FRONTIERE BENIN-NIGER :  Le corridor Cotonou-Niamey retient son souffle, neuf secteurs économiques attendent le dégel.

FRONTIERE BENIN-NIGER :

Le corridor Cotonou-Niamey retient son souffle, neuf secteurs économiques attendent le dégel.

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Fermée depuis fin 2023, la frontière Bénin-Niger pourrait rouvrir dans les semaines à venir. À Niamey, un comité d’experts planche depuis le 5 juin sur les modalités de reprise. En jeu : la relance d’un axe commercial vital entre le golfe de Guinée et le Sahel. Transport, transit, logistique, commerce : neuf secteurs sont suspendus à la décision. Reportage économique.

À Malanville, les entrepôts sont silencieux. À Gaya, les parkings à camions restent désespérément vides. Depuis fin 2023, le pont sur le fleuve Niger ne relie plus : il sépare. La fermeture de la frontière entre le Bénin et le Niger, décidée dans un contexte de tensions diplomatiques, a mis à l’arrêt l’un des corridors commerciaux les plus stratégiques d’Afrique de l’Ouest.

Mais le 5 juin 2026, l’espoir a changé de camp. À Niamey, le Premier ministre Ali Mahamane Lamine Zeine a installé le comité d’experts chargé d’étudier, sous 15 jours, les conditions de réouverture. Une perspective qui relance « les attentes des milieux d’affaires », suspendus au retour progressif des échanges.

 

 Un axe stratégique à l’arrêt depuis deux ans.

 Le corridor Cotonou-Parakou-Malanville-Gaya-Niamey n’est pas une route comme les autres. Avant la crise, le Niger comptait parmi les principaux débouchés du port de Cotonou. Le poste de dédouanement de Niamey-Route traitait à lui seul *environ 500 véhicules par semaine*, avec des pointes entre *750 et 800 camions* lors des périodes de forte activité. Et ces volumes ne couvrent ni le trafic vers les autres villes nigériennes, ni les retours à vide.

Depuis la fermeture intervenue fin 2023, « les opérateurs ont dû revoir leurs circuits d’approvisionnement, souvent à des coûts plus élevés ». Contournement par Lomé ou Lagos, délais rallongés, surcoûts répercutés : le blocage a renchéri le prix du ciment, du fer, des hydrocarbures et des produits manufacturés au Niger, tout en privant le Bénin de recettes portuaires et douanières.

 

 Neuf secteurs dans la salle d’attente.

 Une normalisation des flux profiterait d’abord à l’écosystème direct du corridor. Neuf secteurs sont directement concernés par le passage régulier des marchandises et des voyageurs :Transporteurs, propriétaires de flottes, chauffeurs et convoyeurs, dont beaucoup sont au chômage technique depuis deux ans.  

-Le transit Sociétés de transit et déclarants en douane, privés de dossiers.  

-La logistique et l’entreposage Plateformes de Cotonou, Parakou, Malanville et Gaya tournées au ralenti.  -

-La manutention : Dockers, chargeurs et manutentionnaires portuaires et frontaliers.  

Les opérateurs douaniers : Auxiliaires et commissionnaires en douane, dont l’activité dépend du volume.  

La maintenance automobile : Garages, ateliers et fournisseurs de pièces détachées répartis sur 1 000 km d’axe.  

Le fret et l’expédition : Entreprises contraintes de suspendre ou détourner des cargaisons.  

-Le commerce transfrontalier : Grossistes et détaillants de Malanville et Gaya, dont l’activité dépend du flux quotidien.  

Enfin, les services aux voyageurs* : Hôtellerie, restauration, change, stations-service. Un tissu économique informel qui vit du va-et-vient.

« Une réouverture bénéficierait directement aux transporteurs, aux propriétaires de flottes, aux chauffeurs, aux ateliers de maintenance et aux fournisseurs de pièces détachées », tandis que « les plateformes logistiques et les entrepôts retrouveraient une partie de leur activité ».

 

 

15 jours pour trancher

 La décision du 5 juin s’inscrit dans la dynamique enclenchée le 2 juin à Niamey, lors de la visite du Président béninois Romuald Wadagni. Les deux chefs d’État ont alors décidé de mettre en place ce comité d’experts avec pour mission de « recenser et de lever les obstacles » à la réouverture.

Le comité dispose de 15 jours pour soumettre son rapport. S’il est concluant, une réouverture technique pourrait intervenir sous peu. Les opérateurs se disent prêts : les flottes existent, les circuits aussi. Ne manque que l’aval politique.

 

Les défis

 La réouverture ne réglera pas tout en un jour. Trois enjeux conditionnent une reprise durable :

 : Sécuriser l’axe Gaya-Malanville contre le banditisme et les groupes armés, préoccupation commune de Cotonou et Niamey. Éviter l’embouteillage douanier à Malanville après deux ans d’arrêt. La coordination entre douanes béninoises et nigériennes sera clé.  

Enfin , reconquérir les flux détournés vers Lomé et Lagos impose des coûts et des délais fiables.

 

En définitive pour le Niger, le port de Cotonou est le poumon économique. Pour le Bénin, le marché nigérien est un débouché naturel. Bloquer Malanville, c’est asphyxier les deux.

Le comité d’experts a 15 jours pour proposer une respiration. Pour les neuf secteurs en attente, pour les populations des villes frontalières, ce délai n’est pas administratif. Il est vital. La frontière Bénin-Niger n’est pas qu’une ligne sur une carte : c’est un baromètre de l’intégration ouest-africaine. »

 

Ibourahim Abdou Gibril

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Brice HAL

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