027 s’inscrit dans cette perspective à travers des orientations portant notamment sur le développement des chaînes de valeur régionales, en particulier avec le Nigeria. Le texte prévoit également la réhabilitation de routes en terre et de pistes rurales destinées à améliorer la liaison entre les zones de production, notamment d’élevage, et les marchés.

 

Développement économique et sécurité aux frontières

 Dans cette partie septentrionale du pays, la question du développement territorial est également associée aux enjeux de sécurité. Le budget 2027 prévoit un renforcement des Forces de défense et de sécurité dans les zones frontalières, parallèlement aux actions de développement. L’enjeu est aussi de créer davantage d’opportunités économiques pour les populations locales, notamment les jeunes. Une activité productive mieux structurée peut offrir des perspectives d’emploi et contribuer à réduire les départs motivés par l’absence de débouchés. Aminatou, vendeuse de lait caillé à proximité du marché à bétail, résume cette attente à travers la situation de ses deux fils : « Ils sont grands maintenant. S’il y a du travail ici, ils restent. Sinon ils partent, et on ne sait pas où. »

 

Une première évaluation attendue en 2027

 La mise en œuvre du pôle Nord-Est devrait désormais entrer dans une phase opérationnelle. Le délégué général du pôle doit être nommé avant la fin de l’année, avec une feuille de route fixée sur six mois et une première évaluation au terme de douze mois. Un premier état des projets identifiés dans les différents territoires est attendu au premier trimestre 2027. Sur les marchés à bétail comme le long du corridor, l’attente est donc celle d’une transformation du modèle économique local : ne plus seulement produire et laisser passer, mais davantage transformer, stocker, transporter et vendre depuis le territoire.

 

Pour les éleveurs comme pour les acteurs du transport, l’enjeu sera de mesurer concrètement les retombées de cette nouvelle organisation. L’ambition affichée est que l’élevage et le corridor ne soient plus seulement des activités de passage, mais deviennent des leviers durables de création de valeur dans le Nord-Est béninois.

 

Jean DOSSOU

3.5/5

Based on 275 reviews

5 Stars

4 Stars

3 Stars

2 Stars

1 Stars

Brice HAL

2 jours

Commentaire sur l'article.

Aucune Pub disponible

De la même catégorie Société

Aucun article actuellement trouvé

Aucune Pub disponible

Autres publications


Société

BENIN :

une usine de 9 000 tonnes suppléments nutritionnels par an prévue pour lutter contre la malnutrition infantile
09 oct. 2026
Grant-Aniel BOLARIAN

09 oct. 2026
Actualité

BENIN:

le budget 2027 fixé à 4 757 milliards FCFA avec une croissance attendue de 7,5 %
09 oct. 2026
Léonel EBO

09 oct. 2026
Politique

ADMINISTRATION PUBLIQUE BÉNINOISE :

94 nominations redessinent les équipes de plusieurs ministères
09 oct. 2026
Grant-Aniel BOLARIAN

09 oct. 2026

Aucune Pub disponible