C’est une étape décisive qui vient d’être franchie dans le processus de normalisation des relations entre le Bénin et le Niger. Réunis à huis clos depuis le 3 juin dernier, les experts béninois et nigériens chargés d’étudier les modalités de réouverture de la frontière commune ont remis leurs premiers travaux aux chefs d’État des deux pays.
Dans un communiqué conjoint publié lundi 16 juin 2026, les gouvernements de Porto-Novo et de Niamey ont salué les « résultats encourageants » de ce premier cycle de consultations. Mis en place dans la foulée de la visite officielle du président béninois Romuald Wadagni à Niamey le 2 juin, le comité avait pour mandat d’examiner l’ensemble des conditions techniques, sécuritaires et douanières d’une levée du blocus.
Pendant quinze jours, les délégations ont planché sur les trois points de blocage majeurs : la sécurisation du corridor Malanville-Gaya, l’harmonisation des procédures douanières et la reprise progressive du trafic de marchandises. Selon une source proche du dossier, les experts se sont accordés sur la mise en place d’un mécanisme de contrôle conjoint et sur un calendrier de réouverture par étapes.
« Les discussions se sont déroulées dans un climat apaisé et constructif. Chaque partie a fait preuve de bonne volonté », indique le communiqué, qui ne dévoile toutefois pas le détail des mesures retenues.
La fermeture de la frontière, décidée unilatéralement par Niamey en juillet 2023 après la crise politique au Niger, a fortement pénalisé les deux économies. Avant la crise, près de 70 % du fret à destination du Niger transitait par le Port de Cotonou, générant d’importantes recettes douanières pour le Bénin.
Du côté béninois, les opérateurs économiques estiment les pertes à plusieurs milliards de FCFA par mois. Transporteurs, transitaires et commerçants du marché Dantokpa attendent avec impatience la reprise du trafic. « Nous avons 3 000 camions par mois qui sont à l’arrêt depuis trois ans. La réouverture, c’est la survie de tout un secteur », confie Issa Salifou, président du Syndicat des transporteurs du Bénin.
Pour le Niger, enclavé, la réouverture du corridor permettrait de réduire significativement les coûts d’importation des produits de première nécessité, renchéris par les détours via le Togo ou le Burkina Faso.
Prochaine étape : un rapport final cette semaine
Le processus n’est pas encore achevé. Les deux gouvernements ont annoncé une nouvelle réunion du comité d’experts « avant la fin de la semaine » afin de « finaliser les conclusions et soumettre un rapport commun » aux présidents Wadagni et Tiani.
C’est sur la base de ce rapport que la date et les modalités exactes de la réouverture seront fixées. Aucun calendrier officiel n’a donc été communiqué, les deux parties préférant avancer avec prudence.
Ouvrir une page nouvelle
Au-delà de l’aspect économique, Cotonou et Niamey insistent sur la dimension politique de ce rapprochement. Les deux États ont réaffirmé leur « engagement en faveur d’un partenariat renforcé » et leur volonté d’ouvrir « une page nouvelle » dans leurs relations bilatérales, marquées par de vives tensions depuis 2023.
Cette accélération diplomatique intervient après des mois de médiation discrète menée notamment par la CEDEAO et le Nigeria. La visite de Romuald Wadagni à Niamey le 2 juin dernier, la première d’un chef d’État de la sous-région depuis le changement de régime, a Niamey. Sans être dans le secret des dieux, cette démarche du président Romuald WAD GNI a été sans doute le déclic qui a enfin fait bouger les lignes sur l’axe Cotonou-Niamey resté pendant plus de trois ans inflexible.
Ibourahim Abdou GIBRIL